decrire

"L’unité du monde apparaît dans l’unité des conditions oppressives d’aujourd’hui: sa crise est également unitaire. Partout cette unité fondamentale de l’aliénation se traduit en ségrégations, en divisions, en incohérences, en contrôles tâtillons (le contrôle de l’art rejoint nécessairement le contrôle général du pouvoir, à mesure que les idéologies en même temps s’affaiblissent et, par doses toujours plus massives, doivent "programmer" chaque détail de la vie). [...] Notre jugement est désabusé parce qu’il est historique. Tout emploi, pour nous, des modes de communication permis, doit donc être et ne pas être le refus de cette communication: une communication contenant son refus ; un refus contenant la communication, c’est-à-dire le renversement de ce refus en projet positif. Tout cela doit mener quelque part. La communication va maintenant contenir sa propre critique. [...] S’il faut faire face, avec des "modèles", aux "modèles" qui sont aujourd’hui les points de convergence de la pensée technocratique (que ce soit la concurrence totale ou la planification totale) notre "modèle" est la communication totale. Que l’on ne nous parle plus d’utopie. Il faut reconnaître là une hypothèse qui, évidemment, n’est jamais réalisée exactement dans le réel, pas plus que les autres. Mais nous tenons nous-mêmes son facteur complémentaire avec la théorie du potlatch comme expression irréversible. [...] En fait, la racine du manque d’imagination régnant ne peut se comprendre si l’on n’accède pas à l’imagination du manque; c’est-à-dire à concevoir ce qui est absent, interdit, caché, et pourtant possible, dans la vie moderne."
guy debord.
en lignes:
Panorama intelligent de l’avant-garde à la fin de 1955
Pourquoi le lettrisme? 1955
Introduction à une critique de la géographie urbaine 1955
Projets d’embellissements rationnels de la ville de Paris 1955
la theorie de la derive 1956
Theses sur la revolution culturelle 1958
Sur l’emploi du temps libre 1960
Le Questionnaire de l’I.S. 1964
La société du spectacle 1967
Bibliographie sur le situationnisme
guy debord cineaste, le site

[the morning jacket, z, WORDLESS CHORUS] SO MUCH GOIN ON THESE DAYS - FORGET ABOUT INSTINCT - IT'S NOT WHAT PAYS. PLEASURE - UP AND DOWN MY SMILE: 1. A CARTON OF EGGS THINK. 2. IT'S ALL WORTHWHILE. TELL ME SPIRIT - WHAT HAS NOT BEEN DONE? I'LL RUSH OUT AND DO IT. OR ARE WE DOIN IT NOW? WORDLESSCHORUS. FISSURE IS THE THRILL OF THE DAY - FORGET ABOUT FEELING - THAT'S NOT WHAT PAYS. BUT YOU KNOW - ALL OF THIS CAN CHANGE. REMEMBER THE PROMISE AS A KID YOU MADE. WORDLESSCHORUS. WE ARE THE INNOVATORS. THEY ARE THE IMITATORS. COME ON - HEY DON'T YOU KNOW HOW WE STARTED... WE FORGOT ABOUT LOVE - BUT WEREN'T BROKENHEARTED. WORDLESSCHORUS. Soeurs d'espérance//Par Paul Eluard/////Soeurs d'espérance ô femmes courageuses/Contre la mort vous avez fait un pacte/Celui d'unir les vertus de l'amour//O mes soeurs survivantes/Vous jouez votre vie/Pour que la vie triomphe//Le jour est proche ô mes soeurs de grandeur/Où nous rirons des mots guerre et misère/Rien ne tiendra de ce qui fut douleur//Chaque visage aura droit aux caresses.////- France, 1948 -//Ce poème provient du recueil intitulé

 



ecoutez jean-paul belmondo par the temporary thing (andrew gleason)
"total, une histoire d'amour..." in pierrot le fou.

«Une perversion de l'information»
Directeur de recherche au CNRS, Dominique Wolton s'insurge contre la marchandisation de l'information.
Par Christophe ALIX jeudi 04 août 2005 (Liberation.fr - 17:48)

Que vous inspire cette communication made in Orange?
D'abord c'est un contre-sens complet de faire payer une information comme cela. Les choses se disent gratuitement, pour tous, pas en exclusivité à un un opérateur de télécommunications. Deuxième information, annoncer son retour sur un site Internet n'est pas plus démocratique, tout le monde n'y a pas accès.
Les opérateurs mobiles peuvent-ils devenir des sources d'informations?
Orange n'est pas un média, pas un opérateur de presse, ni l'AFP. Ce genre de choses relève d'une perversion de l'information et est une grave entorse à la déontologique classique de la presse. Cet exemple de débordement de l'information par le marché est révélateur d'un phénénomène qui s'accentue de plus en plus. Après Orange, pourquoi pas demain un média Areva ou Total, première entreprise de France?
Sport, les médias sont-ils les maîtres du jeu? Avec Frédéric Bolotny. Comment remettre en cause cette évolution?
Il faudrait mettre au point une sorte de convention internationale de même nature que celle sur les prisonniers de guerre qui serait signée par les grands acteurs de la presse, les Etats et les organisations internationales comme l'ONU ou l'Unesco, etc. Cela ne résoudrait pas tout, loin de là, mais cela contribuerait au moins à fixer un cadre général pour tous et à poser des garde-fous. Le diamant pour tous aujourd'hui, c'est l'information mais il faut le protéger. Tout n'est pas une marchandise.


depeche (agence fourchet pierre) 28/09/2005 4:00
suite a des coupes budgetaires operees a l’irresponsabilite des bienheureux, la choativite du blog va etre endommagee et surtout sa maintenance releguee a des heures tardives le week end ou aleatoirement et parcimonieusement en semaine. je vous prie de pardonner. cela permettra sans doute aux integristes de ne plus se formaliser sur le caractere archiviste de celui-ci...

ce tableau est a vendre, veuillez me contacter si vous etes interesses Réseau terroriste ch. webmaster: Al-Qaeda recruterait dans les domaines de la production vidéo, de l'édition, et de la couverture éditoriale.
Par LB jeudi 06 octobre 2005 (Liberation.fr - 17:19)

l'annonce a été mise en ligne sur le site Internet du Asharq al-Awsat, un journal islamique basé à Londres: Al-Qaeda a "des besoins en personnel" dans les domaines de la production vidéo, de l'édition, et de la couverture éditoriale pour se faire l'écho de l'action des "militants" en Irak, dans les Territoires palestiniens, en Tchétchénie et dans d'autres zones où elle est active. Selon l'agence Reuters qui rapporte jeudi l'information, le journal précise que le "Global Islamic Media Front", une "agence de communication en ligne liée à Al-Qaeda", contactera les personnes intéressées par email. Mais l'article ne précise pas yemen210906.jpg comment manifester son intérêt pour cette proposition. Il n'est pas non plus fait mention du montants des indemnités envisagées pour la fonction.
L'annonce, qui peut aussi se révéler être un canular, ne se retrouve pour l'instant sur aucun des autres sites liés à Al-Qaeda ou à des groupes affiliés. Mais le "Global Islamic Media Front" semble très actif actuellement. Selon l'AFP, il vient ainsi de lancer sur l'Internet un bulletin vidéo d'informations hebdomadaire sur leurs "exploits" et les "atrocités" commises, selon eux, par leurs ennemis. Cette même "enseigne" avait produit "Top Ten", un film diffusé en août portant sur une sélection de dix attaques
anti-américaines en Irak.

Poste un peu trop restante (Reuters) - Vendredi 14 juillet 2006 - 11:01 Chaire de l'IMA : Al-Andalus, ou l'invention d'une Europe différente//L'Abencérage et la belle Jarifa : un couple maure à la conquête de l'imaginaire européen//Une conférence donnée par André Stoll, professeur de littératures et cultures romanes à l'Université de Bielefeld. Egalement directeur d'études à l'E.H.E.S.S. et visiting scholar à Harvard, André Stoll étudie les liens qui se sont tissés entre l'Europe et l'Orient, du XVe au XXe siècle, et effectue des recherches dans le domaine de la diversité culturelle, littéraire et artistique dans la France, l'Italie et le monde hispanique. Il a notamment écrit Averroes dialogado (Kassel, 1998) et La Creatividad femenina en el mundo barroco hispánico (Kassel, 1999).
 La police a découvert dans la cave d'un postier berlinois de 36 ans 90 cartons remplis de milliers de lettres non distribuées dont certaines remontaient au mois d'avril, rapporte vendredi le journal Bild.
Le postier s'est défendu en arguant qu'il était débordé par le volume de courrier qui lui était confié par la Poste et qu'il avait stocké chez lui toutes ces lettres en attendant de les distribuer plus tard avec des amis.
Il sera poursuivi pour violation de correspondance.




sondage

sondage, commentaires et vote
!!!!acces a internet pour les prisonniers!!!!
«On le sait mais on ne voit jamais de photos»
«Ceci n’est pas une prison», mais un centre de rétention d'étrangers sans papiers. Visite de l'expo avec Olivier Aubert, reporter et photojournaliste. (Par Alexandra Bogaert et Hervé Marchon).

Libération ne peut être tenu responsable du contenu de ces liens.
nous sommes pris de torpeur et de honte au sort des skwateurs de paris, nous sommes aussi sous le coup d’une deferlante de mauvaises raisons au sujet des delocalises, immigrants, pauvres, ou bien encore entreprises toujours plus a la recherche de profits gagnes sur le prix du travail, aujourd’hui je m’interroge moi aussi, egoistement comme victime car voila, je me demande surtout a propos de ce droit, de mon droit a se plaindre.
c’est une histoire assez simple: vous tombez par hasard sur une annonce, vous cherchez un logement, et l’annonce d’un promoteur, appelons-le surouj, vous propose un apartement de 50 mo, gratuit, disponibilite immediate, avec juste le probleme d’avoir pour seule fenetre un miroir. les services sont bons, gardiennage, laverie, assistance et meubles, il y a meme l’eau chaude (et le compteur est hors d’usage), vous etes pres de vos activites regulieres, le supermarche est un peu loin mais avec les transports… vous emmenagez, et puis vous decidez de changer un peu la deco, vous dechirez les vieux papiers peints,
le bois du sol grince, vous l’arrachez, et la, dessous, surprise, vous decouvrez: des braises encore fumantes, non; une centrale nucleaire, non; une maison close, oui juste une maison close mais des lors il vous vient a l’idee de justement ne plus pouvoir avoir d’idee sans sentir venir s’y glisser une d’abord douce et delectable, puis frustre et detestable piraterie du bonheur.
je trouve un joli message avertisseur sur un de mes sites familiers, et je continue a m’interroger, moi, sur cet appartement, les murs, en grattant l’enduit deja surement saturnien, se sont reveles etre une (pardonnez le cliché) toile d’araignee, et les chambres a cote sont a votre vue comme d’avoir seulement a ouvrir les yeux. puis la fatigue, les cris aidant, meme vos reves, votre sommeil sont investis d’images (pardonnez l’onomatopee) obscenes. vous hesitez encore, poliment, ne sachant pas si tous les voisinages se ressemblent, si le promoteur est aussi proprietaire de celui-ci, si il ne sert pas de bouc emissaire, a juste cacher cette activite generalisee maintenant a ces yeux; mais si c’est deja trop, il vous vient l’envie, après le degout plusieurs fois reveille par l’etrangete de votre propre volonte (sic), de poser une bombe, de tout sacrifier au nom du capital, de departiciper le ridicule d’etre consommateur et habitant du village. mais vous savez etre responsable, vous nier la colere comme votre jouissance. pourtant la police des opinions vient faire une descente chez vous, vous la prenez pour la brigade des moeurs, elle vous passe les menotes, une cagoule dedigitaliseuse sur la tete et vous (r)enmene au poste, vous avez pourtant besoin d’un long sejour naturaliste en plein desert.
alors…

le tribunal revolu'ionnaire de la semaine: avec Jean-marie Colombani...
alors, vous essayez durant les premieres heures de garde a vue de solidariser l’etude d’une gouvernance de la necessite.
mer si.

 
appel d'offre

  a seule ame male est comme,

j'ai ete contacte a plusieurs reprises pour chanter dans des restaurants.
je ne dispose d'aucune piste ici, ni meme de cd ou de mp3.
je vous demande de l'aide:
je vous prie s'il vous plait de consulter la playlist et de me meler les fichiers mp3 des morceaux concernes.

merci.

besmillah.
mohammed ibrahim noor,
pierre.

absolutisme merveilleux

Mardi 10 avril 2007


By T.M Aziz, Published on 7th January, 2003 [4th Zhul Qa'dah, 1423]
This work was written by T.M Aziz and was contributed to Victory News Magazine by Mr A.G Karim. Editing and design by Zaynab El-Fatah. Technical work provided by T.Zayn Al-Abidin ©All rights reserved 2005.  VictoryNewsMagazine.com

Dedication:  This work is dedicated to the memory of Shahid Muhammad Baqir Al-Sadr and his Sister, Shahidah Amina bint al-Huda who were both executed in the name of God's religion.

Chapter One
Sadr is Executed

On April 8, 1980, Muhammad Baqir al-Sadr was executed. His execution aroused no criticism from the West against the Iraqi regime, however, because Sadr had openly supported the Ayatullah Khomeini’s regime in Iran and because the West was distracted by the turbulence in Iran that followed the revolution. Governments both in the West and in the region were concerned that the Iranian revolution would be "exported," and they set about eliminating that threat. When Ayatullah Khomeini called upon Muslims in Iraq to follow the example of the Iranian people and rise up against the corrupt secular Ba’thist socialist regime, they interpreted it as the first step in the spread of Islamic radicalism that would eventually lead to the destabilisation of the whole region.

Sadr’s support of the Khomeini crusade against the Ba’thists was considered a threat to the Iraqi regime and dealt with swiftly. Thousands were arrested, and hundreds were executed without trial. Sadr as the head of a movement that had gained popular support from the success of the Iranian revolution, emerged as an anti-governmental leader and a catalyst for anti-Ba’thist activity, and was regarded by his followers as the "future Khomeini" of Iraq.(1) The Ba’thist regime decided that he had to be eliminated if the regime was to survive. Sadr’s execution, hence, was the act of an authoritarian regime fighting for its survival.

What made political Islam such a grave danger to the regimes in the area was not simply its popular appeal, but also the grassroots organizations that embraced its principles and political slogans. In almost all Middle East countries Islamic political groups had, since the turn of the century, been bent on achieving their principal goal of establishing a state based on the principles and teachings of Islam, and these very organizations had paved the way for the victory of the revolution in Iran,(2) Khomeini also found in them both the means and the political muscle to export Islamic revolutionary ideas to the rest of the Middle East.

Some of these organizations, including the Islamic Da’wa Party which Sadr founded, had existed in Iraq before the Islamic revolution in Iran and the Ba’thist regime in Iraq. Sadr was also the mastermind behind a program that aimed to establish an Islamic state not only in Iraq, but throughout the Islamic world. The role Sadr played in the Shi’a community in Iraq at large and his effort to counter the political acquiescence of the religious establishment and to confront the political oppression there made him the Shi’a leader in that country. A detailed account of the events that led to the rise and fall of Sadr is therefore useful for placing Sadr in the context of Iraqi politics in general and of the Islamic movement in particular.

Chapter Two
The Rise of Sadr

In 1958, a military coup d’etat began a period of great turmoil in Iraq that changed its political system and social fabric. The kingdom that had been engineered by British occupation forces in 1921, was replaced by a “republic” under the rule of a military junta; the royal family and the ruling class were executed. The head of the military junta, General Qasim, who had led the revolt gained popular support unprecedented in modern Iraqi history, in part because of his policy of dissociating Iraq from Britain, which included withdrawing from the CENTO alliance known as the “Baghdad Pact” and closing British military bases in the country.(3)

The Communist Party

With the coup in place, a variety of political groups sought a place in the new regime, and in the process created anarchy. Some, of which the Communist Party was the best organized, were given a voice in the new regime. To increase his power base in the country, Qasim used the Communists to eliminate his colleagues in the ruling junta who were loyal to the Arab nationalist movements. In the bloody street fighting that followed, especially in the northern cities of Mosul and Kirkuk where the nationalist officers attempted a military coup against Qasim, the Communists emerged as the major political force. (4)

The Shi’ia religious establishment, acquiescent since its last revolt against the British in 1920, found itself challenged by atheist political forces who, if left unchecked, might wipe Islam from the lives of the people,(5) for the nation seemed to be welcoming the secularism and antireligious sentiments of the new regime and to accept Communist propaganda, which denounced the religious establishment as reactionary and religion as an obstacle to modernization and the progress of the people. The Communist forces then began to penetrate the religious establishment itself in the holy cities of Najaf, Karbala, and Kadhimiyah, even recruiting members of religious families, but the religious leadership (marja’iyya) under the Grand Mujtahid Muhsin al-Hakim took steps to overcome these challenges.

Chapter Three
al-Hawza al-’ilmiyya
(Religious Academy)

The Shi’a religious establishment in the al-Hawza al-’ilmiyya (religious academy) was divided between traditional scholars who advocated indifference or aloofness from politics and activists who advocated involvement. The latter organized themselves into the Jama’at al-’Ulama’ in Najaf (6) to counter antireligious trends in society. Muhammad Baqir al-Sadr was at that time a young scholar and was not considered an official member of the Jama’at al-’Ulama’ which was made up mainly of elders and well-known mujtahids.(7) He was able, however, to exert influence on the group through his father-in-law Shaykh Murtaza Al Yasiyn, who was acting president of the group, and through his older brother, Ismail al-Sadr, a mujtahid who held a senior position in the Jama’at. (8)

According to Talib al-Rifa’i, the Jama’at al-‘Ulama’ had as its immediate objective countering the Communist challenge to Islam. In their manoeuvring, they were realistic enough to appease the popular Qasim; in their public leaflets and announcements, they supported him while attacking the Communists. As a reward, the Qasim regime gave them access to the government-controlled radio. The weekly public statements of the Jama’at al-’Ulama’ were written by Sadr and delivered by Hadi al-Hakim. (9)

Al-Hakim's Fatwa Identifying Communism With Atheism

This appeasement did not last long. Conflict between the religious leadership and Qasim erupted when Ayatullah Muhsin al-Hakim issued a fatwa that identified Communism with atheism and forbade Muslims from joining the Communist Party or helping its cause. The fatwa embarrassed the Qasim government and forced General Qasim to abandon the Iraqi Communist Party. Qasim made several requests to visit Ayatullah Hakim, but the latter refused to meet with him until he had abrogated the civil-liberties’ law, which violated the Islamic codes of inheritance.(10)

For two years during the appeasement period the Jama’at al-’Ulama’ had been given permission to publish a monthly journal al-Awa’ (the Lights), whose objective was to counter the intense secular and antireligious propaganda that had followed the 1958 revolution. According to Talib al-Rifa’i, Muhsin al-Hakim had suggested it, but since it was not acceptable for a marja’  to sponsor a political publication, the Jama’at al-’Ulama’ was asked to assume the task.(11) Sadr wrote its editorials, which he used to outline the basic political program of the Islamic movement,(12) and in the process discovered that he had a talent for writing persuasively.

Falsafatuna (Our Philosophy; 1959) and Iqtisaduna (Our Economics; 1961)

During the same period, Sadr published his first philosophical study, Falsafatuna (Our Philosophy; 1959),(13) a critique of communism, the materialist school of thought, and dialectic materialism, in which Sadr argued, that communism had too many flaws and shortcomings to be considered the final truth for mankind. It could not be the answer to society’s problems because its basic assumptions were false, Sadr contended. His second work, Iqtisaduna (Our Economics; 1961), criticized the economic theories of communism and capitalism and introduced an Islamic theory of political economy in an effort to counter the argument by secularists and communists that Islam lacked solutions to the problems of man in modern time. Sadr’s major task in Iqtisaduna was to show that Islam was concerned with man’s economic welfare. In fact his major intellectual achievement was his formulation of an Islamic economic doctrine based on Islamic law; he was the first to do so.

Sadr and his colleagues also confronted the secular forces on a third front through the establishment of the Da’wa Party. According to Talib al-Rifa’i, it was founded by Mahdi al-Hakim, al-Rifa’i and another, unknown, person. Al-Rifa’i later introduced Sadr to the party leadership, and Sadr eventually became its head,(14) playing an important role in setting party structure and doctrine,(15) and later its supreme jurisconsult (faqih al-hizb). Even the name of the party, Da’wa ("Call"), was said to be Sadr’s idea.(16) The aim of the Da’wa was to organize dedicated Muslim believers with the goal of seizing power and establishing an Islamic state. To achieve that goal it would indoctrinate revolutionaries, fight the corrupt regime, and establish an Islamic state; then it would go on to implement Islamic laws and export the Islamic revolution to the rest of the world.(17) This grand plan was said to be Sadr’s idea. The first stage had to be clandestine to secure the party against a crackdown, so the party was organized in a hierarchical multi-branch cell structure. Its activities were not to be limited to Iraq only, but were to go on in other Shi’a communities around the world. To that end, branches were secretly formed in the Gulf states and in Lebanon; attempts to form them in Iran were unsuccessful.

Chapter Four
Back to Hawza

By 1960, Sadr was one of the leading mujtahids in the religious school of Najaf with a distinguished reputation in jurisprudence (fiqh and usul al-fiqh). His seniors in the Hawza therefore advised him to give up his political role in the Da’wa party and on the Awa’, which were detrimental to his leadership in the Hawza and prepare himself for becoming the future grand marja’  of the Shi’i (the hawza would not accept an active mujtahid for the position of grand marja’ , at least not a member of a political party).(18) The marja’ is usually selected from among the leading mujtahid in the fiqh and usul al-fiqh, and the candidate has to prove his capacity in these areas by using the Socratic method in his teaching and by publishing his legal opinions. Since being appointed depended on the approval of the teachers and mujtahids in the Hawza, the prospect of Sadr’s becoming the grand marja’ of all Shi’as was in jeopardy so long as he continued to be politically active. Although pressure on Sadr to give up his political activities seemed to come mainly from the former marja’  Muhsin al-Hakim, many factions in the Hawza were critical of Sadr’s activism. Led by Hussein al-Safi,(19) a public campaign was launched against Sadr depicting his activities as harmful to the survival of the Hawza.(20) A group in the Jama’at, influenced by the propaganda against Sadr, began to show their dissatisfaction with him as well. (21) Sadr’s editorials in al-Awa’ also raised a disturbing question: they were subtitled Risalatuna (Our Message), but the enemies of Sadr questioned whether they represented the views of the Jama’at at all. Finally, in 1961 Muhsin al-Hakim, through his son Mahdi, persuaded Sadr to give up his post as faqih of the Da’wa party and as editor of Awa’. (22)

Mujtama’una (Our Society)

After his resignation Sadr confined himself to the traditional way of life of the Hawza, avoiding activities that might jeopardize his marja’  status. He even delayed the publication of his long awaited book, Mujtama’una (Our Society) because, according to some sources, the time was not ripe for it. (23) According to members of the Da’wa party, however, Sadr kept in touch with the party through one of his pupils.(24) As for the Awa’, Fadlullah notes that Sadr encouraged him to write its editorials. (25)

Planned Establishment of Western-style Universities

Sadr’s passion for reform was now directed toward the hawza itself. First it was necessary to modernize its curriculum: for the past century and a half, Najaf’s hawza had emphasized only fiqh and usul al-fiqh because that was what Najaf was noted for; other Islamic studies were considered minor or unimportant, and the hawza’s teachers paid little attention to them. Sadr was also uneasy over the irregular attendance of the students and their neglect of their studies. He felt that students must complete their courses with distinction before they could claim to be religious scholars (‘alim) (26) and proposed a new textbook on the grounds that the old ones were not written for students. A textbook, according to Sadr, must take into consideration the student’s ability to comprehend the subject only gradually from its basic concepts to its most recent development. Sadr’s plan embraced not only the use of textbooks of the sort used in modern academic institutions, but the establishment of Western-style universities that would hold the student responsible for completing certain courses and passing regular examinations.

Usul al-Din College in Baghdad 

To implement his reforms, Sadr helped establish the Usul al-Din College in Baghdad in 1964 and set up its curriculum. (27) He later wrote three textbooks on the Qur’an, the usul al-fiqh, and Islamic economics for first and second year college students. (28) However, his efforts to carry out his reforms in the Hawza itself faced stubborn resistance from both students and its antiquated establishment.

Chapter Five
Golden Era For Modern Shi’a Politics

The years 1964-1968 were a "golden era" for modern Shi’i politics, first because the Ba’thist-Arif regime felt indebted to the Shi’a religious establishment for its help in discrediting and ousting Qasim’s regime and second because the new regime gained legitimacy from the Shi’a leaders who supported their crackdown on Communist forces in the country (ironically, most of those prosecuted were also Shi’as). The relative freedom the Shi’a enjoyed during that period resulted from the continuous struggle between the Ba’thists and Arif, between the Arab nationalists and the Communists, and among the Ba’thists themselves. The regime was so preoccupied with this internal fighting that it turned a blind eye to Shi’a political activities, though later, it ousted Shi’as from the few governmental posts they had gained under Qasim.

Free from government interference, the Da’wa party increased its membership in the universities and among the intelligentsia. According to Da’wa sources, more than 1,500 copies of the Da’wa official, but underground, journal, the awt al-Da’wa, were distributed to members and supporters in the University of Baghdad alone. Students showed their commitment in a march known as the mawakb al-talaba (students’ procession) in Karbala at the annual commemoration of the martyrdom of the Imam Husayn. Al-Hakim expanded his influence by increasing enrolment in the Hawza in Najaf and by developing plans to establish a Western-style Shica academy in Kufa, where a college education would become available to Shi’a youths who would someday be influential in political affairs. He also established new religious centres and libraries in several Iraqi cities directed by missionaries known as wukala’ (representatives). The religious scholars of Baghdad and Kadhimiyah organized an association, similar to the Jama’at al-Ulama’ in Najaf, known as the Hay’at Jama’at al-Ulama’ fi Baghdad wa al-Kadhimiyah. (29)

Chapter Six
Confrontation with the Ba’th Party

The Ba’th Party’s rise to power on July 17, 1968, started a new phase in the conflict between Shi’a leaders, Muhsin al-Hakim and Muhammad Baqir al-Sadr, and the central government in Baghdad. The regime faced two leaders, who both  had charisma and political clout, al-Hakim through his symbolic leadership of the Shi’a worldwide, and Sadr through his influence over the Da’wa. The stability of the new regime depended on withstanding them. Its first step toward limiting the Shi’a’s power was to curtail their religious activities, which included the closing of the Jawadayn elementary and high schools and the Usul al-Din college in Baghdad, confiscating the land and funds set aside for building Kufa University, shutting down the Risalat al-Islam, the only religious journal the government allowed to be published at that time, prohibiting the mawakb al-talaba in Karbala, expelling hundreds of non-Iraqi students from the hawza in Najaf, and issuing a law requiring Iraqis attending the hawza to join the armed forces.

The Shi’a leaders appeared to be disorganized and the Ba’th regime to catch them by surprise. Unaware of the Ba’thist’s plan to eliminate the political structure of the Shi’a community, its leaders met to figure out some peaceful means for dealing with the government and decided on a public protest. The Hay’at al-Ulama’ suggested that Muhsin al-Hakim visit Baghdad to mobilize Shi’a support against the government. (30) Al-Hakim took up residence in Kadhimiyah to receive supporters; Sadr went to Lebanon to organize protest from abroad and use the office of the Shi’a supreme council headed by his cousin Musa al-Sadr to campaign against the Iraqi government. Telegrams were sent by Musa al-Sadr to the heads of the Islamic states and Islamic groups calling attention to the Ba’thist’s government harassment of the religious leadership in Najaf. The result of these efforts was disappointing. Only Nasser of Egypt, Faisal of Saudi Arabia, Iriyani of North Yemen, and the Jama’at-i Islami of Abu al-A’la Mawdudi in Pakistan gave any moral support, and no one acted.

On his return to Iraq, Sadr, with the cooperation of the Jama’at of Najaf and the Hay’at of Baghdad and Kadhimiyah, held a public meeting at the Imam Ali shrine in Najaf to support al-Hakim and condemn the Ba’thist government action. The statement, which was delivered to the audience by Mahdi al-Hakim, had been drafted by Sadr. (31) The next step to be taken against the government, according to Murtada al-Askari, was to organize a mass demonstration in Baghdad in support of al-Hakim. (32) However, before the plan was carried out the Ba’thist government announced that Mahdi al-Hakim was plotting to overthrow the government in a military coup with the help of some generals and Shi’a businessmen who had links to Iran and the West (by which they meant the United States and Israel).(33) This accusation put the Shi’a leaders on the defensive and diluted their support. Mahdi al-Hakim was smuggled out of the country; al-Askari went to Lebanon; and Muhsin al-Hakim retreated to Najaf where he died a few months later. His successor Ayatullah Khoei, the mentor of Sadr, refrained from taking any action against the Ba’thist government.(34)

After Muhsin al-Hakim died, the Ba’th government intensified its efforts to reduce the influence of the Hawza in Najaf by expelling its non-Iraqi students (the majority of students were foreigners) and monitoring the Iraqi students there. That threw the whole Hawza into chaos. To keep non-Iraqi students in the country so they could help resist the government, Sadr convinced Ayatullah Khoei to issue an order (hukm) to students to stay in Najaf and continue their studies.(35) Unwilling to antagonize the new Shi’a marja’ , Ayatullah Khoei, who was considered to be above politics, the Ba’th government postponed implementing its deportation policy. The Ba’thist regime then started to crack down on the Da’wa party. Many suspected members of the party were rounded up in 1972 and sentenced to one to five years in prison. (36) Sahib Dakhiyl, known as Abu ‘Isam, died under torture in 1973. He was the organizer of the student procession held in Karbala (37) and was also believed to have been the head of the Da’wa party’s Baghdad branch.(38)  A year later, about seventy-five Da’wa party members, some of them religious scholars, were detained by the security forces, and five, all of whom were believed to be leaders of the Da’wa party, were sentenced to death by the revolutionary court.(39)  Sentencing these people, three of them ulama’, brought a public outcry and condemnation from the religious establishment, including Khoei, Khomeini, and Sadr.(40)  In order to avoid a precedent for executing religious scholars of the Hawza, Sadr issued a fatwa forbidding students or scholars of the Hawza to join any political party. Later that year, Sadr himself was detained by security forces and taken from Najaf to Baghdad for interrogation, but was soon released. (41)

In the post-Hakim era, Sadr was recognized in the Hawza as a marja’ and the heir-apparent of Grand marja’  Ayatullah Khoei. (42)  However, he was aware that the marja’iyya, the Shi’as’ only true source of political leadership, lacked adequate institutional underpinning, even though it was a thousand years old. In particular, it lacked the means of enforcing decisions on the rank and file of ‘ulama’. Additionally, the marja’ traditionally made policies and arrived at decisions using an inner circle of close associates and family members to gather information, issue statements, and distribute religious funds. There was no formal procedure for making decisions or planning long-term strategy, and that often resulted in confusion that weakened the relationship between the marja’iyya and the people.

To enhance the power of the marja’iyya, Sadr sought, as he put it, to transform what he called the "subjective marja’iyya" into an "objective marja’iyya." The marja’ , according to Sadr, must conduct his affairs and guide his people using an organized structure. To conduct the affairs of the ummah, the marja’  should set up committees to manage educational affairs in the hawza, to support Islamic studies, research, and writing on essential subjects, to look after the affairs of the ‘ulama’ who represent the marja’  in other cities, to support the Islamic movement, and, finally, to administer financial affairs.

However, at that time Sadr was not ready to form the institutional structure of the "objective marja’iyya" because he was not the supreme marja’ , the symbolic authority for all Shi’as, a position that would give him the financial and the religious power to carry out changes. The publication of his al-Fatawa al-Wadiha, a book on religious laws, was intended in a way to announce his marja’iyya, and prepare himself and contenders in Najaf and Qum in the traditional manner to succeed Ayatullah Khoei, the grand marja’ . Sadr also had a political motive behind his early indirect announcement of interest in the marja’iyya. He thought it would protect him from government prosecution. 

Ayatullah Khomeini Not Executed by Shah of Iran

Once he was a marja’, Sadr believed, the government would spare his life regardless of his political stand, because regimes in Iraq and Iran did not execute leading jurists. A case in point was the Shah’s decision not to execute Ayatullah Khomeini after the maraji’ in Qum issued a statement proclaiming that Khomeini as one of them. Instead the Shah expelled Khomeini from Iran.

In announcing his marja’iyya, Sadr somehow thought he was gaining political immunity. At the publication of Sadr’s al-Fatawa al-Wadiha, members of Da’wa party and Sadr’s admirers, mostly students and intellectuals, started referring to him as their marja’ and leader.

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Mardi 10 avril 2007

Chapter Seven
Ashurra Commemorations Banned

In early 1977, the Ba’th regime took the boldest step yet to curb the Shi’a when it banned the annual ceremonies commemorating Imam Husayn’s martyrdom. The regime had tried but failed to prohibit them since 1970, especially in Najaf and in Karbala. That year, the Ba’th leadership was determined to use any means necessary to stop the traditional procession from Najaf to Karbala, an event that generates considerable religious fervour. Tens of thousands of Shi’a from all over Iraq participate in the pilgrimage, which usually takes four days to cover about fifty miles. The procession was seen by the regime as hindering their policy of secularism and as providing the religious authorities with popular support.

Banning the procession in 1977 provoked riots in Najaf. Organizers distributed leaflets that called on people to participate in defiance of the authorities to protect their religious rights. (43)  The public hearings organized by the Ba’th Party and the governor of Najaf did not ease the tension but rather precipitated chaos. (44) An estimated thirty thousand people began their procession holding banners printed with verses from the Qur’an, such as "The power of God is above theirs" and "Victory shall come from God." (45)

Faced with this defiance, the regime first met with the leaders of the procession(46) and sought the help of Muhammad Baqir al-Hakim, who informed the Shi’a that the regime was willing to lift the ban on the procession if the rioters would stop chanting anti-government slogans. However, anti-Ba’thist sentiments ran so high by then that compromise was impossible. The government on its part mobilized a military brigade with tanks, helicopters, and fighter jets to block the way to the city of Karbala. (47) Hundreds of demonstrators were able to get into the city, however, because many officers and soldiers were sympathetic to the cause and were unwilling to obey the government orders to fire on people chanting religious slogans. (48) The government then mobilized the Ba’th Party security and police to suppress the procession in the streets of Karbala and to detain as many people as they could. Hundreds were imprisoned, and many were injured.

The government then formed a special revolutionary court (makamat al-thawra) headed by three high-ranking Ba’th Party leaders to try the defendants. (49) Seven people were sentenced to death and fifteen, including Muhammad Baqir al-Hakim, to life imprisonment. The incident also caused a split within the Ba’th leadership itself. Some high-ranking members of the party judged the action unduly harsh and seemed hesitant to take strong action. An extremist group led by the Bakr-Saddam factions won by expelling the moderate group, including the members of the Special Revolutionary Court, from their government and party positions.

The regime suspected Sadr of having had a part in the demonstration. It had been well organized, which suggested that the Da’wa Party was behind it. Al-Hakim, the head of the group who negotiated on behalf of the regime with the rioters, was a disciple and personal representative of Sadr. His failure to gain concessions from the rioters whose links were with the Da’wa, the main Sadr organization, was one of the signs that made the regime suspect that Sadr led a behind-the-scenes conspiracy. The regime’s security forces detained Sadr and sent him to Baghdad for questioning, but released him when the people demanded it in order not to instigate another riot by the Hawza.

Chapter Eight
Encounters with the Ba’th Party: The Final Episode

The leaders of the Ba’th regime thought that their measures in 1977 had put an end to religious opposition for years to come, but the revolution in Iran in 1978 rekindled efforts against the Shah and a revolution led by religious leaders in Najaf was in the making. The Shi’a capital was again at centre stage; though this time the effort was not directed toward the Ba’th, it was still troublesome to the Iraqi regime. Ayatullah Khomeini, the leader of the Iranian uprising, had been living in Najaf for the past fourteen years. He took advantage of Ba’th enmity toward the Shah to launch a campaign against him in Iran. He was given access to Iraqi radio to beam his messages, and this also made it possible for him to be approached by his political collaborators. However, such favours (which in any case were severed after the Saddam-Shah Algiers agreement in 1975 that ended the hostility between the two regimes) did not elicit any pro-Ba’th sentiment from Khomeini. He had witnessed the Ba’th’s oppressive measures toward the Hawza of Najaf and toward Shi’a leaders.

The revolution in Iran seemed to demonstrate that an oppressive regime run by a well entrenched security apparatus and supported by the Western intelligence could in fact be challenged and defeated, and that Islamic ideology was capable of leading the masses to establish the dreamed-of Islamic state. It showed that blood sacrificed during revolution can encourage other devotees of Islam’s cause. The oppressive measures of the regime could be turned into the means for achieving victory. The revolution in Iran presented an appealing political scenario for Muslim revolutionaries to follow; the Iraqi Shi’a were the first to emulate it.

Sadr made several calculated but discreet political moves that would not antagonize the Iraqi regime but would show his commitment to and support for the revolution in Iran.(50)  He first sent a long statement to the Iranian people while Khomeini was in Paris, declaring his support and praising the uprising. (51)  Then after Khomeini returned to Iran, Sadr sent Mahmood al-Hashimi, one of his closest disciples, to Iran as his representative. (52) Both actions were considered by the Iraqi regime as clear violations of the government’s "wait and see" policy. (53)  

Furthermore, Sadr, contrary to the Ba’th government policy of instigating and supporting the uprising of the Arab population in Iran, had asked the Arabs to support the Islamic state that eventually would fulfil their political and ethnic rights. In one of his messages to the Iranian people, Sadr called on the Arabs in Iran to obey the leaders of the revolution because the Islamic republic represented the state founded by the Prophet where people of different nationalities and ethnic background could live in tranquillity. (54)  

Sadr then published six essays that concerning the foundation of the Islamic state which were later collected under the title al-Islam Yaqwud al-Hayat (Islam governs life). One of them dealt with the religious basis for forming an Islamic government. In this treatise he outlined the structure of an Islamic state, the functions of each of its branches of government, the responsibilities of the marja’  in the state, and the legitimacy of his absolute authority according to Shi’a Islam. The treatise seems to have had a major impact on the authors of the constitution of the Islamic Republic of Iran. One can find many of Sadr’s ideas and views on the structure of an Islamic state in the final draft of that document. The other five essays dealt with the principles of the Islamic state and the structure of its economy, using ideas similar to those Sadr presented in his works twenty years earlier, proof that he had conformed to his early ijtihad.

Sadr Issues Fatwa Against The Ba'th Party

Sadr’s boldest step against the regime was issuing a fatwa prohibiting Muslims from joining the Ba’th party or its affiliated organizations, a step so dangerous that even some of Sadr’s representatives in various Iraqi cities hesitated to publish it because they feared for their own safety and for Sadr’s survival. To make its contents known, Sadr resorted to means such as encouraging his students to ask him questions during his regular sermons in the Hawza regarding participation in the Ba’th party. After that people expected a severe step to be taken against Sadr, but relations between Sadr and the regime remained under control. Instead, the last straw was added by Iran.

Ayatullah Khomeini, relying on his sources in Najaf, broadcast a message to Sadr calling on him to stay in the Hawza and not to leave Iraq despite government harassment. (55)  Although Sadr was facing detainment or possibly execution, he was not in any case planning to leave Iraq. (56)  Khomeini’s message and Sadr’s response, (57) which were heard by millions in Iraq, set off a wave of public demonstrations in several Iraqi cities in support of Sadr and in praise of Khomeini. Najaf was the most turbulent; there delegations from all over Iraq came to hold demonstrations and to be received by Sadr. Sadr told his followers to call the demonstrations off; since they represented the core of his support, Sadr did not want them exposed to the regime and needed to secure their protection from future government crackdowns. (58) He told one of the Da’wa’s members that "the regime’s quiescence for the moment reveals a great hidden danger; thus we should use precautions and prudence in our action." (59)

Chapter Nine
Sadr Detained- Bint Al-Huda Gives Fiery Speech

Then the government, as Sadr anticipated, began to crackdown: Sadr’s representatives and hundreds of Da’wa memberswere rounded up and imprisoned or executed. Then Sadr himself was detained and taken to Baghdad. His sister, Amina al-Sadr, known as Bint al-Huda, went to the holy shrine of Imam Ali A.S. and gave a fiery speech urging people to demonstrate against the government and to protect their leader. As the news of his arrest spread, riots broke out in Baghdad, Basra, Diyala, Samawa, Kuwt, Diwaniyya, Karbala, and other cities. The bazaar in Najaf closed down; angry crowds clashed with the police. The whole city seemed under siege as the government increased its security efforts. The spread of violence in the country forced the regime to free Sadr the next day.

The detention of Sadr gave the Ba’th regime a clear idea of the extent of his support. His opposition to the regime had made him a national leader and a galvaniser of popular opinion, and his presence had become a threat to the survival of the regime. The Ba’thists therefore determined to cut him off from his allies, his ‘ulama’ and the rank and file of the Da’wa party. Muslim activists were arrested en masse, tortured, and executed, and the mosques the ‘ulama’ served were shut down. Even some prominent ‘ulama’ who usually cooperated with the regime and supported its policy were detained. The policy of the Ba’thist regime was not to spare any effective Shi’a religious forces in the country. Government documents show that the Revolutionary Court passed at least 258 death sentences out of twenty-two trials. (60)  

Chapter Ten
Sadr Interrogated

Sadr himself was placed under house arrest, which the regime tried to extract concessions from him. During his interrogation of Sadr in August 1979, Fadil al-Barak, the head of the security agency, demanded that he make a public statement denouncing the Iranian Revolution and supporting the Iraqi policy toward Iran. When Sadr refused the regime softened its language, and a new mediator, Shaykh Isa al-Khaqani, was sent to ask Sadr to fulfil only one of five conditions to spare his life: withdraw his support of Ayatullah Khomeini and of the Iranian regime; or issue a statement supporting one of the government’s policies such as the nationalization of foreign oil companies and national autonomy for the Kurds; or issue a fatwa forbidding association with the Da’wa party; or revoke the fatwa that prohibited joining the Ba’th party; or be interviewed by an Iraqi or other Arab newspaper that was affiliated with the Iraqi regime. By then Sadr, according to his personal secretary al-Nu’mani, had concluded that his days were numbered any way, and he decided to reject all government demands in anticipation of his martyrdom. He told al-Khaqani, the Ba’th regime’s mediator:

"The only thing I have sought in my life is to make the establishment of an Islamic government on earth possible. Since it has been formed in Iran under the leadership of Imam [Khomeini] it makes no difference to me whether I am alive or dead because the dream I wanted to attain and the hope I wanted to achieve have come true, thanks to God." (61)  

When the Islamic fundamentalist groups, the Da’wa party and Islamic Action Organization headed by al-Shirazi and the Mudarisi brothers, (62)  saw the regime harassing their leader, they took up arms against the Ba’th officials. They attacked the Ba’th party ideologue Tariq Aziz (then the foreign minister) in Mustansiriyya University. Aziz was supposed to deliver a speech to the Ba’th party members among the university’s student body stating the regime’s policy towards Iran. Muslim activists threw a bomb at Aziz, injuring him and killing his bodyguards. At the public funeral for the guards another bomb was thrown at the funeral procession, killing several people. (63)  The regime faced for the first time resistance that was undermining its support among the Shi’a. Saddam Hussein, by then the new president of the republic, during a hospital visit to those who has been injured at Mustansiriyya, called for revenge against the perpetrators. The regime’s old tactic of labelling the Muslim armed struggle as the work of Iranian elements in the country was no longer convincing because, Muslim anti-government activities continued to flourish even after more than 130,000 Iraqis of Iranian origin had been deported to Iran. Moreover, Sadr, the symbol of the Islamic movement, belonged to a well-known Iraqi family. What the Ba’th regime needed was to liquidate the Islamic movement altogether. On March 31, 1980, the Revolutionary Command Council passed a law sentencing all past and present members of the Da’wa party or its affiliated organizations, or people working for its goals, to death. That law eliminated any possibility of sparing Sadr’s life.

Sadr had in any case left no room for retreat. While he was under house arrest, he smuggled three messages to his associates calling on the Iraqi people to resist the regime in any way possible. (64)  In these messages, he spoke as their leader in their name, and he demanded from the government political and religious rights for all people, Shi’as and Sunnis, Arab and Kurds. He even appealed to the members of the Ba’th party, whose leader he accused of violating the principles of the party itself. He challenged the Ba’th leadership to allow the people for only one week to express their hostility to the regime. In one of these messages, Sadr issued an ultimatum: topple the regime and establish an Islamic government in its place:

"It is incumbent on every Muslim in Iraq and every Iraqi outside Iraq to do whatever he can, even if it cost him his life, to keep the jihad and struggle to remove this nightmare from the land of beloved Iraq, to liberate themselves from this inhuman gang, and to establish a righteous, unique, and honourable rule based on Islam". (65)  

Security Forces Come For them Both

The security forces came for Sadr and his sister on April 5, 1980, and detained them in the headquarters of the National Security Agency in Baghdad. Three days later, his body was brought back to his uncle Muhammad Sadiq al-Sadr in Najaf for secret burial. The whereabouts of Bint al-Huda, his sister, were never disclosed by the regime, but it is widely believed that she too was executed. (66)  Two weeks later, Ayatullah Khomeini announced the execution of Sadr and his sister and called on the Iraqi people and the armed forces to overthrow the Ba’th regime.

Conclusion

Sadr’s involvement in politics in his early life was fortuitous and not, in my view, the result of an overall plan on his part. Here I differ with the conventional wisdom of the revolutionary Islamists who claim the opposite. Sadr, as a young student and scholar of jurisprudence, was dedicated entirely to his religious studies; he took no part in political affairs after the 1958 coup in Iraq. His involvement in politics was a result of the encouragement of his colleague and friend, Talib al-Rifa’i, who introduced him to the founders of the Da’wa party. (67)  They in turn saw in him the means to legitimise their political activities within the non-political Hawza of Najaf, because of his reputation there. However, once he became engaged in the activities of the party, he was regarded as its faqih, a position entailing supervision of all its activities. His intellectual attainments, admired by the insecure religious establishment of that time, especially after the publication of his work, Falsafatuna, made him the party’s ideologue. Later, he became the religious leader of the Islamic movement that spread out of Najaf to a large part of the Muslim world.

His sudden resignation from the party did nothing to reduce his influence. In fact it was in part intended to open the way to the leadership of the Shi’a community, i.e., the marja iyya. Activist Muslim jurists and the Islamic movement were hoping that Sadr’s elevation as supreme marja’ would help spread their mission and politicise Shi’a everywhere. It seemed to them only a matter of time before Sadr would assume the marja’iyya, since he was indisputably a resourceful jurist of the Hawza and "the jewel of the religious schools," according to Khomeini. It was possible, many thought, that the political acquiescence of the marja’iyya could be ended.

Sadr Was Dragged into Public Opposition

In his final two years, Sadr was dragged into public opposition to the regime by the Iranian leadership and by those in Iraq, especially in the Da’wa party and among Sadr’s close associates who influenced by the Iranian revolution. He did not believe the time was ripe; "the objective conditions," to use his terminology, were not in place. According to al-Nu’mani, Sadr was not pleased when the Da’wa organized a public procession to show their allegiance to him, because it would expose its members and supporters to government persecution. If Sadr had felt that conditions had reached a revolutionary stage, he would not have anticipated the regime’s repression. However, the Iranian leaders went ahead with their public campaign; in their Arabic broadcasts to the Iraqi people, they asked them to follow Sadr and topple the Ba’th regime. (68)  

They encouraged Islamic political organizations in Iraq to organize demonstrations and protests similar to those used by the Iranian revolution in which people shouted slogans claiming the spiritual leadership of Sadr. This put Sadr in an awkward position: to support the masses who were calling for his leadership he would betray his own convictions. As a religious jurist, he was constrained to side with those people who needed his guidance and demanded his leadership against tyranny. He was probably never consulted by the leaders in Iran or of the Islamic movement in Iraq. Evidently, he simply heard the messages of Ayatullah Khomeini and other Iranian leaders urging him to revolt against the government on the radio. Some of the earliest public protests and demonstrations in his support by the Islamic organizations were also spontaneous, started by enthusiastic supporters galvanized by the spectacular success of the revolution in Iran. (69)  

Later the Da’wa party welcomed these demonstrations, and put pressure on the marja’s in Najaf (Khoei and Sadr) to initiate a movement like Ayatullah Khomeini’s in Iraq. (70) The leaders of the party concluded that conditions were ripe to start the revolution against the Ba’thist regime. The Iranian experience showed them that if public demonstrations were large enough the regime could not crush the multitude of protesters. Their mistakes were overestimating the revolutionary frame of mind of the masses in Iraq and assuming that the Ba’th regime would react to public protest like the Shah had. For those miscalculations Sadr and his followers paid a deadly price.

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Mardi 10 avril 2007

References

1. Islamic Da’wa party, Istishhad al-Imam Muhammad Baqir al-Sadr min Mandhur Hadhari, (n.p, 1981), pp. 36-37.
2. These groups included Fedaian Islam founded by Nawab Safavi in the late 1940s and later headed by Sadiq Khilkhili, the head of the revolutionary courts in 1979-80; Mujahidiyn Khalq, a Socialist Islamic organization supported by the late Ayatullah Talaqani; and Nahzat Azadi, a liberal-Islamic group, founded by Mahdi Bazargan, the first prime minister of the revolution appointed by Ayatullah Khomeini.
3. For a full account of Qasim’s regime, see Uriel Dann, Iraq under Qassem (New York: Praeger, 1969).
4. On the influence and the atrocities of the Iraqi Communist Party (ICP), see U. Zaher, "The Oppression," in CARDRI (Committee Against Repression and for Democratic Rights in Iraq), ed., Saddam’s Iraq, Revolution or Reaction?, (London: Zed, 1986), pp. 148-50.
5. Hassan Shubar, "Dawr Hizb al-Da’wa al-Islamiyya fi al-Taghyir wa-Halat al-Istirkha’ al-Sabiqa," al-Jihad, 363 (October 24, 1988), 8.
6. According to Talib al-Rifa’i, a colleague of Sadr and a well-known jurist activist in the 1950s and 1960s, Jamat al-Ulama’ consisted of ten mujtahids: Murtada Al Yasiyyn, Abbas al-Rumaythi, Isma’il al-Sadr, Muhammad Tahir Shaykh Radi, Muhammad Jawad Shaykh Radi, Muhammad Taqi Bahr al-Ulum, Musa Bahr al-Ulum, Muhammad Reda al-Mudhaffar, Husayn al-Hamadani, and Muhammad Baqir Shakhs.
7. Interview with Mohammad Baqir al-Hakam, al-Jihad 5 (Summer, 1980), 7-9.
8. Muhammad Husayn Fadlullah, "Taqdim, preface to Muhammad Baqir al-Sadr, Resalatuna (Beirut: al-Dar al-Islamiyya, 1981), p. 16.
9. An interview with one of the leading figures in the Jamacat al-Ulama’ and the Da’wa party, in January 1, 1990; he requested anonymity and will be referred to here as A.H.F.
10. Interview with Talib al-Rifa’i.
11. However, al-Awa’, according to Talib al-Rifa’i, was later to become the voice of the Islamic Da’wa party; it published party doctrine in editorials and articles.
12. Fadlullah, "Taqdim," p.17.
13. Talib al-Rifa’i told me that Sadr did not have the money to buy books on Western philosophy, but a friend, an Arab nationalist and an owner of a bookstore, generously let him borrow them.
14. However, according to A.H.F, the al-Siwaki brothers, Hadi and Mahdi, who were members of the Tahrir party, proposed forming a political party to Murtada al-Askari, who in turn contacted Sadr to set up the party’s structure and write its doctrine. According to A.H.F, Mahdi al-Hakim and Talib al-Rifaci were among the first to be contacted and to join.
15. Al-Asadi, "izb al-Da’wa al-Islamiyya," ariq al-aq, August, 1980, p. 46.
16. Sadr, according to the Da’wa party, wrote four articles in the official journal of the party, awt al-Da’wa, explaining the name, the structure, the goals, and the nature of the political struggle to build up the party. The articles published in Da’wa party publication no. 13, Min Fikr al-Da’wa al-Islamiyya: al-Shahid al Rabi’, al-Imam al-Sadr (n.d, n.p.)
17. Al-Asadi, "izb al-Da’wa al-Islamiyya," p. 48.
18. According to al-Rifa’i, Sadr decided to resign from the party at Samarra, where the shrines of Imams al-cAskariyyn are located, after randomly selecting a verse from the Qur’an and using it as a basis for his decision.
19. Hussein al-Safi was the head of the Ba’th party in Najaf, which cooperated with the Islamic forces to counter the communist surge. Jamacat al-cUlama’ used Muhammad Reda Sheikh Radi as a link between them and al-Safi’s nationalist and Ba’thist forces, and was well aware of Sadr’s activities. When the Bacthists came to power in 1963, al-Safi was appointed governor of Diwaniyya, a principality near Najaf. He later retired from politics, and emigrated to Morocco in the 1970s to become a businessmen. Saddam invited him to Iraq in 1985, and later executed him.
20. For a full account of the situation, see Muhammad Baqir al-Hakim’s interview in al-Jihad 14 (Jamadi al-Thani 1401). Al-Hakim referred to a letter explaining the whole episode that Sadr sent to him when the latter was in Lebanon.
21. Ibid.
22. Fadlullah, "Taqdim," p. 17.
23. A famous saying of Sadr, "Mujtamacuna la yatahaml Mujtamacuna" (Our society cannot bear Our Society).
24. Interview with A.H.F., Jan 1, 1990.
25. Conversation with Muhammad H. Fadlullah in St. Louis, December, 1982; also see his "Taqdim," p. 17.
26. Fadil al-Nuri, al-Shahid al-Sadr Fada’iluhu wa-Shama’iluhu, (Qum: Mahmuwwd al-Hashimi Office, 1984), p. 93.
27. The Sadr book in Usul is al-Macalim al-Jadida fi Usul al-Fiqh See Fadil al-Nuri, al-Shahid al-Sadr, p. 64; and S. D. al-Qubanchi, al-Jihad al-Siyasi, p. 79.
28. Ibid.
29. The association headed by Hadi al-Hakim and Murtada al-Askari. In the late 1960s, Mahdi al-Hakim, became the best and most outspoken member of the association. See "Interview with al-Askari," Liwa’ al-Sadr, Jamadi al-Thani 7, 1409, p. 6.
30. The meeting was held in al-Karada al-Sharqiyya, a suburb of Baghdad, attended by sixty religious scholars from Baghdad and Kadhimiyah; see al-Shahada, Jamadi al-Thani 2, 1409.
31. Liwa’ al-Sadr, Shaban 29, 1409.
32. Murtada al-Askari, "Jidhuwwr wa-Khalfiyat al-Taharuk al-Islami fi Muwajahat al-Ba’th al-cAflaqi," Liwa’ al-Sadr, Muharam 22, 1409, p. 10.
33. Ibid.
34. The Ba’thist government tried to influence the selection of the Supreme Mujtahid of the Shia through a campaign on behalf of Shaykh Ali Kashif al-Ghita’ who publicly endorsed the regime. However, Sadr and Muhsin al-Hakim’s eldest son Yusuf put their weight behind Khoei. On the selection of Ayatullah Khoei, see also Fouad Ajami, The Vanished Imam, Musa al-Sadr and the Shia of Lebanon (Ithaca, N.Y.: Cornell University Press, 1986), p. 194.
35. Qubanchi, al-Jihad al-Siyasi, p. 74.
36. Da’wa Party, Lamaat min masirat hizb al-Da’wa al-Islamiyya, (n.p., n.d.), p. 25.
37. Salih al-Adib, "Mawakb al-Talaba," al-Jihad, Feb 29, 1988, p. 12.
38. Sahib Dakhiyyl, editor of the Da’wa party’s underground journal, Sawt al-Da’wa, was detained on Sept. 28, 1971, and later executed; al-Jihad, Jan. 3, 1983.
39. The five sentenced to death were Shaykh Arif al-Basri, Iz al-Din al-Qubanchi, Imad al-Tabrizi, Hussein Chalukhan, and Nuri Tucma. See Islamic Da’wa party, Shuhada’ Baghdad (Tehran: Islamic Da’wa party publication, 1982).
40. On the reaction of Ayatullah Khumeini to the execution of five "martyrs," see al-Jihad, Rabiy al-Awwal 1404, p. 44.
41. Qubanchi is the only one to mention that Sadr was detained by the government in 1971, but was not imprisoned because of his poor health; he was, however, tied to his hospital bed (see al-Jihad al-Siyasi, p. 53).
42. Another maraji in Najaf was Ruhallah Khumeini; there were others in Qum such as Gulpaygani, Shariycat-Madari (d. 1985), Marcashi-Najafi (d. 1989); and in Mashhad Abdullah Shirazi (d. 1986).
43. For detailed accounts of the uprising, see Racad al-Musawi, Intifaat afr al-Islamiyya fi Iraq, 2nd ed. (Qum: Amiyr al-Mu’miniyyn, 1983) pp. 66-68.
44. Ibid., pp. 71-73.
45. Ibid., pp. 68-69.
46. Ibid., pp. 95-99.
47. Ibid., p. 101
48. Ibid., pp. 102-103.
49. The three members of the court were Izat Mustafa, Minister of Health, Hasan Ali, and Falayh Jasim, all members of the regional command of the Ba’th party.
50. In a letter to his former pupils and disciples in Iran, Sadr expressed his admiration for Khomeini, and demanded they support him. Sadr said that Khomeini’s marja’ iyya had achieved the goals of the "objective marja’ iyya," which he has theorized years ago. For the text of the letter, see al-Ha’iri, Mabaith ilm al-usul (Qum: n.p., 1988) pp. 145-46.
51. The message was not publicized because Sadr’s disciple living in Iran thought such a statement would endanger Sadr’s life. For the full text of the message, see al-Ha’iri, Mabaith, pp. 142-45.
52. Ibid, p. 114.
53. Because of the 1975 agreement between Iraq and Iran, the Ba’th government supported the Shah. Saddam, then the vice president, had declared in one of the party meetings in Basra, al-Shah baqi, baqi, baqi ("The Shah will survive, will survive, will survive").
54. For the text, see Ha’iri, Mabaith, p. 147.
55. For texts of Khomeini’s message to Sadr, see Ibid., pp. 117-18. Khomeini insulted Sadr by addressing him as ujjat al-Islam wa-al-Muslimiyn, a title used for a low-ranking alim; Sadr was then a marja’  of well-known reputation and usually addressed as ayatullah al-uma (grand Ayatullah). Only after Sadr’s death did Khumeini start referring to him as Ayatullah Sadr.
56. Conversation with Sayyid M. H. Fadlullah in 1982.
57. For the text of Sadr’s reply to Khomeini, see al-Ha’iri Mabaith, p. 123.
58. Al-Nu’mani quoted in al-Ha’iri, Mabaith, p. 119.
59. al-Jihad, May 2, 1983.
60. Al-Jihad, May 2, 1983.
61. Al-Nu’mani as quoted in al-Ha’iri, Mabaith, pp. 162-63.
62. Munaamat al-Amal al-Islami (Islamic Task Organization) is a splinter group of the Da’wa party. Their leader, Muhammad Mahdi al-Shirazi, was one of the first group, according to Mahdi al-Hakim, to join the Da’wa party. In the early 1970s he and his brother Hasan (assassinated in Lebanon in 1980) formed their own organization, al-’Amal al-Islami as a result of disagreement with Da’wa over an issue of leadership of the party and political tactics. When al-Shirazi announced his marja’ iyya in 1970, Muhammad Taqi al-Mudrisi and Hadi al-Mudrisi headed al-’Amal, while Shirazi assumed the role of spiritual leader of the organization.
63. Chibli Mallat, "Religious Militancy in Contemporary Iraq: Muhammad Baqer as-Sadr and the Sunni-Shia Paradigm," Third World Quarterly, April, 1988, p. 728.
64. According to Da’wa party members, these recorded messages were supposed to be published and distributed to people inside and outside Iraq, but they were censored by his associates fearing the regime’s reprisal on Sadr’s life and were not made public until after his death.
65. For the full text of Sadr’s three messages to the Iraqi people in Arabic; see al-Ha’iri, Mabaith, pp. 147-153; for an English translation see Abu Ali, A Glimpse of the Life of The Martyred Imam: Muhammad Baqer al-Sadr and His Last Three Messages (n.d., n.p), pp. 16-19.
66. According to one of Sadr’s cousins, the family of Sadr still hopes that the regime has spared the life of Amina al-Sadr, but the Islamic movement always refers to her as a martyr.
67. See an interview with Mahdi al-Hakim on the history of the Islamic movement in Iraq in Liwa’ al-Sadr, Jan 12, 1990, 12.
68. One of the examples of how Sadr was pushed into unplanned direct confrontation against the government was when he was hospitalised in 1979, and one of the Iranian ulama asked Talib al-Rifaci to write a get-well telegram in Arabic to Sadr. However, the draft was rejected on the basis that its language was too mild and did not include a harsh statement against Saddam and the Ba’th party. Al-Rifaci refused to write such a statement because it would endanger Sadr’s life.
69. An interview with Ahmad Kubba, one of the Da’wa members who initiated the first demonstration after the Friday sermon of Ayatullah Khoei in the Masjid al-Khadra in Najaf, in 1978. He said that he had no orders from the party to start the demonstration. Rather the party officials discouraged such a move. He then had supported public protests only after the success of the revolution in Iran.
70. Ayatullah Khoei advised Sadr, via the latter’s representative in Kuwait, that he should not involve himself in a political struggle then because the Ba’thist government would certainly kill him at a time when the Hawza needed his services.


Iraq’s Muqtada Al-Sadr: Spoiler or Stabiliser?

Middle East Report N°55, 11 July 2006

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Par pierre denis 'mohammed ibrahim noor' fourchet
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Dimanche 10 septembre 2006

par Michel Cazenave
réalisation : Isabelle Yhuel
Le shath est l’expression paradoxale, provocante, et parfois quasi blasphématoire par laquelle les mystiques musulmans des premiers siècles ont souvent essayé de rendre compte de leur expérience - jusqu’à ce que cette forme de locution s’affadisse dans une poésie contenue, ou soit tout simplement condamnée par les docteurs de la loi.

Leili Anvar-Chanderoff.  maître de conférence aux Langues’O.
Pierre Lory.  directeur d’études à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, 5e section.

Hussein Mansour al-HALLÂJ, Diwân, éd. et trad. Louis Massignon Paris Seuil - 1981/ "Points",1992 [épuisé]

Galal al-Din RUMI, Mathnawî: la quête de l'absolu, trad. Eva de Vitray-Meyerovitch et Djamchid Mortazavi Monaco, Rocher - 1990

Ruzbehan Baqli SHIRAZI, Commentaires sur les paradoxes des Soufis [édition bilingue] Paris, J. Maisonneuve / Téhéran, Institut français de recherche en Iran - [épuisé]
Ruzbehan Baqli SHIRAZI, Commentaires sur les paradoxes des Soufis [édition bilingue], Paris, J. Maisonneuve / Téhéran, Institut français de recherche en Iran, «Bibliothèque iranienne», 1966 [épuisé].

Par pierre denis 'mohammed ibrahim noor' fourchet
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Jeudi 31 août 2006

Penser l’individu ? Sur un nécessaire changement de paradigme, 1
par Aldo Haesler, Aldo Haesler est professeur de sociologie à l’Université de Caen et chercheur au Centre Maurice-Halbwachs (Cnrs, Ehess, Ens, Caen). Ses travaux portent sur la théorie de l’échange et des relations humaines. Il est l’auteur de Tausch und gesellschaftliche Entwicklung (1983), Sociologie de l’argent et postmodernité (1995), Sociologie de l’échange (à paraître en 2006) et de L’Invention de la démesure (à paraître également en 2006).

«L’essence de l’homme, l’essence qui lui est particulière, n’est directement reconnaissable que dans la vivante relation. Le gorille est, lui aussi, un individu; l’État des termites est, lui aussi, un collectif; mais Je-et-Tu n’existe dans notre univers que parce qu’il y a l’Homme; et le Je n’existe qu’à partir du rapport avec Tu. «L’homme-avec-l’homme»: c’est de la considération de cet objet que doit partir la science philosophique de l’homme, laquelle embrasse l’anthropologie et la sociologie».
Martin Buber [1936] (1980, p. 115).

Critique du néo-individualisme sociologique.
On ne soulignera jamais assez la forte concomitance (conceptuelle et historique) entre les notions d’individu et de propriété. L’individu moderne se caractérise à la fois par son intégrité morale, physique et juridique et par un rapport de permanence à soi dans l’espace et dans le temps, caractéristiques formellement identiques à l’institution juridique de la propriété privée1. Il est dès lors utile de se pencher sur ce rapport précisément aujourd’hui où nous assistons à une liquéfaction du concept de propriété2. Car il y a de fortes chances pour que ce rapport de permanence et d’appartenance à soi qu’on appelle l’individualité soit en passe lui aussi d’être transformé – non pas dans le sens d’un «sujet vide», comme le suggère Alain Touraine3, mais en un individu ubiquitaire et «hyper-plastique», où cette permanence d’être propriétaire de soi est progressivement sapée et où nous voyons se développer des «personnalités multiples» dotées d’une nouvelle légèreté et d’une adaptabilité croissantes.
On sait que la question de l’individualité est récurrente en sociologie. D’Émile Durkheim à Norbert Elias, la «société des individus» fait problème. On met non seulement en doute les facultés de cohésion d’une telle société, mais on y perçoit à juste titre la source d’une série de pathologies sociales, d’angoisses et de désorientations nouvelles face auxquelles les politiques et thérapies psychosociales se trouvent le plus souvent désemparées. Que la question de l’individu et de l’individualité fassent partie du cahier des charges du sociologue ne fait aucun doute; or, toute la question est de savoir par quel bout la prendre. Une réponse rapide à cette question (en guise d’abstract) commanderait de dire: comme terminus a quo, comme fait à expliquer, l’individu peut et doit intéresser la sociologie. Comme terminus ad quem, comme facteur explicatif, dans le sens d’une «sociologie du sujet» telle que revendiquée actuellement par d’importants sociologues français, il est d’un intérêt très relatif. C’est à analyser le danger d’une explication du social par l’individu que nous nous attacherons dans ce rapide survol critique, en mobilisant certains arguments en faveur d’une sociologie de la relation humaine dont l’unité de base ne serait précisément pas l’individu.
Une remarque de méthode au préalable. Toute sociologie se ramènera toujours in fine à l’agir de l’individu. Mais ce n’est pas parce que cet agir semble directement observable, interrogeable, «enquêtable» etc., qu’il constitue pour autant l’atome du social. Il s’agit au contraire d’un dangereux contresens de penser qu’en découvrant les ressources de cet agir on puisse progresser de manière inductive du visible à l’invisible, du simple au complexe, du particulier au général pour aboutir à une sociologie qui ne serait science que du réel. Cette proposition fallacieuse d’une «concrétude déplacée» a été amplement critiquée, notamment parce qu’elle hypostasie une question ontologique (sur la nature du social) par une question de méthode (sur la manière de mener l’investigation sociologique)4. Elle pose de plain-pied la question d’une méthode nouvelle, non plus centrée sur l’individu que l’on ausculte, mais sur le fait social en ce qu’il a précisément de non-individuel. L’attention nouvelle que porte la sociologie récente sur l’individu n’est donc pas sans intérêt, mais elle ne saurait être ni méthodologique, ni ontologique mais strictement disciplinaire5. En effet, les aléas de l’histoire de l’institutionnalisation de la sociologie française ont fait que le dialogue avec la psychologie sociale s’est trouvé exclu des canons de la discipline. Pourtant, si la revendication d’un «retour du sujet» pouvait s’avérer utile, ce serait dans le sens d’un dialogue inédit entre ces deux domaines.
Je ne vise pas ici à instruire un faux procès à ce «retour du sujet», pour prétendre qu’il s’agit là d’un retour du refoulé6 ou d’une quelconque parade idéologique7. Le problème est bien plus vaste. Le «retour du sujet» semble être plutôt la conséquence d’une sorte de vacuité conceptuelle qui affecte de larges parts de la sociologie française et dont nous trouvons l’exemple le plus frappant dans les derniers écrits d’Alain Touraine. Car, qu’on le veuille ou non, Touraine a cela en commun avec ses collègues «suprême-théoriciens»8, qu’il ne cesse de mener sa réflexion à partir du couple oppositionnel individu/société, pour théoriser la tension que ce couple provoque. Il fut un temps où Touraine pensait résoudre cette tension dans l’émergence des «mouvements sociaux» puis des «nouveaux mouvements sociaux». Ce n’est que très récemment, devant la décrépitude de ces mouvements, qu’il opta de nouveau pour un «retour au sujet»9, allégé de son contenu philosophique. Or, la difficulté consiste non pas à se passer d’un tel couple, mais de l’intégrer dans une conceptualité différente, qui ne ferait pas de ses membres des pôles contradictoires demandant d’opter de manière plus ou moins intuitive pour l’un ou pour l’autre; en d’autres mots, de ne pas continuer sur la base du sempiternel débat entre individualisme et holisme, mais de trouver un terme commun contenant à la fois cette contradiction et montrant comment ces termes se détachent l’un de l’autre pour s’individualiser.
À n’en point douter, ce terme est celui de relation. Une sociologie véritablement relationnelle contiendrait donc les deux «paradigmes» en question. Elle s’emploierait à montrer que l’individualisme résulte d’une réduction de la relation à une forme plus ou moins marchande d’échange, alors que le holisme procède d’une hypostase de la relation, en projetant le fantasme d’une relation idéale sur un corps social considéré comme une totalité. Dans cette perspective, tout se passe comme si l’emploi de la notion de «sujet», dépourvue de son épaisseur philosophique ou critique, avait pour seul objectif de contourner à peu de frais «l’accusation» d’individualisme, tout en évitant le marasme holiste.
Depuis un certain nombre d’années, la sociologie française redécouvre donc l’acteur social. Qu’on le veuille ou non, l’annonce d’un «retour du sujet» a des airs de slogan qui vaut la peine d’être pris au sérieux; non comme un principe méthodologique dont on aurait pris toute la mesure et dont on mesure à présent toutes les limites10, mais comme ultime objet explicatif, comme dernière énigme sociologique. C’est comme si, 40 années après la fameuse «mort de l’homme», la sociologie s’érigeait en redresseuse de torts et venait annoncer aux autres sciences humaines y compris la philosophie – et cela sans la moindre naïveté – que cet humain trop bien enterré existait bel et bien… preuves empiriques à l’appui. Ainsi l’ouvrage de Bernard Lahire (2003), à travers sa critique du théorème bourdieusien du «goût légitime», montre qu’à la stricte stratification des pratiques et jugements esthétiques correspond aujourd’hui une large relativisation de ces critères: dans les hauts quartiers, si l’on s’adonne encore au jeu du polo, on ne craint pas d’avouer son amour de la musette, tandis que l’on trouve peut-être dans les bas quartiers un engouement nouveau (mais tout individuel) pour le tennis et la musique sérielle. Ce qui interpelle encore plus que le mélange des genres que Lahire met en évidence pour plaider la contextualisation des pratiques culturelles, c’est la conclusion qu’il en tire: tout se passerait selon lui, comme si la relativisation des pratiques et jugements esthétiques correspondait au surgissement d’une individualité désenchâssée des déterminations de classe, un désenchâssement qui se ferait en quelque sorte par défaut de détermination. L’individualité serait ce qui reste quand tout ce qui la déterminait auparavant viendrait à manquer. Encore que ce «manque de détermination» est curieusement déduit de l’acceptation préalable (rhétorique?) des déterminations classiques, sur le mode: «je ne nie pas les déterminations de classe, je dis seulement qu’elles ne sont pas suffisantes pour comprendre… l’individu». Ce reste, cet individu par défaut, n’est donc pas conçu comme un pis-aller, mais comme une sorte de triomphe de l’individualité par réduction magique à quantité négligeable des déterminations classiques, jugées et condamnées pour insuffisance.  La chose est curieuse en effet, car pour reprendre l’une des locutions favorites de Bourdieu, elle ferait de nécessité vertu: de la nécessité de trouver des critères de jugement de goût et en absence de références de classe, elle en viendrait à la vertu que l’individu ait à les définir lui-même. Curieux retournement qui, pour les besoins de notre argument, se ramène toujours à la même question: où l’individu puise-t-il ces ressources? Quel est ce fond secret d’où il tire des orientations jusque là obérées par l’appartenance à telle ou telle classe sociale? Qu’est-ce que cet individu soudain devenu réflexif et autonome? Bref, qu’est-ce qui le rend si sûr de lui? Mais au-delà de ces questions rhétoriquement adressées à l’individu (qui n’en peut mais…), il convient de les poser au sociologue: qu’est-ce qui le rend si sûr quant à ces supposées ressources? En quoi l’«homme pluriel» croit-il pouvoir faire progresser la sociologie11?
Ce «retour du sujet» se présente avant tout comme critique d’une certaine sociologie: on aurait trop parlé d’un individu abstrait dans bon nombre de théories sociologiques, jusqu’à faire de lui un simple artéfact servant les besoins et les causes de ces théories. Il s’agirait donc de lui rendre justice à présent, d’aller voir sur le terrain ce qu’il en est de cet individu. L’argument employé par les défenseurs de cet individu «réel» est généralement le suivant: incriminant la fausse dichotomie individu/société que l’on charge de toutes les tares de la sociologie antérieure (mettons le marché concurrentiel des idées sociologiques «Boudon vs Bourdieu»), on milite pour une sociologie plus souple: plus souple quant au déterminisme social et plus souple quant à la liberté du libre arbitre de l’individu. Le déterminisme ne serait pas aussi déterminant que cela, et la liberté (de choix) pas aussi… libre. Et comme il semble manquer une théorie de la société, on se met à penser ce fameux «tiers paradigme», cette tierce sociologie qui fascine tant d’esprits depuis Durkheim, à partir de l’assouplissement du sujet. La justification d’un tel propos s’appuie sur une théorie des cycles, aussi équivoque que réfutable: l’individu moderne traverserait des cycles forts et des cycles faibles; après que l’individualisme méthodologique ait fait une abstraction réelle de l’individu, en le réduisant à une machine rationnelle, et que le «déterminisme» l’ait «abstractisé» nominalement en le privant de toute conscience de soi et de sa liberté d’action, il serait temps de le redécouvrir, de le ressortir de son état de déchéance pratique dans lequel les deux «paradigmes» sociologiques dominants l’ont plongé. Cette opération se fait en deux temps: on élimine d’abord les avatars par trop réducteurs: au premier chef, l’acteur calculateur dont on fait mine de découvrir des trésors d’intériorité, et ensuite le sujet «sursocialisé»12 par rapport à qui on découvre des habitus individuels irréductibles à la programmation dispositionnelle. Ces deux avatars sont des sujets théoriques, par trop éloignés de la réalité; or cette réalité nous apprend qu’entre le sujet calculateur et le sujet téléguidé il y a autre chose, un sujet éthique, un sujet émotionnel, un sujet réel (cognitif? dialogique?) que la sociologie traditionnelle a négligé, réduit, humilié; et qu’en y regardant de plus près, nous trouvons bel et bien un sujet qui se débrouille, qui bricole, qui se joue du système, bref un sujet qui pratique la mètis – voilà l’énigme qu’il s’agirait de lever. Deuxième temps, on dote ce sujet réel de ressources sociales particulières qui lui permettent à la fois d’exercer son libre arbitre sans trop subir les déterminations du système, et de recréer un monde social dans les interstices de ce système. C’est ici qu’on se proposerait de poser la cale qui permettrait d’envisager ce «tiers paradigme» tant recherché.
Il ne fait guère de doute que cette position d’un sujet asocial qui se subjectiviserait en s’opposant au «système» et à la désindividualisation qu’il entraîne est la proposition générale qui sous-tend l’ensemble de ces démarches plaidant pour un «retour du sujet». Or cette position est fragile. Elle suppose le surgissement autonome d’une subjectivité dans une sorte de «résilience» par rapport à un «social» oppressant13, dont la constitution pose problème. En-dehors du fait que l’on voit mal comment un tel sujet se formerait empiriquement (pour ainsi dire ex nihilo), il se pose la question ontologique de la manière dont un tel sujet se constituerait en pure négativité. Si l’on comprend bien, c’est en affrontant la dureté du monde — et le monde social tout particulièrement — qu’en sa fragile carapace le «sujet» se formerait14. Mais comment s’imaginer une telle «formation» et comment en justifier les termes? On peut, certes, s’imaginer un pur organisme qui, dans une sorte d’instinct de survie, lutterait pour garder sa tête au-dessus de l’eau. Mais même dans ce cas-là, la lutte n’est pas dirigée contre quelque chose dont on prendrait conscience, mais pour se sauvegarder de la douleur ou de la privation. Et ce qui vaut pour un simple réflexe ne vaudrait-il pas davantage encore pour un organisme doté de «conscience». Car pour qu’une telle opposition puisse donner lieu à ce qui constituerait l’unité du sujet, il faut au moins trois éléments: une conscience de soi, une conscience de ce à quoi cette conscience de soi s’oppose, et une instance de médiation entre ces deux consciences, car rien ne nous dit qu’en étant doté d’une conscience de soi et de la conscience d’une extériorité qui s’y opposerait, le soi doive nécessairement se constituer par l’affrontement entre ces deux consciences. Passons sur la pétition de principe qui consiste à poser de manière apriorique ce qu’il s’agit précisément de démontrer, un tel dispositif ne saurait en aucun cas découler des seules «ressources» individuelles. Sauf à doter cet «homme révolté contre le système» d’extraordinaires facultés d’autoréférence, on voit que cette constitution par la négative s’apparente davantage à une sorte d’élan vital, dont on sait que l’objectif est plutôt une auto-préservation physique qu’une affirmation de soi. Le même cas de figure se présente, si nous prenons la question par un autre biais et que nous utilisons l’argument linguistique courant: «Est Je qui dit “je”», comme en convenait Emile Benvéniste15. Ce «dire» suppose un langage. Dès qu’il y a langage, il y a préformation (cognitive, perceptive, transcendantale); or, on s’imagine mal un sujet s’opposant à cette préformation sans contradiction «performative». Et de même, tout ce qui se constituerait langagièrement par la négative relèverait plus du cri d’effroi d’un corps menacé ou de l’interjection liée à la surprise, que d’une subjectivation réflexive. Conçu de telle manière, le «sujet» des sociologues n’est pas le résultat d’une constitution, mais d’une subreption16.
Or, la «sociologie nouvelle» ne se contente pas de «découvrir» un tel sujet. Son ambition est bel et bien de créer un troisième «paradigme» en sciences sociales à partir de cette découverte. Et c’est là que les choses deviennent problématiques.
Contre une «microfondation de la méso-sociologie».17
Je résume ma critique: en faisant de l’individu l’ultime énigme à percer, en y découvrant un être doté de ressources inespérées qui le rend à la fois capable de conduites altruistes ou plus généralement wertrational — rationnelles en valeur et capable de déjouer les déterminismes sociaux qu’on avait crus irrémédiablement ancrés jusque dans la structure cognitive de l’individu, le néo-individualisme sociologique s’est doté d’un programme de recherches à la fois novateur et ambigu. L’innovation étant, je le répète, de considérer l’individu comme un fait à expliquer (explanandum); l’ambiguïté consistant à le doter de ressources (de sens, de cognition) qui permettraient d’en faire le terme originaire des relations humaines. D’un point de vue strictement disciplinaire, cette tentation se comprend: car si pour certains la sociologie considérée comme une théorie de la relation humaine relève de la pure et simple trivialité, pour d’autres — plus scrupuleux et surtout plus conscients de l’héritage philosophique de la sociologie — cette nouvelle fondation de la sociologie recèle plus de problèmes qu’elle ne comporte de solutions. Cette apparente aporie ne nous réserverait donc qu’une seule issue, à savoir ce qu’on pourrait nommer une «microfondation de la méso-sociologie». L’individu réel — pour autant que Touraine peut l’apostropher comme un «sujet» — est un individu éthique, et c’est dans cet ethos que s’originerait la relation humaine.
Une tentative récente d’aller dans cette direction a été esquissée par Philippe Corcuff (2005). Il dit, en substance, que chaque grand sociologue connaît dans son œuvre une sorte de «part maudite» dont l’unité, quelque soit l’horizon envisagé, se trouve être une normativité particulière de la nature humaine; normativité que chaque grand sociologue a dû refouler sous peine de rendre sa théorie incohérente. Ainsi, la sociologie classique, de Marx à Bourdieu, s’est constituée en excluant la «nature de l’homme», c’est-à-dire en le transformant en homo sociologicus dont les deux principales figures, nous l’avons vu plus haut, seraient l’individu calculateur et l’individu téléguidé.
À première vue, cette observation n’est pas fausse. Car on sait (ou on devrait savoir) que la sociologie s'est institutionnalisée comme domaine scientifique indépendant dans la mesure où elle a su s'affranchir des a priori normatifs (dont une grande partie sont des a priori anthropologiques) de la philosophie morale dont elle est issue. On sait aussi que cette émancipation n'a été et n'est encore que partiellement réussie. Mais il est certainement illusoire et passablement dangereux de vouloir révolutionner la sociologie en traitant ces a priori comme une part maudite qu'il suffirait de réactiver pour aussitôt se retrouver dans une «nouvelle sociologie» plus soucieuse de l'«humanité de l'homme». Une telle «socioanthropologie» a été maintes fois revendiquée et s'est presque toujours soldée par une série de trivialités de sens commun sociophilosophique, peu propices au déploiement d'un «programme scientifique» suffisamment robuste pour être un tant soit peu cumulatif.
Mais il existe bel et bien une anthropologie philosophique, courant de pensée de la philosophie allemande des années 1920 et 1930, avec des philosophes, anthropologues et sociologues comme Max Scheler, Helmuth Plessner, Arnold Gehlen, Ludwig Binswanger etc., dont l'intérêt est précisément de ne pas partir d'«images de l'homme», de «figures» ou de «grammaires» de l'individualité, mais de mettre à profit les enseignements des sciences de la nature (biologie, zoologie, paléoanthroplogie etc.) pour tenter de cerner et le décalage humain, et les caractéristiques anthropologiques de l'espèce humaine. À titre d’exemple, citons le cas de la néoténie — au fait que l’être humain, comme l’axolotl qui est capable de se reproduire tout en conservant des caractères juvéniles, soit né trop tard — qui a fait fantasmer — bien à tort — plus d'un supposé novateur des sciences sociales, ou de manière plus générale la privation de conditionnement instinctif qui caractériserait l’espèce humaine. Notons que les spéculations «sphérologiques» d'un Peter Sloterdijk s'inscrivent parfaitement dans cette mouvance18.
Que Marx, Durkheim, Bourdieu et d'autres auteurs convoqués par Corcuff aient conservé certains aprioris anthropologiques n'est pas tant à considérer comme base conceptuelle de leurs démarches, mais comme un reste inexpurgeable qui doit autant au confinement théorico-idéologique de ces auteurs, à leur place dans l’histoire, à leur perspective disciplinaire, bref, à l'ensemble des découpages auquel un observateur doit procéder pour analyser son objet. Ce n'est donc pas à partir d'une comparaison de leurs aprioris rapportés à leurs théories respectives que l'on peut réinvestir l'objet anthropologique dans le discours sociologique, mais seulement à partir d'une anthropologie générale, qu'elle soit structurale, philosophique ou même physique.
L'exemple de l'anthropologie philosophique allemande a cet avantage qu'il prolonge les intuitions sociologiques et philosophiques de Georg Simmel dans le sens d'une démarche nouvelle en sociologie dont Corcuff fait état: le relationnisme méthodologique. On sait qu'un tel paradigme est dans l'air du temps; et il se peut que la redécouverte conjointe des œuvres de Simmel et de Mauss ne soit en rien le fruit du hasard. À présent, les auteurs qui s'en prévalent sont légion. Bien qu'on ne voie pas comment Corcuff relie son projet socioanthropologique et la position épistémologique relationniste qu'il revendique, elle se situe à un carrefour intéressant des savoirs. Ce n'est évidemment pas d'une reviviscence du zoon politikon, de l'animal communautaire, qu'il peut s'agir. S'il y a primat de la relation sur les êtres qui la forment, ce n'est pas au moyen d'une «image» ou d'une métaphore que l'on peut procéder pour en bâtir un paradigme, mais au double titre d'une théorie de l'individuation dont les bases ont été depuis longtemps posées en France par Gilbert Simondon, et d'une théorie sociogénétique qui conceptualiserait avec prudence les acquis des sciences de la nature (les travaux de Georges Guille-Escuret en sont un bon exemple19).
Je ne soulignerai qu'un écueil — auquel je songe depuis quelque temps dans le cadre de ma propre démarche: l'être humain est certes un être dialogique, les formes sociales puisent leur énergie dans le tissu dyadique, nos représentations et nos rêves, nos passions et nos émotions, et même nos intérêts sont structurés sur cette base relationnelle (à défaut de l'éternel langage), soit. Mais l'horizon de la relation est toujours la fusion — cela, Durkheim l'avait lucidement constaté — l'incorporation compulsive d'autrui (qu'il s'agisse du grand amour, de la secte, des fanatismes identitaires etc.); l'horizon relationnel est toujours celui, fusionnel, de l'inceste, quoiqu'on dise et pense. Dans l’horizon relationnel, il n’y a pas de juste milieu: soit la relation incomplète se meurt, soit le couple idéal se consume. Et c’est bien pour contrer ces dérives que tout société humaine s’est dotée d’un ordre institutionnel. Comme nous le verrons par la suite, les institutions sont d’abord à voir comme des obstacles, des tiers, dont la vocation est soit d’empêcher la fusion, soit de perpétuer une relation incomplète. Or ce monde de règles et de procédures est lui-même ambivalent: car en mettant de l’ordre dans le magma relationnel, les institutions ont cette fâcheuse tendance à l’hégémonie dont l’aboutissement est un ordre totalitaire20. C’est entre ces deux visées, l’une fusionnelle, l’autre totalitaire, qu’il s’agira de comprendre l’édification de ce fragile «établissement humain» (Hugo Grotius) qu’est la société civile. Je plaiderai donc pour un concept «faible» de société; non pas un tout organique, une «totalité apriorique» (Michel Freitag), ou un système des systèmes (Niklas Luhmann), mais une structure fragile, métastable, en proie constante aux forces centripètes de la relation et aux forces centrifuges des institutions. Voilà où en sont mes maigres cogitations aujourd’hui, et le moins que l’on puisse dire c’est que le cadre conceptuel d’une tel relationnisme méthodologique est loin d’être bouclé.
Vouloir réduire toutes ces difficultés en les rapportant à de simples figures de l'individualité – comme le font Corcuff et (dans une moindre mesure) Dubet, Martuccelli, Lahire ou de Singly — risque fort de jeter le bébé avec l'eau du bain — et surtout, à un moment où la sociologie se trouve effectivement à un carrefour où devrait se décider si elle consent à sortir enfin de sa longue adolescence, c'est la faire revenir sur ses pas dans une philosophie morale dont nos ancêtres-fondateurs ont tenté de la faire sortir… avec le peu de succès que l'on sait.
Quelques éléments pour appréhender la relation humaine.
L’individu est le résultat d’un processus d’individuation21. C’est dans ce sens qu’il faut lire toute genèse, et non selon le dogme qui ferait de l’individu l’origine de toute individuation22. Essayons d’y voir un peu plus clair.
Chez l’être humain, ce processus d’individualisation est relationnel en ce sens, qu’il ne lui revient aucun substrat, aucune essence. Il est certes doté d’une conscience de soi minimale, comme par exemple la conscience de la douleur, la conscience d’avoir un corps et peut-être aussi la conscience de ce que Plessner appelait la «positionalité excentrique», c’est-à-dire le fait de ne pas reposer en soi-même, mais de devoir aller au devant des autres pour y espérer ce repos. Toute subjectivité ne se résorbe donc pas dans l’intersubjectivité, comme on se plaisait à le penser un temps23, mais il est vrai qu’avec cette part infime on ne fait pas un État, on ne bâtit pas une théorie. Ce qui étonne, cependant, c’est l’espèce de permanence, cette «persistance dans l’être» (Spinoza) que vit l’individu dans cette conscience de soi, alors même que sa fragilité originaire nous inciterait à penser le contraire. C’est à mon sens la véritable question que devrait se poser une sociologie du sujet. L’individu est inessentiel mais relativement robuste, pourrait-on dire sans craindre le paradoxe. Il traverse son existence, en dépit d’une somme considérable d’avanies (et ceux d’entre nous qui ont vécu un tant soi peu peuvent parfois s’étonner de cette incroyable résistance dont l’humain fait preuve — à la vulgarité, à la méchanceté, à la laideur et à l’horreur ), sans à chaque fois se disloquer24.  Mais il est intéressant d’étudier les ressources de cette non-dislocation de notre permanence à nous-même. Comparé au cheval — je pense ici à Varlam Chalamov qui, revenant de la Kolyma, s’était étonné d’être encore un humain parmi les humains après tant d’années passées dans l’enfer de la déportation – ces ressources sont proprement stupéfiantes: notre capacité à l’endurance (que certains d’entre nous cultivent quotidiennement pour être encore plus rudes à leur tâche), notamment à la détresse psychique et aux paradoxes existentiels les plus insupportables, vaut la peine d’être interrogée. Car si nous sommes plus endurants que n’importe quelle bête, ce n’est pas à quelque for intérieur que nous le devons. Quand nous traversons des épreuves qui nous tourmentent jusqu’à la limite du soutenable, c’est toujours d’une relation élective que nous tirons notre force. Que ce soit pour témoigner des horreurs vécues (comme l’ont fait les anciens déportés des camps de concentration), que ce soit par solidarité avec ses compagnons d’infortune, que ce soit dans l’espoir donquichottesque de rejoindre sa Dulcinée, c’est toujours par rapport à une telle relation à d’autres humains que notre moi se fortifie et nous permet d’endurer l’épreuve. Mais il ne s’agit pas là, loin s’en faut, d’un sujet éthique ou d’un sujet débrouillard. Si par bonheur nous sommes un tel sujet, ce n’est ni à cette résistance que nous le devons, ni à quelque bon fond(s) intérieur, mais toujours à une relation forte, élective, créatrice de «sens».

***

L’on ne saurait passer sous silence que la philosophie s’intéresse de très près à l’objet de notre débat25. Si nous suivons la périodisation proposée par l’un des plus inspirés historiens de la pensée philosophique, Vittorio Hösle, trois phases pourraient être distinguées: 1. une philosophie de la nature, de l’objet, depuis la naissance de la philosophie jusqu’à Descartes, 2. une philosophie de la conscience, du sujet, de Descartes à Nietzsche, et 3. une philosophie de l’intersubjectivité qui prendrait son envol à la fin du 19ème siècle et trouverait dans la philosophie du langage une apothéose toute provisoire (Hösle, 1984). Même si ce type de périodisation peut être sujet à controverses, le thème de l’intersubjectivité n’en fédère pas moins un nombre impressionnant de réflexions philosophiques tenues au siècle dernier. Et il est plus qu’étonnant que la sociologie qui, même sous sa forme la plus triviale, s’est toujours comprise comme étude de l’interagir humain n’ait pratiquement jamais pris en compte cette proximité des thèmes et le puissant concours que la philosophie aurait pu lui apporter dans son élucidation26. Or si la philosophie a des choses à apprendre de la sociologie, la sociologie a beaucoup à perdre dans la désinvolture philosophique qui la caractérise aujourd’hui.
Il est donc assez paradoxal de voir une sociologie célébrer une unité du sujet, alors que celui-ci est de plus en plus fragmenté, désapproprié (pour revenir à l’incipit de ce petit article) et «dividué» dans les mailles de la «toile institutionnelle» (Michalis Lianos). À moins de se faire l’agente d’une pure nostalgie et d’œuvrer pour une sorte de désaccélération (de la modernité avancée), la sociologie française se place là dans un bien étrange décalage par rapport à la majorité des autres démarches sociologiques au monde. Certains pourraient croire qu’il s’agit-là du contrecoup dans une tradition nationale qui s’est largement dédiée à la macrosociologie — mais ce serait à mon sens verser dans la facilité d’une vision cyclique de l’histoire d’une discipline. Je le mettrais davantage sur le compte d’une dépression conceptuelle qui, depuis la mort de Pierre Bourdieu, la fait verser d’une part dans un empiricisme facile qui prend prétexte encore plus facile dans l’affaire Teissier, et d’autre part dans un constructivisme radical qui s’attacherait à appliquer à la sociologie ce que le Pape Benoît 16 dénonce quand il dit qu’une religion qui se confond trop avec le monde devient superflue. Mais ce sont ces périodes de dépression qui, bien souvent, préparent de nouvelles manières de penser et de percevoir. L’enjeu d’un examen critique de la notion de «relation humaine» est à voir là-dedans.

Par pierre denis 'mohammed ibrahim noor' fourchet
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Jeudi 31 août 2006

Penser l’individu ? Sur un nécessaire changement de paradigme, 1
par Aldo Haesler, Aldo Haesler est professeur de sociologie à l’Université de Caen et chercheur au Centre Maurice-Halbwachs (Cnrs, Ehess, Ens, Caen). Ses travaux portent sur la théorie de l’échange et des relations humaines. Il est l’auteur de Tausch und gesellschaftliche Entwicklung (1983), Sociologie de l’argent et postmodernité (1995), Sociologie de l’échange (à paraître en 2006) et de L’Invention de la démesure (à paraître également en 2006).

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Alain Touraine & Khosrokhavar Farhad, La Recherche de soi. Dialogue sur le sujet, Paris, Fayard, 2000.
Image : à partir de Carpaccio, Saint-Augustin, 1502.

Notes:
1 L’ouvrage classique étant évidemment la thèse de Crawford B. MacPherson (1973).
2 C’est là le thème central du bestseller de Jeremy Rifkin sur l’« ère de l’accès » (2000).
3 Voir les multiples occurrences de ce thème dans Touraine & Khosrokhavar (2000).
4 On assiste actuellement — à la suite de l’édifiante « affaire » Elizabeth Tessier, cette astrologue de la cour mitterrandienne à qui un fameux sociologie de le Sorbonne a fait soutenir une thèse revendiquant le retour de l’astrologie à l’Université — à une sorte de « réempiricisation » de la sociologie française. Partant de ce qui devrait apparaître à tout sociologue comme une trivialité de parfait bon sens, à savoir l’ancrage nécessaire de la réflexion sociologique dans le travail empirique, on infère abusivement à partir du terrain ce que le social est censé être et l’on retombe donc dans cette « fallacy of misplaced concreteness », comme si toutes les mises en garde de Robert K. Merton à ce sujet étaient nulles et non avenues. À la limite, moins le fait social est « descriptible » (accountable), moins il serait objet sociologique.
5 La distinction communément adoptée par Touraine entre individu et sujet se recoupe peu ou prou avec celle qu’opère Simmel quand il parle d’individu « quantitatif » et individu « qualitatif » ; l’individu quantitatif étant l’individu des « foules solitaires » (D. Riesman), alors que l’individu qualitatif, le « sujet » tourainien, s’apparente au héros de soi, « inner-directed » et autonome.
6 Dénoncer le sociologisme, comme on le fait depuis l’opposition à Durkheim (de Henri Bergson à Jules Monnerot), serait faire la part trop belle aux anti-sociologues de tous bords. Et ce serait passer sous silence les efforts continus des durkheimiens — de Maurice Halbwachs surtout — pour opérer une division du travail raisonnée entre psychologie individuelle et psychologie collective.
7 Il serait proprement injurieux de vouloir faire des détracteurs d’une « sociologie du sujet » des idéologues individualistes. Entre un hyper-individualiste comme Gilles Lipovetsky et un sociologue (de la culture) du sujet comme Bernard Lahire il n’y a pas seulement une frontière de discipline, de style et de méthode, il y a tout simplement le fait que ce qui pour l’un est un jugement de valeur est pour l’autre un constat empirique.
8 Le terme de « suprême-théorie » avait été forgé par le sociologue américain Charles Wright Mills dans sa critique de Talcott Parsons, pour brocarder les théories sociologiques à vocation universaliste : valables en tous lieux et en tous temps, il leur reprochait leur abstraction et leur prétention, mais surtout le fait que derrière cette abstraction se cachait un enjeu idéologique.
9 Reprenant les grands thèmes de la théorie du conflit des années 1960, Alain Touraine, à travers une œuvre prolifique soucieuse d’être « à la hauteur de son époque », a cru trouver dans les mouvements sociaux un concept et une réalité sociale susceptibles de synthétiser la tension prétendument dialectique entre l’individu et la société en l’inscrivant dans le mouvement de l’histoire — son concept d’historicité, tout chargé qu’il est de philosophèmes empruntés à une  tradition spiritualiste d’inspiration marxo-heideggerienne, mériterait d’ailleurs que l’on s’y arrête et qu’on la soumette à l’analyse (ce qui ne saurait être notre objet ici). En tant que tel, c’est un théoricien du changement social dont l’ambition égale celle de ses grands collègues américains et européens (Anthony Giddens, Jürgen Habermas, Jeffrey Alexander, Niklas Luhmann). « Suprême-théorie » plus ou moins avouée, la démarche tourainienne a fait de nombreux émules ; qu’ils soient issus de la botte bourdieusienne ou de l’une de ses nombreuses hérésies ou de sa propre écurie (prise ici au sens noble d’écurie de voitures de course), ils ont su trouver dans cette démarche un cadre suffisamment souple et suffisamment ouvert pour y développer leurs propres ambitions théoriques. Qu’un tel cadre intégrateur soit capable d’impulser des recherches et des réflexions sociologiques novatrices est indéniable, tant il est clair que les grandes confrontations et controverses inconciliables du type allemand (telle la controverse Habermas-Luhmann dans les années 1970) sont à terme toujours régressives ; le grand mérite d’Alain Touraine est d’avoir permis la réunion de recherches et de méthodes parfois très différentes sans les éternelles charges excommunicatives dont ses collègues d’outre-Rhin se plaisaient à agrémenter leurs joutes. Et il est indéniable aussi qu’une grande partie de ces travaux s’est faite dans un souci d’objectivité méthodologique que des démarches plus « dures » ne connaissaient — et c’est un curieux paradoxe — pas toujours.
10 On se reportera à l’excellent petit ouvrage de Quéré & Ogien (2005) qui fait un point très complet sur les développements récents en sociologie de l’action.
11 Car si c’est pour dire que l’individu moderne appartient à différents cadres de vie, qu’il fait l’expérience socialisatrice de cadres hétérogènes, la vénérable théorie des cercles sociaux de Georg Simmel, développée dès 1890, puis reprise dans la théorie des rôles sociaux, est là pour rappeler qu’il s’agit d’une question classique en sociologie.
12 On se pique à chaque fois d’indiquer l’auteur de cette « oversocialization », Dennis Wrong, dont toute l’œuvre semble se résumer à ce terme passablement douteux.
13 Que Michelle Dobré dans sa critique de Touraine appelle « effet Don Quichotte » (2002, pp. 154-155).
14 Je reprends les termes de François Dubet : « De ce point de vue, l’individu apparaît comme une sorte de micro-mouvement social, de mouvement minuscule qui en appelle à son corps, à ses sentiments, à son individualité, à sa dignité, afin de résister aux représentations de lui-même et aux divers contrôles sociaux qui le réduisent, soit à ses rôles, soit à ses intérêts » (Dubet, 2005). Cela rappellerait presque la position spiritualiste d’un Le Senne (1934), où le don de l’être ne se ferait que par la fêlure de l’obstacle : « L’émergence d’un obstacle fêle le je. Avec lui apparaissent la discontinuité dans l’expérience et le dédoublement essentiel à la conscience » (1934, p. 5).
15 Plus précisément, Benvéniste écrit : « est ego qui dit ego » (1966, pp. 259-260). C’est à partir de cette assertion que Stéphane Chauvier (2001) tente de montrer que la conscience de soi n’est rien d’autre qu’une pensée égologique, une pensée qui dit « je ». Mais même dans cette radicalité-là, la subjectivité ne saurait être un surgissement impromptu de l’être du soi.
16 On parle aujourd’hui un peu à la légère de « tournant dialogique » dans les sciences sociales. Je dis « à la légère » pour deux raisons : d’une part, il existe bel et bien une tradition dialogique dans la pensée du 20ème siècle, avec des auteurs aussi différents que Mikhaïl Bakhtine, Martin Buber ou, plus près de nous, Francis Jacques (voir p.ex. Jacques 1979) dont les sources sont soit linguistiques, soit situées dans l’œuvre de Simmel, mais dont on cherche vainement la trace dans le « tournant » contemporain ; d’autre part, ce « tournant » est entièrement axé sur un « sujet dialogique », c’est-à-dire sur une théorie de l’action dont on trouverait aujourd’hui la véritable créativité (voir Joas 2004, Camic & Joas 2004). Or, l’innovation majeure de la « philosophie » dialogique était précisément de s’interroger sur cet « entre », ce dia- des logoi, et donc de chercher une « intelligence du social » (Jean-Michel Berthelot) qui ne se situerait ni au niveau des logiques de l’action, ni au niveau des logiques des grands ensembles sociaux, mais au niveau d’une intentionnalité relationnelle que l’on retrouve dans des scènes aussi anodines que le marcher-ensemble (Gilbert 2002). Nous allons y revenir.
17 Ce sous-titre plus ou moins ironique fait référence à l’interminable débat en sociologie déclenché par James G. Coleman revendiquant une « microfoundation of macrosociology ». Il n’est pas dans mon intention d’associer les auteurs que je discute ici à cette autre entreprise « révolutionnaire » visant à sonner définitivement le glas du holisme méthodologique, mais simplement de leur adresser un clin d’œil ironique ou une mise en garde contre de pareilles « microfondations ».
18 Sloterdijk amorce dans son vaste opus Sphères une manière de nouvelle cosmographie visant à rendre compte de la nature dyadique fondamentale de toute invention humaine en soulignant que « le couple constitue une dimension plus réelle que l’individu » (Sloterdijk, 2005, p. 9).
19 Le philosophe des techniques français Gilbert Simondon fut le premier à revendiquer l’antériorité du procès d’individuation sur l’individu et donc à inverser le modèle de pensée aristotélicien qui part d’une substance ou d’une forme première qui par complexification finirait par former des êtres plus évolués. Selon lui, il conviendrait de partir d’un « système » (physique, psychique ou collectif) en équilibre instable et d’étudier comment à l’intérieur de ce système se mettent en place des relations qui elles seules permettraient le surgissement d’êtres individués. Cette pensée complexe et exigeante n’a malheureusement connu qu’un accueil réservé ; et ce n’est qu’une vingtaine d’années après le mort de Simondon que l’on commence à comprendre l’importance de ses réflexions. — Pour sa part, l’anthropologue Georges Guille-Escuret entreprend dans son principal ouvrage Le Décalage humain (1994) de rendre discutable la thèse durkheimienne de l’irréductibilité du fait social (à un fait de nature) tant du point de vue des naturalistes que de celui des sociologues. Dans ce riche (parfois foisonnant) ouvrage, l’auteur, à la fois zoologue et fin connaisseur de l’histoire des idées sociologiques, propose d’aborder la sociologie par trois pôles, qu’il nomme bio/psycho/socio.
20 Pour de plus amples développements sur cette logique de l’institutionnalité — qui prend le contre-pied des thèses néo-misérabilistes sur la « crise des institutions » — on se reportera à l’ouvrage capital de Michalis Lianos (2001).
21 Voir note 21 supra.
22 « Connaître l’individu à travers l’individuation plutôt que l’individuation à partir de l’individu », comme nous le propose Gilbert Simondon (1989, p. 12). Il est faux, improductif et trompeur, nous dit-il en substance, de vouloir faire de l’individu le modèle efficace du processus d’individualisation qui frapperait l’idéologie socioculturelle occidentale. L’individu est le résultat improbable d’une cristallisation sociale et sémantique, d’un mouvement, comme l’a bien vu Buber, qui s’inscrit dans le désabritement consécutif à la Révolution copernicienne. L’argent moderne, la technè désincarnée et le concept nominaliste de « société » sont nés du même mouvement d’individualisation. On trouvera d’utiles enseignements de ces thèses dans l’ouvrage dirigé par Jacques Guilhaumou et Laurence Kaufmann (2003).
23 Je fais ici référence à l’exagération critique d’un Manfred Frank (1990) qui reprochait à Jürgen Habermas de verser dans un « intersubjectivisme apriorique » où toute subjectivité serait diluée dans l’intersubjectif.
24 Est-ce alors si étonnant que la plus grande souffrance que l’humain ait à endurer soit la souffrance relationnelle ? On résiste à la torture, on résiste aux crises néphrétiques, mais au mal d’amour, à l’amitié trahie, à la solidarité rompue on se disloque. Pourquoi cela ?
25 Jocelyn Benoist et Bruno Karsenti résument clairement cette interrogation : « si la socialité ne peut être entendue (…) comme une simple variante de la relation intersubjective supposée primordiale, il n’est pas sûr non plus qu’on puisse envisager un monde social coupé de toute référence et de toute appropriation intersubjective » (2002, p. 7). Vincent Descombes (2001) plaide pour sa part pour une non-réductibilité du social à l’intersubjectif, reprenant par là une constatation déjà faite par Martin Buber dans les années 1920.
26 Le seul sociologue ayant réalisé cette heureuse jonction, Alfred Schutz, a connu en France une curieuse réception : ignoré des « grands sociologues » ou alors réduit à certaines platitudes, il a pourtant fait l’objet d’études soigneuses de la part d’un petit nombre de sociologues-philosophes qui n’ont jamais eu voix au chapitre dans les grands débats de la discipline. Pour l’exemple, je relèverai l’ouvrage très dense de Daniel Céfaï (1998).

Pour faire référence à cet article: Aldo Haesler, "Penser l’individu ? Sur un nécessaire changement de paradigme, 1.", EspacesTemps.net, Textuel, 23.11.2005 http://espacestemps.net/document1726.html

Par pierre denis 'mohammed ibrahim noor' fourchet
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Jeudi 31 août 2006

Penser l’individu ? Sur un nécessaire changement de paradigme, 2.
Par Aldo Haesler, Aldo Haesler est ancien élève de l'École des Hautes Etudes de Saint-Gall, il est professeur de sociologie à l’Université de Caen et chercheur au Centre Maurice-Halbwachs (Cnrs, Ehess, Ens, Caen). Ses travaux portent sur la théorie de l’échange et des relations humaines dans une perspective sociohistorique. Il est l’auteur de Tausch und gesellschaftliche Entwicklung (Saint-Gall, 1983), Sociologie de l’argent et postmodernité (Droz, 1995), (en coll.), du Dictionnaire des risques (Armand Colin 2003), et d'Entrer en relation. Une protosociologie de l'échange (à paraître en 2006 chez Erès).

Cet article est la suite du précédent du même auteur, qui abordait le dossier consacré à « L’individu comme ressort théorique dans les sciences sociales » de manière critique.

Lorsqu’en Occident se répandit le terrible doute que le monde pourrait ne pas être œuvre divine ou que Dieu l’avait définitivement abandonné ; lorsque, sous le coup des découvertes astronomiques de Copernic, de Kepler et de Galilée, s’ouvrirent des espaces infinis, plongeant ce monde dans une solitude métaphysique absolue, l’humanité occidentale fut mise en demeure de trouver de nouveaux principes ordonnateurs de ce monde. On le sut avec Descartes : plutôt que de se fier à d’improbables principes transcendants, le seul salut allait résider en l’homme, dans cette seule certitude qu’il détenait encore – l’impossibilité de douter de ce qui le fait douter. Il y a donc une alternative au pari de Pascal : face au tout le plus improbable et au rien le plus assuré, demeure une parcelle de Raison ; parcelle que la philosophie va se mettre à explorer avec système et rigueur. Ce basculement de la transcendance à l’immanence affecte en même temps l’ordre social. Et même si cette parcelle de Raison est limitée, tout le génie moderne consistera à édifier un tel ordre à partir de cette mince parcelle. Demeurent évidemment l’espoir et le salut, la recherche du sens de l’histoire et la question du Mal, inscrits dans l’eschatologie occidentale, autant de questions qui allaient définitivement rester en suspens. Dès lors, ce qui caractérise la modernité, ce n’est pas tant l’esprit de nouveauté, de domination de la nature, ou la curiosité intellectuelle, que la fragilité assumée de ses constructions mentales assortie de la certitude de ne pas avoir d’autre choix.
Comme nulle autre discipline, la sociologie est fille de la modernité. Et même si cette tentation de donner sens à l’histoire subsiste1, c’est la sociologie qui parachève le désenchantement du monde — non pas, au seul sens weberien du terme, comme une tentative de ne plus recourir à la magie pour lui donner sens, mais comme éradication de toute forme de transcendance dans le gouvernement des hommes. Mais elle n’est pas seulement fille de la modernité ; car pour qu’elle ait pu conquérir la notoriété que l’on demande à une discipline académique, ses divers commanditaires lui imposèrent une fonction plus difficile encore à assumer : celle d’être une instance de réflexion de la modernité sur elle-même. Il n’est dès lors pas difficile de voir à quel point la sociologie s’expose à la « contradiction performative » qui consiste à qualifier une chose par la chose même dont elle est issue. Et ce n’est peut-être que maintenant, au moment où nous quittons le monde moderne (c’est du moins une hypothèse qui vaut la peine d’être explorée), que la sociologie peut se placer en décalage historique pour surmonter cette contradiction. Encore faudrait-il qu’elle s’en donne les moyens…
S’il est donc une question centrale à laquelle la sociologie doit s’affronter aujourd’hui, c’est bien celle du destin de la modernité. La modernité est-elle sur le point d’aboutir ou de se transformer radicalement ? Se trouve-t-elle dans une phase de décadence irrémédiable ou bien nous trouvons-nous, dès à présent, dans un autre régime sociétal dont le nom et la conscience nous font défaut ? Non pas que les autres questions (la reproduction des inégalités sociales, la résorption des sociopathologies, l’exclusion, les conflits sociaux, pour ne citer que les plus actuelles) soient désormais révolues. Si je focalise l’attention des sociologues sur cette question historique, c’est en vertu de son caractère englobant, dépassant les querelles « paradigmatiques », mais aussi en raison de la très faible cumulativité de cette discipline. Aucune science de l’homme ne présente une aussi faible continuité dans ses problématiques et ses recherches, aucune discipline n’est à ce point soumise à la tentation de reprendre « à nouveaux frais » — comme on le dit complaisamment — ses questions à leur point de départ. Aucune autre discipline, enfin, ne connaît un tel éparpillement des savoirs, des compétences, des objectifs de recherche et des critères de scientificité. En focalisant son intérêt sur l’état de la modernité, la sociologie ne répondrait pas seulement à sa vocation de réflexivité historique, mais parviendrait enfin à trouver une question fédératrice pour sortir de son marasme actuel.
Tel n’est pas (encore) l’enjeu de mon propos. Car avant d’entreprendre ce travail d’analyse de la modernité, il faut remettre au creuset un certain nombre de nos outils. C’est là la tâche d’une sous-discipline sociologique, à la frontière de la sociologie et de la philosophie que certains2 ont nommé la protosociologie. Le travail du protosociologue ne consiste donc pas à répondre à ces questions historiques, mais à examiner les concepts à travers lesquels celles-ci sont formulées. Et si je me suis, dans une première partie, engagé dans une discussion critique de la notion de « relation », c’est en raison de l’emploi de plus en plus fréquent de cette notion et de la revendication qui lui est associée de constituer un nouveau paradigme unitaire en sociologie. J’avais mis en doute l’hypothèse d’une « nature » relationnelle de l’être humain, nature qu’il suffirait de redécouvrir pour aussitôt changer de monde sociologique — « changer de paradigme », comme on le lit fréquemment.
Nous allons reprendre cet examen et tenter non seulement de préciser l’emploi cohérent de cette notion de relation, mais de nous interroger sur ce que cela implique pour un certain nombre d’autres notions du lexique sociologique3. Car si le relationnisme ne saurait être un individualisme, il y a une autre limite que ce nouveau paradigme doit prendre en compte. C’est celle des institutions. Les institutions forment les cadres des relations. Or, à moins d’avoir une conception très abstraite de la relation4 — qui reviendrait à la vider de toute sa complexité —, les institutions ne sont pas des ensembles relationnels, mais des ensembles procéduraux reposant sur des modes de fonctionnement propres. C’est dire que la sociologie relationnelle ne saurait être unitaire, elle ne saurait être une sociologie générale. Si le « paradigme relationnel » gagnait en cohérence, une sociologie institutionnelle devrait parallèlement se développer. Or, comme nous allons le voir, et c’est ce qui rend l’élaboration d’une telle sociologie « double » si difficile, la modernité se caractérise par un antagonisme croissant entre la sphère relationnelle et la sphère institutionnelle.
Modernité et contingence.
La sociologie classique nous a appris à penser le social en termes d’ordre ou de construction d’ordre : un ordre surplombant, supra-individuel, mettant en scène un « être moral », dans la tradition leibnizienne de la mathesis universalis ; ou alors la construction d’un ordre reposant sur un sujet réputé rationnel, dans la tradition kantienne de l’impératif catégorique. Les deux avatars sociologiques de ces deux façons de penser le social, le holisme et l’individualisme, ne renvoient pas à une conception identique de cet ordre ; pour le holisme, l’ordre est posé de manière apriorique, il est « toujours déjà là », il est ce sans quoi aucune vie sociale ne serait possible ; pour l’individualisme, en revanche, c’est un ordre à faire, à construire à partir des éléments de sens qui distinguent l’homme de l’animal. Mais si l’individualisme fait un usage plutôt parcimonieux de la notion d’ordre, c’est uniquement pour des raisons méthodologiques. C’est pour s’interdire de « déduire » des interprétations sociologiques à partir de cet ordre qu’il en fait cet usage. Car, à l’instar  du holisme, il n’est jamais question d’en contester l’existence.
Je soutiendrai que la société comme construction d’ordre est une préconception arbitraire ; une préconception qui convenait à un domaine scientifique en pleine construction, mais qui n’était pas plus justifiée que la position contraire, celle d’un monde social comme règne du désordre et de la confusion5.
Et c’est à cause de cette préconception de l’ordre que la sociologie classique pense la modernité contemporaine généralement comme un processus de décomposition6. Or il y a tout lieu de croire que cette histoire mythique de la modernité que se sont construit les sociologues représente moins un obstacle, qu’une distorsion majeure de la manière de penser cette période. Comme si, après être sortie des « obscurités médiévales », la société moderne s’était recentrée autour d’un projet fédérateur, que la « postmodernité » serait venue interrompre ou « liquéfier » au moment même où l’accession à une société véritablement humaine parvenait à l’horizon des possibles. Que cette histoire mythique participe des Grands Récits classiques, avec ses héros que sont le Sujet et les discours du Progrès et de la Justice, cela ne fait aucun doute, mais cela ne nous épargne pas l’effort de le repenser aujourd’hui, bien au contraire.
Ludwig Wittgenstein réclamait un grand ménage dans les concepts philosophiques, et il serait pour le moins nonchalant que la sociologie s’en croie épargnée. En effet, il apparaît de plus en plus urgent de réviser un certain nombre de concepts majeurs du lexique sociologique. Car plus encore que la philosophie, la sociologie est malade de ses concepts. Et plus encore que la philosophie, elle a conservé à leur égard une négligence et une complaisance qui frappe souvent de nullité les analyses qu’elle mène dans le sérieux le plus grand, et dans une stérilité pratique qu’elle ne cesse par ailleurs de dénoncer. Une complainte que de plus elle met charitablement en avant pour se poser comme la dernière des sciences critiques que les humanités aient laissée intacte.
Nous allons examiner dans ce qui suit un certain nombre de propositions qui vont dans un sens contraire à cette doxa:

1. La modernité est une période historique faite de grandes tensions et de contradictions, plutôt que ce recouvrement d’un ordre social que les théories classiques ont imaginé. Je proposerai donc un concept « faible » de société, comme  équilibre de plus en plus précaire, comme ordre « métastable » (G. Simondon) que n’importe quel événement peut venir troubler;
2. ces tensions sont imputables aux relations conflictuelles entre deux sphères du monde social, qu’il s’agit de distinguer clairement : la sphère relationnelle et la sphère institutionnelle. Et si j’attache tant d’attention à la notion de relation, c’est pour mieux comprendre cette tension constitutive de la modernité et ses conséquences;
3. à partir de l’hypothèse « forte » d’une transformation majeure de la modernité, il me semble possible d’analyser la rupture qui est en train de se produire aujourd’hui en termes d’autonomisation croissante de ces deux sphères;
4. cette autonomisation met peu à peu en place l’ordre social vers lequel la modernité a toujours tendu, mais qu’elle n’a jamais eu les moyens d’accomplir.

La modernité a été caractérisée comme l’ère où la sphère privée et la sphère publique se sont progressivement dissociées7. Ce constat a toujours été interprété comme un processus dégénératif et non comme une caractéristique intrinsèque de cette période historique. C’est plus sur le ton de la déploration et non de l’analyse que l’on commentait la dissociation de ces deux sphères : le « not in my backyard » trouvait ainsi sa justification dans la froide logique des rouages bureaucratiques qui, inversement, rejetaient ses administrés dans leur « cocoonisme » aseptisé. Or, l’analyse n’aurait pas été difficile à mener, et plutôt que d’ajouter au Précis de décomposition qu’était devenue la sociologie militante un chapitre funèbre supplémentaire, il eût suffi de radicaliser le diagnostic et de dire : voici deux principes apparemment antagonistes, mais dont la tension est non pas un résultat mais une part constitutive de la modernité. Tout le miracle étant qu’elle ait réussi, en instaurant une forme sociale jusque là inédite, à maintenir à la fois un fragile équilibre entre ces pôles antagonistes et mettre à profit cette fragilité dans une inventivité socio-économique sans précédent.
Il ne saurait faire de doute que la modernité est d’abord un renoncement à certaines vérités et références qui structuraient le monde traditionnel dans son ensemble. Comme l’a magistralement montré le philosophe allemand Hans Blumenberg, la modernité s’est initiée sous des auspices négatives par « l’abandon du cosmos antique (qui) devient possible à partir du moment […] où l’acte de volonté divine ne s’applique plus seulement à l’existence du monde, mais à l’univers des valeurs qui y ont cours » (1966, p. 167). Cet abandon n’est pas lié à la découverte d’un nouveau principe archimédéen qui soutiendrait le monde, mais à l’incapacité de supporter les contradictions de grand nombre de dogmes scholastiques.
L’histoire mythique qui ferait donc commencer la modernité par quelque éclatante découverte, par une visée scientifique enfin déliée de ses contraintes gnoséologiques, par le grand espoir de fuir les miasmes autant politiques que religieux des « ténèbres moyenâgeuses », cette histoire est à remiser parmi les autres mythes dont la modernité a été prodigue. Même si cette « entrée à reculons » dans les Temps modernes, comme le synthétise Blumenberg8, est désormais une page tournée dans l’histoire du monde, ceux qui la tournaient n’en avaient pas conscience, et surtout, ils ne le faisaient pas en fonction d’un projet ou de principes nouveaux, mais simplement pour rester sains d’esprit. Or si la modernité, ère de la perspective, est aussi la période historique où l’idée de projet trace un axe temporel nouveau, elle ne garde du projet lui-même que la projection. C’est-à-dire l’espoir que les efforts qu’elle fit pour se détacher de la tradition trouveront dans l’avenir une réalisation possible. Autant dire que c’est une période de la projection sans projet, ou alors, du seul projet de la projection.
La dissociation entre la sphère publique et la sphère privée peut à présent être précisée. Dans le processus de détraditionnalisation où le « cosmos ancien » se fissure et s’ouvre sur les béances d’un infini qui a tant fait frémir Pascal, ce sont de simples stratégies de survie de l’espèce qui s’imposent. Et elles ne le font pas sur le fond dévasté des certitudes anciennes, mais en composant avec elles, en parvenant à de fragiles compromis. Alors que les sociétés traditionnelles se situaient dans un monde où les deux sphères se recoupaient largement, la modernité se caractérise par leur progressive séparation. Cette séparation n’est pas un effet de crise, une conséquence de tendances désocialisatrices propres à la modernité, mais elle lui est immanente. Toute la fragilité et la productivité de la modernité proviennent de ces deux sphères antagonistes. Ce que la sociologie a donc longtemps peiné à comprendre, c’est que la modernité n’était pas un ordre social stable soumis à des processus de crise, mais un processus de crise à la recherche d’un ordre stable, qu’elle était dès le départ un ordre critique, un compromis instable (ou métastable, c’est-à-dire d’une stabilité constamment menacée par des événements). Cet ordre critique est dû à l’autonomisation croissante de la sphère relationnelle et de la sphère institutionnelle ; la face positive de ce processus, c’est qu’une véritable intimité a pu être trouvée à travers cette dissociation des sphères, et que des processus institutionnels — avant tout économiques et politiques — ont pu déployer leur logique. Ce qu’une lecture sociologique de Blumenberg nous apprend, c’est que l’institution de la société moderne doit être comprise non comme l’imposition d’un cadre surplombant qui intègrerait l’ensemble des faits sociaux, mais comme un abri de fortune construit sur les décombres et avec les restes de l’ancien monde ; un abri de fortune dont la seule justification est la référence faite à la raison humaine, cet îlot minuscule dans un océan d’incertitudes et d’inconnues — pour reprendre la métaphore de Kant — seul accessible à notre entendement.
L’erreur a donc consisté d’une part à rejeter le concept de société comme un artéfact nominaliste, un simple nom donné par des idéologues visant à assurer sans l’argumenter sérieusement un monde social soumis aux déterminismes sociaux, mais aussi de revendiquer un concept « total » de société, sorte de système des systèmes, qui aurait toujours déjà assuré la reproduction (matérielle et symbolique) de la vie du genre humain sur cette planète. Entre un concept « vide » et un concept « fort » de société, entre son rejet pur et simple et son imposition apriorique, le principe de parcimonie et le scrupule historique en commandent un emploi plus différencié et plus subtil que nous nommerions volontiers – et nous ne sommes pas les premiers — la société civile. Ou pour le dire autrement, un concept faible de société.
L’invention de la civilité s’est faite, comme tant d’autres innovations majeures de la modernité9, au 18e siècle. L’espace public qui en a résulté, reposant sur la réciprocité des arguments et non plus sur la violence des décisions et des faits, n’est pas un nouvel ordre social, mais un artéfact qui instaure le compromis négocié entre des sujets égaux en droit. En allemand, le terme de Geselligkeit s’apparente au monde des compagnons (Gesellen) et pourrait être traduit par la « bonne compagnie ». Or, cet espace de bonne compagnie descelle les sphères jusque-là superposées de la relation et de l’institution, en créant un interstice médiateur où la parole circulerait librement et où une volonté générale trouverait une manière de s’exprimer. Inversement, cette invention correspond aussi à l’invention de l’intimité, c’est-à-dire à une sphère sociale qui n’a que les relations humaines pour objet. C’est en ce sens qu’Anthony Giddens parle de « pure relationship ». D’autre part, elle correspond à la différenciation fonctionnelle qui voit naître une organisation rationnelle des cadres relationnels, à savoir les institutions « pures »10.
Plutôt que de suivre notre argument historique, il est temps de revenir sur ces deux sphères et de tenter de les définir en ce qu’elles ont précisément de moderne. La prudence exige de dire que cette analyse conceptuelle n’en est encore qu’à ses débuts. Pour parler de relation, nous allons prendre un exemple très simple, le « marcher-ensemble », pour tenter de dégager en quoi cette action coordonnée  nous paraît contenir in nuce les éléments d’un fait social sui generis. Puis, nous nous tournerons vers les institutions « pures », vers ces « cadres de l’interaction », comme disait Erving Goffman, qui sont « purs » dans la mesure où ils n’ont eux aussi qu’eux-mêmes pour objet. Bref, l’invention sociologique majeure de la modernité est triple : c’est l’intimité « encadrée » et d’autant plus intime que les cadres sont stricts, ce sont les cadres « vides » qui n’ont qu’eux-mêmes pour objet et c’est l’artéfact d’une société civile qui tente, vaille que vaille, d’accorder cadres et contenus11.
S’il y a une progression historique dans la dissociation de ces sphères, il est tentant de spéculer sur une après-modernité et de tirer certaines conclusions que les outils conceptuels que nous avons rapidement ébauchés ici nous permettent de projeter. Ce sera l’objet de la partie finale de cet article.
Marcher-ensemble.
Tournons-nous maintenant vers la relation humaine, vers ce microcosme formé de deux — parfois de trois ou plus — personnes. D’un point de vue très général, la question qui se pose est la suivante : peut-on imaginer un être supra-individuel mais dont l’essence ne serait pas d’ordre totalisant, c’est-à-dire qui, tout en incluant les personnes, ne les engloberait pas parfaitement ? Ou, pour la poser différemment : peut-on échapper à ce « tout-ou-rien » entre un individu, forcément réel, et une totalité, forcément nominale ? Peut-on y échapper pour rejoindre une entité réelle, formée d’individus, dont l’unité ne serait pas nécessairement supérieure à la somme des parties, mais qui appartiendrait à un autre ordre de réalité que ces individus, sans pour autant que leur englobement les contienne et les détermine entièrement ?
Cette question en appelle à une ontologie sociale. Une telle ontologie doit rompre avec deux fixations de l’esprit héritées des Grecs : le substantialisme qui réduit les êtres à leur essence, et le hylémorphisme qui les réduit à leur forme12. Et si nous avons appelé « relation humaine » de tels êtres, ce n’est donc pas en les renvoyant à leur essence relationnelle, à leur dialogie ou, plus vaguement, à leur symbolisme, ni en décrivant leur forme — comme l’a entrepris avec productivité la sociologie interactionniste —, mais en nous demandant, dans un procédé dit « aphaïrétique » (par retranchements progressifs), ce qui n’est ni du ressort de la totalité, ni de l’individualité ; ce qui échappe donc au déterminisme social, mais échappe en même temps à la volition ou à l’intentionnalité individuelle. Cette double négativité pour circonscrire ces êtres d’une ontologie sociale à inventer ne nous semble approchable que par des exemples concrets, des exemples d’une socialité banale ou naïve, c’est-à-dire non soumise aux déterminismes communément admis (dispositions acquises, normes intériorisées, valeurs partagées) mais en même temps individuellement non intentionnée. En nous référant à une étude de la philosophe britannique Margaret Gilbert (2003), nous choisirons d’analyser l’action très simple, élémentaire même, de marcher ensemble13.
Il est beau de cheminer de concert, de trouver un pas commun et ensuite de se parler. Il y a quelque chose de profondément apaisant dans cette manière de cheminer. Alors que seul nous marchons souvent tête baissée, en proie à de sombres ruminations, à deux, notre démarche devient soudain légère, les pensées souvent plus allègres Si Margaret Gilbert s’est beaucoup intéressée au moment où une promenade solitaire devient une promenade en commun — en se posant par exemple en se demandant par exemple si un tel accord reposait sur une convention explicite ou implicite —, le sociologue se préoccupera davantage du couple déjà constitué de promeneurs et de ce qui s’y passe. Disons tout d’abord que le « marcher-ensemble » ne nécessite aucune intervention langagière ; ou alors, s’il la nécessite, c’est à titre de limite quand l’un des marcheurs déroge trop à la vitesse supposée commune : « Pourquoi marches-tu si vite ? Pourquoi traînes-tu ? ». Mais ce qui nous intéresse se situe en deçà de cette limite, dans le cadre borné par la marche solitaire et l’intervention langagière d’autrui. De même, le « marcher-ensemble » n’engage pas une intention individuelle, c’est-à-dire une anticipation d’une vitesse commune. On peut vouloir marcher ensemble, mais ce vouloir — et c’est ce qui importe — n’est jamais explicitement ni consciemment articulé. On peut inviter à la promenade, mais sitôt celle-ci engagée, on n’invitera pas son partenaire à adapter son pas au sien — ni à anticiper qu’il en fasse lui-même la demande. C’est précisément par ce qui est tenu pour évident — ici le fait que la vitesse commune ne soit pas discutable — que cette relation prend son originalité. L’intention ne se manifeste — pour le souligner une fois encore — qu’à partir du moment où l’unité tacite que je forme avec autrui, est brisée par un événement quelconque. C’est alors seulement que je cherche à faire correspondre désir et acte — ce qui est la nature même de l’intention. Mais sitôt la promenade engagée, on est dans un projet commun qui nous englobe (qui dicte notre vitesse commune) et nous  individualise (ne nous privant pas de penser par devers soi) ; ou pour le dire différemment, que l’acte de marcher à telle ou telle vitesse commune n’est ni référable à une intention individuelle ni à une détermination socioculturelle.
Tout se passe comme si à la place des individus c’était leur couple qui dictait la vitesse et le rythme de la promenade. Ce rythme a d’ailleurs des limites fort intéressantes : car si l’on adapte ses pas à une vitesse commune, il est rare que l’on calque ses pas sur ceux de son ou de sa partenaire. Marcher ainsi de concert a un air légèrement déplacé, un air de marche militaire, de cadence imposée, et souvent nous nous observons en train de décaler nos pas du rythme emprunté par autrui. Car dans le fond, ce qui nous indispose n’est pas tant le fait que notre partenaire nous impose son rythme, mais que le rythme commun ne saurait être œuvre individuelle. En décalant nos pas, en ne marchant pas au pas de l’oie, nous marquons une différence entre rythme et vitesse. Le rythme est à moi, la vitesse est à nous. Si j’imite le pas de mon partenaire, c’est son intention qui formerait notre couple qui, du coup, n’en serait plus un. Si nos décalons nos pas, c’est précisément pour empêcher la réduction de la vitesse commune à un rythme imposé par l’un des marcheurs. Ce décalage se fait sans qu’on en ait conscience, il se fait comme dicté par ce que l’on pourrait nommer un inconscient relationnel. Il y a donc quelque chose qui marche, quelque chose formé par les deux promeneurs mais qui ne dérive pas de l’une des intentions, ni ne les assemble, mais les dépasse. Margaret Gilbert nomme ce quelque chose un « sujet pluriel ».
Ces cas d’une supra-individualité tacite sont bien plus nombreux qu’on ne le pense. Notre difficulté à les trouver est liée à un impérialisme langagier qui fait croire au savant et au profane qu’il n’est de social qu’exprimé, et que cette expression passe nécessairement par le langage – qu’il soit verbal ou non-verbal. À moins de se permettre une pirouette et dire que tout – y compris l’inconscient -  est « structuré » comme un langage, cette conception fait l’impasse sur l’ensemble des faits sociaux caractérisés par la dimension du tacite, de l’implicite, mais aussi du convenu, du passé sous silence, de ce dont il ne convient pas ou dont il n’est pas possible de parler ; de toute cette « socialité grise » qui n’est pas en marge, mais bien – comme nous le pensons - au fondement de la sociation humaine14. Ainsi, parmi les éléments constitutifs de la relation humaine que nous avons mis en évidence15 (la rencontre, la réciprocité, la durée et la mesure), il n’y a guère que la réciprocité qui fasse l’objet d’une formulation explicite – et encore, le cas du « marcher-ensemble », où cette réciprocité est elle aussi réalisée tacitement, montre que ce n’est que lorsqu’on sort du « pas commun » que cette réciprocité est thématisée explicitement. – Généralement, ces cas de « socialité grise », d’inconscient relationnel sont des phénomènes de coordination. Discuter ensemble, mettre la table ensemble, jouer ensemble, travailler ensemble, dès lors que cet agir-ensemble n’est pas dicté par des règles trop explicites et trop contraignantes, s’y manifeste comme en filigrane un ensemble de « mises en commun », de l’ordre du tacite, qui ne relève ni de l’intention individuelle, ni de la préconfiguration socioculturelle, mais d’un tiers non thématisé. Ainsi le discuter-ensemble, en deçà de l’échange purement verbal, amplement analysé, suppose un entre-jeu de l’adresse et de l’écoute, un timbre de la voix commune, une patience de l’écoute et une impatience de l’engagement, qu’aucune règle sociale ne saurait spécifier16. Il se pourrait donc que le tact, la discrétion, le respect de l’implicite, l’attention et la réserve ne soient pas des affections de la culture bourgeoise – comme une certaine sociologie avide d’incorporations aimerait nous le faire comprendre ; mais que ces ajustements microscopiques de nos faits les plus quotidiens fassent partie d’un jeu subtil de proximité et de distance, d’attraction et de répulsion, de rythme et de brisures de rythme – qui trouve peut-être dans une certaine bourgeoise une élaboration plus fine, plus articulée, mais dont le propre est bien de constituer les expressions d’un être relationnel ; d’un être qui demeure et doit demeurer dans l’ombre comme une supposition partagée mais jamais divulguée17. Il suffit d’aborder ces expressions par la négative et de se demander ce qu’adviendrait d’une discussion où ce rythme viendrait à manquer, où la réserve serait rompue, où soudain l’un des discutants se ferait trop âpre ou trop insistant, pour s’apercevoir de ce fragile équilibre que constituent tous ces cas de coordination implicite qui régulent nos échanges quotidiens ; non seulement qui les régulent, mais qui en forment la trame, l’assise et probablement la condition de possibilité.
Ces phénomènes collectifs sont encore mal étudiés et s’ils le sont, c’est presque toujours réduits à leurs expressions langagières. Mais l’exemple du « marcher-ensemble » nous a convaincu de l’importance de ces micro-conventions que nous passons tacitement et qui semblent sédimenter une grande partie de nos pratiques sociales. C’est là un fait nouveau, la découverte de tout un continent d’agencements banals, en lisière de l’attention sociologique18, car se situant à un niveau proto- ou pré-linguistique pour lequel nos méthodes d’enquête traditionnelles sont mal adaptées.
Il n’y a pas de crise des institutions.
Reprenons. Le principe de toute vie sociale est la relation ; ce n’est ni l’individu ni l’institution. En langage simondonien, ce sont les relations qui servent de milieu à l’individuation, alors que les institutions en forment les outils. Considérons cela comme la thèse de départ. La relation est d’essence dyadique, et c’est paradoxalement parce qu’elle est d’essence dyadique qu’elle est la forme sociale la plus complexe qui soit19. Parmi les ambivalences génératrices de cette complexité, il y a le fait qu’une relation pure — une relation qui n’aurait qu’elle-même comme objet20 — n’est pas possible dans la durée. Relation désirable entre toutes, le désir la consume. Or, l’institution survient pour instaurer cette durée, c’est-à-dire pour empêcher les relations de se transformer en fusions. L’institution peut être langage, tiers, ou obstacle (physique ou moral), elle est dans tous les cas source de temporalité21. Parce que les institutions sont indispensables à la reproduction des relations, leur statut ontologique est inférieur à celui des relations. Inversement, les relations empêchent les institutions de se développer de manière hégémonique. Dans toute institution, se développent des relations qui viennent gêner son fonctionnement en créant des interstices, des structures informelles, bref du désordre.
D’un point de vue formel, les relations humaines sont toujours soumises à un mouvement centripète, à une sorte de contraction qui les amène à un point de fusion qui finira par les anéantir. L’inceste n’en est qu’une variante particulièrement efficace, mais on peut voir dans les contractions identitaires (sectaires, communautaires, confessionelles etc.) les mêmes forces à l’œuvre. Les institutions, par contre, sont mues par un principe centrifuge, d’expansion indéterminée et d’autonomisation par rapport à d’autres institutions. De manière très générale, l’institution est un cadre (frame) à l’intérieur duquel les relations peuvent se développer, mais ce cadre n’est pas fixe, il tend lui-même à prendre une existence propre. De même qu’une relation « pure » n’est faite que de moments de fusion énergétique uniques, une institution « pure » — qui n’aurait, comme la « pure relationship », qu’elle-même pour objet — ne serait qu’un ensemble de procédures autoréférentielles (langage abstrait, corpus juridique « positiviste » etc.) et en tant que telle elle serait vouée à la répétition infinie du même.
Mais revenons sur certains termes employés. Le principe de toute vie sociale, qu’est-ce à dire ? C’est tout d’abord l’accent mis sur la vie sociale matérielle, sur le fait que toute vie naît d’une relation et que toute vie se mène dans une relation, que l’ensemble de nos représentations sont intimement relationnelles ; mais c’est surtout l’idée-princeps qui importe : que tout fait social soit d’abord fait relationnel. Ainsi, pour qu’une norme sociale soit une norme, il faut qu’elle soit attendue ; et, surtout, il faut que cette attente d’autrui soit elle aussi attendue22. Cet horizon d’une attente commune partagée n’est pas le fait de la norme, elle en est la condition. Or plutôt que de se perdre en conjectures infinies sur l’attente d’attente d’attente etc., sur ce qu’en économie et en sociologie on appelle le problème de la « double contingence », nous agissons en vertu de cet horizon commun partagé23. La réflexivité dont on dote l’être humain a beau être une chose sublime, dans le cadre de la double contingence, elle pourrait être un piège particulièrement pernicieux. Or ce qui empêche le cycliste du fameux exemple de Max Weber de passer sa vie en supputations infinies sur l’attitude à adopter face à l’autre cycliste qu’il cherche à croiser, c’est précisément cet horizon d’attente partagé, c’est-à-dire la certitude que lui aussi attend de moi que j’attende de lui. Même si les normes nous sont pour une large part imposées par les cadres institués dans lesquels nous vivons, sans cette base subjective relationnellement élaborée elles n’auraient aucune espèce de valeur. Nous serions devant des normes comme devant des faits et nous ne saurions pas si autrui en partage la signification. Ce qui nous sauve est donc ce savoir implicite que les normes ont pour mission de coordonner nos actions, d’avoir la certitude que dans telle ou telle situation on peut généralement s’attendre à tel ou tel comportement d’autrui. Cette certitude est un prérequis relationnel ; nous le mettons en pratique dès le plus tendre éveil de notre conscience et le pratiquons quotidiennement comme une espèce de « logiciel » du social qui, à l’instar des schématismes de notre pensée, tisse la trame de toutes nos interactions.
Or, l’institution est l’irruption du tiers dans la relation. C’est ce tiers qui permet de tisser des réseaux sociaux, de faire que des groupes s’agrègent, qu’entre ces groupes il y ait interrelations, et que naisse finalement ce qu’on a coutume d’appeler une conscience collective. Ces constructions d’ordre ne sont pas à voir comme des projets explicites, comme des réalisations intentionnelles, mais sont à considérer dans la dynamique même du processus qui consiste à reproduire les relations sociales (à quelque niveau qu’elles soient) en les entravant. Que l’institution se structure ensuite en grands corps sociaux ou symboliques (langage, famille, droit, entreprises etc.) n’est qu’un résultat de cette fonction primordiale; or le malaise, avec le concept d’institution, provient précisément du fait qu’on a toujours inversé résultat et condition première.
Il était impossible de voir cette nouveauté conceptuelle de la modernité en partant du cadre gnoséologique des sociétés d’ancien régime. L’évidence de la vie traditionnelle, l’« allant-pour-soi » de toute sa socio-culture consistait précisément dans la superposition et la substituabilité des sphères relationnelle et institutionnelle. Ce n’est peut-être même pas le Grand Référent (Dieu, les ancêtres etc.) — toujours invoqué pour expliquer l’incroyable absence de résistance à un monde violent, inhumain et désorganisé — qui « soude » ce monde, qui en garantit la cohésion, mais simplement cette concordance, ou mieux : cette ambivalence entre les sphères. Les sociétés holistes sont moins des sociétés d’englobement que des sociétés d’indétermination de sphères, où le relationnel est institutionnel et inversement. Ainsi des relations de parenté — pour ne prendre que l’exemple le plus flagrant : leur surcodage socioculturel est tel, qu’il est impossible de tracer une limite claire entre le relationnel-intime et l’institutionnel-public.
À relation « impure », institution « impure », le critère de pureté étant l’autoréférence de la sphère à elle-même. Et cette autoréférence est précisément le fait de la modernité. Par l’infiltration progressive de la société civile — ou pour le dire sommairement : de la substitution de la violence par la réciprocité24 — l’ambivalence des sphères s’est dissipée ; à l’encombrement des sphères a succédé un « enrayage » réciproque. Car la société civile n’est pas un projet d’ordre, mais la résistance d’une sphère à l’autre. Plutôt que de se superposer aux relations, les institutions s’y opposent, et inversement. Et c’est cette double résistance qui fait à la fois la fragilité et la productivité de la société civile moderne.
Parler dans ce contexte de « désinstitutionnalisation », de « crise » des institutions, ne prête pas seulement à confusion, mais est conceptuellement erroné et conduit à des décisions politiques qui vont souvent dans le sens inverse de celui qui est visé. Certes, les grandes organisations connaissent aujourd’hui une désaffection certaine: on se plaint de la famille qui ne socialise plus correctement, de l’école qui ne transmet plus le savoir, d’entreprises qui ignorent le bien public, d’administrations qui se sont autonomisées par rapport aux biens publics qu’elles étaient sensées fournir etc. Mais outre le fait que l’on mélange des phénomènes de nature disparate — qu’encourage un emploi désinvolte du concept d’institution —, on fait croire que les institutions fonctionnent de moins en moins bien, alors qu’elles fonctionnent de mieux en mieux ; bref, qu’elles ont de plus en plus elles-mêmes pour objet25.

Par pierre denis 'mohammed ibrahim noor' fourchet
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Jeudi 31 août 2006

Penser l’individu ? Sur un nécessaire changement de paradigme, 2.
Par Aldo Haesler, Aldo Haesler est ancien élève de l'École des Hautes Etudes de Saint-Gall, il est professeur de sociologie à l’Université de Caen et chercheur au Centre Maurice-Halbwachs (Cnrs, Ehess, Ens, Caen). Ses travaux portent sur la théorie de l’échange et des relations humaines dans une perspective sociohistorique. Il est l’auteur de Tausch und gesellschaftliche Entwicklung (Saint-Gall, 1983), Sociologie de l’argent et postmodernité (Droz, 1995), (en coll.), du Dictionnaire des risques (Armand Colin 2003), et d'Entrer en relation. Une protosociologie de l'échange (à paraître en 2006 chez Erès).

L’éclipse de la réciprocité.
Le processus de rationalisation si bien décrit par Antoine-Augustin Cournot et Max Weber n’est rien d’autre que la transformation progressive d’institutions génériques (organiques chez Cournot) en institutions organisées (mécaniques, prévisibles, planifiables). La différenciation fonctionnelle entre les deux sphères, progressivement mise en place par l’institution d’une société civile, va tendanciellement mener à l’autonomisation de ces sphères sous l’effet de ce processus. Le travail médiateur de la société civile se fera donc sous des auspices de plus en plus problématiques. L’entrée dans une post-histoire que Cournot avait prévue il y a plus de 150 ans, c’est-à-dire l’avènement d’une société totalement administrée, mettrait fin au désordre des sociétés « historiques »26. Il ne fallait donc pas attendre un essayiste des années 1990 pour constater que le politique, en tant que discours propre de la société civile, était appelé à une fin prochaine.
Qu’est-ce à dire, si nous employons nos concepts ?
Si la fin (au sens propre et au sens figuré du mot) de la relation est la fusion, la finalité de l’institution moderne est l’instauration de cadres auto-référentiels. Plutôt que d’être des obstacles à la fusion, les institutions vont se contenter d’en être des cadres ; des cadres, c’est-à-dire des limites et des protections, à l’intérieur desquelles les relations pourront librement s’épanouir (« intimité encadrée »). C’est dire que les institutions, dans leur marche irrépressible vers un formalisme de plus en plus grand, n’empêcheront plus les fusions relationnelles, mais les encourageront ; en permettront donc le libre exercice dans les cercles de l’intimité, dans les cadres d’une promiscuité juridiquement protégée. Ce qui vaut ainsi pour la vie quotidienne, se retrouve déjà à un niveau plus macroscopique : en instaurant les cadres d’un multiculturalisme purement formel, les pouvoirs publics n’ont fait que renforcer les contractions identitaires en tous genres. Même si l’abandon du modèle jacobin était l’abandon d’une discrimination culturelle inadmissible, il convient d’y voir aussi l’abandon d’un modèle de civilité pour tous. Entendons-nous bien, il ne s’agit pas d’y revenir, mais d’en mesurer le prix.
Ce prix, nous avons pu le constater à partir d’un terrain sociologique que rien ne prédestinait à de telles conclusions : le passage d’un argent matériel à une monnaie invisible (Haesler, 1995). Les nombreux témoignages et les observations que nous avons pu récolter à ce sujet allaient tous dans le sens d’une dissolution progressive de la norme universelle de réciprocité. Il était certes banal et quelque peu outrancier de dire qu’avec la monnaie invisible nous n’avions plus le sentiment d’un sacrifice lors d’une dépense, mais d’un ajournement ; mais cette figure d’une réciprocité pratique qui allait s’amenuisant à mesure que l’argent perdait de sa matérialité devait par la suite gagner en généralité. L’argument est presque trivial : tant qu’il fallait « casser » une billet de banque, le prix à payer pour obtenir une marchandise était bel et bien considéré comme un sacrifice, alors que la transaction en argent invisible (par paiement électronique : carte, achat sur Internet) remplace ce sacrifice par une procédure technique d’identification et d’autorisation. Certes, le débit se fera dans un avenir proche — nous ne quittons pas la sphère marchande. Mais du fait de cet ajournement du paiement — proche en cela de la procrastination — , l’unité réflexive entre achat et paiement est  brisée. Quand nous payons par carte, le sentiment d’avoir sacrifié de la valeur en obtenant la marchandise visée est remplacé par un sentiment de soulagement : le fait d’avoir été « reconnu » par le système de paiement, de pouvoir le quitter en laissant une simple trace de sa solvabilité. Ce glissement du sacrifice à l’innocuité n’est pas anodin, car il nous semble caractéristique pour notre nouvel abord aux institutions. Nous ne nous y rendons plus pour nous y impliquer, pour entrer en interaction avec elles, pour nous y affronter, le cas échéant, mais pour accomplir notre affaire, jouer notre coup, et nous retrancher ensuite dans notre sphère privée (dans l’espace de notre « mono-space », dans les sphères protégées de la circulation). L’achat électronique est donc bien plus qu’une affaire de plus grande commodité ; elle laisse présager une nouvelle forme de rapport social, ou plutôt de rapport socio-technique, d’où la réflexivité, inhérente à tout pratique sociale reposant sur la réciprocité, est étrangement absente.
Si je dis que la modernité s’est constituée dans cette fine frange entre sphère relationnelle et sphère institutionnelle appelée « espace public » (le terme d’Oeffentlichkeit utilisé naguère par Jürgen Habermas est certes plus parlant), espace dans lequel les arguments et les positions se négociaient par voie de réciprocité, il faut bien préciser que ce principe a toujours présidé à toute société humaine. Mais la modernité y a apporté une signification nouvelle — et au creux de cette signification était déjà nichée la raison de sa possible dissolution. L’ancien monde n’était pas exempt de réciprocité, bien au contraire ; dans la circulation des femmes, des biens et des messages, dans l’imposition des statuts, dans les normes du juste et de l’équitable (comme la diakiosyné aristotélicienne), la réciprocité était parfois poussée au-delà du scrupule comptable. Monde de la limite, de la mesure et de la rareté, dans l’ancien monde la réciprocité était le grand ordonnateur des êtres et des choses, mais c’était au nom d’un principe qui échappait à ceux qui devaient le mettre en pratique. Et c’est bien ce qui faisait la violence de ce monde. Ainsi, le cadet d’une famille paysanne qui se contente de sa part (congrue), sans mettre en doute le principe de primogéniture ; ainsi le marchand qui vend à perte, sans discuter le « juste prix » ; ainsi l’évergète dont les largesses décroissent au fur et à mesure du statut social etc. Ce n’est qu’avec la modernité que la réciprocité devient librement négociable. Et elle le devient dans un monde nouveau qui ne connaît plus ces limites. L’équilibre précaire que nous appelons « société » et qui est le fait de la double résistance des relations aux institutions et des institutions aux relations instaurait l’échange profitable à tous les niveaux de la vie sociale — faisant par ailleurs payer aux exclus de la « société » ce double dividende au prix le plus  élevé27. Cet échange profitable n’est pas simplement marchand ; il se retrouve, pour ne citer que des exemples disparates, dans le compromis politique, dans le critère de persuasion de nos pratiques discursives, dans les contrats intergénérationnels, dans les normes méritocratiques de la société salariale etc.
Or, il semble que cette phase soit en train de s’achever. Sans nous étendre sur de possibles causes, il se produirait comme une déconnection entre les termes de l’échange. Nous ne pouvons une fois encore que livrer des exemples disparates et impressionnistes : mais existe-t-il vraiment encore un salaire au mérite ? nos caisses de pension conçoivent-elles encore leur santé budgétaire sur le principe que les jeunes d’aujourd’hui auront leurs retraites assurées par les jeunes de demain ? notre pratique discursive dialogique nous fait-elle entendre encore l’argument du partenaire ou n’est-il pas davantage une simple occasion pour souffler un peu entre deux soliloques ? et, finalement, l’art difficile du compromis politique n’est-il pas en train de céder sous l’imposition du coup de force ou du mensonge institué ? Il semblerait donc qu’entre l’adresse et la réponse, l’argument et le contre-argument, le don et le contre-don, l’achat et la dépense, sans parler du droit et de l’obligation28, se produise une progressive déconnection. Chacun jouerait son « coup » (son argument, son joker, son avantage comparé, sa position de force etc.) sans prendre en compte l’attente possible d’autrui. On peut certes appeler cela une « individualisation » et s’intéresser sociologiquement aux prétendus choix qu’effectuerait cet « individu ». Mais c’est se tromper de cible. Car ce qui se meurt dans cette déconnection entre les termes de l’échange, c’est précisément la médiation entre ces termes, c’est-à-dire l’obstacle qui empêchait les relations de fusionner et les institutions de devenir totalitaires.
J’ignore s’il fait bon vivre dans une « gated community ». Il se peut que dans ces cadres, une nouvelle douceur du commerce entre les humains voie le jour. Mais de simplement supposer que la rigueur de ce cadre (l’œil vif du vigile, le cheval de frise, la caméra braquée, les prix d’entrée exorbitants) conditionne la douceur de ce commerce (qui pourra s’épancher dans toutes les formes possibles) ôterait un je-ne-sais-quoi d’essentiel à mon plaisir.
Une sociologie relationnelle qui ne prendrait en compte que cet épanchement serait donc dangereusement naïve29. Son irénisme serait un bref baume au cœur pour tous les accidentés du monde moderne, mais ce baume nous aveuglerait précisément sur cette autre part qu’une telle sociologie ne devrait en aucun cas négliger.

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Image : à partir de Carpaccio, Saint-Augustin, 1502.

Notes:

1 On doit à Karl Löwith (1949) la reconstruction de la philosophie de l’histoire comme transposition « sécularisée » d’une eschatologie du salut. Plutôt que de s’aventurer dans les spéculations parfois hasardeuses de Marcel Gauchet (1985), le lecteur français intéressé par la « querelle » de la sécularisation peut se reporter à présent sur l’ouvrage clair et bien documenté de Jean-Claude Monod (2002).
2 L’un des premiers à en parler fut Louis Quéré : « Je propose d‘appeler provisoirement proto-sociologie l’investigation de ce processus dynamique de morphogenèse du monde social dont procède le niveau d’objectivité […] que la sociologie se donne habituellement pour tâche d’explorer ; Elle est « proto » non pas parce qu’elle serait une forme primitive de sociologie […], mais parce qu’elle précède logiquement l’analyse sociologique classique : elle examine, en amont pour ainsi dire […] la constitution du niveau d’objectivité où la sociologie trouve ses objets » (1994, p. 37). Il existe également une revue ProtoSociology dont les articles sont consultables en ligne.
3 Aussi longtemps qu’un terme sociologique n’entre pas dans un cadre conceptuel cohérent, nous emploierons pour lui le mot de « notion » ; l’objet de notre examen est une analyse de la cohérence d’un ensemble notionnel dans le but de préciser les conditions dans lesquelles une notion peut devenir « concept ».
4 Que l’on trouve dans cette nébuleuse sociologique actuelle que l’on peut qualifier de « relationnisme ». Voir les travaux de Pierpaolo Donati (1991), de Mustapha Emirbayer (1997) de Guy Bajoit (1992) dont le principal impensé réside dans une conception abstraite de la relation qui se résume au couple « action-rétroaction ».
5 Même si la perte des référents transcendants (Dieu, traditions, cosmologies anciennes), le « procès de sécularisation » est un processus non terminé, l’idée de désordre consécutive à une telle perte contient autant (sinon davantage) d’arguments valables que l’idée classique d’une reconquête de l’ordre social dans le cadre de ce que le Droit naturel appela l’« établissement humain » (Hugo Grotius).
6 On ne compte plus les néologismes affublés du préfixe « dé- » en sociologie : désaffiliation, désymbolisation, désinsertion, désocialisation, désintégration, dérégulation, détraditionnalisation et pour finir « désinstitu-tionnalisation », notion qui nous préoccupe ici plus que d’autres.
7 La référence au travail désormais classique de Richard Sennett (1979) s’impose, même si ce topos est devenu depuis bien longtemps un …lieu commun.
8 Le projet de Blumenberg est soutenu par une motivation sans doute morale. Si la modernité avait été « instaurée » au nom d’un grand projet, ce projet eût servi à instrumentaliser et les hommes et les sociétés. D’ailleurs à l’ère des grands discours modernes, l’idée d’un tel projet, jusque dans les années 1960 voire au-delà, était incontestée. Blumenberg ne dénie nullement à la modernité son caractère innovateur, mais s’il y a eu innovations et révolutions, c’est plutôt le fruit d’une douloureuse extirpation hors de la tradition et d’un certain nombre de compromis passés avec l’institution religieuse.
9 Mes propres travaux se concentrent à ce propos sur le changement sémantique majeur qui affecte la notion d’échange marchand. En effet, au cours du 18e siècle, l’échange marchand qui avait de tout temps été considéré comme un jeu à somme nulle, connaît un bouleversement majeur. Le premier à le relever fut Louis Dumont qui a vu dans l’échange marchand considéré comme un jeu à somme positive un « idéologème » nouveau préparant l’accession de l’idéologie économique (Dumont, 1979). Si je prétends que la genèse de la modernité nous est encore mal connue, c’est qu’il me semble que nous n’avons pas tiré toutes les conséquences de ce bouleversement sémantique.
10 L’une des contributions majeures de Niklas Luhmann (1984) à la théorie du changement social est d’avoir distingué trois modes de différenciation sociale : la différenciation segmentaire pour les sociétés sauvages, par laquelle un groupe devenu trop grand (ou un espace de vie trop petit) se scinde en deux ; la différenciation statutaire par laquelle une société (traditionnelle) donnée se complexifie en multipliant ses niveaux hiérarchiques ; et une différenciation fonctionnelle par laquelle un système social (moderne) multiplie les sous-systèmes pour faire baisser la différence de complexité entre système et environnement. Cette différenciation opère donc par « division du travail », chaque sous-système puisant son « sens » par la spécialisation qu’il assume au sein du système. Son mode de complexification est dit autopoïétique, car il puise dans son propre milieu les éléments qu’il met en œuvre pour d’adapter à ses divers environnements. Dans mon propre jargon, j’appelle de tels sous-système des « institutions pures » dans la mesure où au cours de cette spécialisation ces sous-systèmes ont de plus en plus eux-mêmes comme objet.
11 C’est évidemment dans la vie familiale et sexuelle que cette triple invention est la plus visible. On n’assiste pas seulement aujourd’hui à une sorte de régression des cadres familiaux à la famille nucléaire, qu’elle soit homo-, poly- ou pluriparentale, on assiste à un double mouvement d’encadrement institutionnel (juridique et organisationnel) et de fusion affinitaire. Bien que dans les faits le choix du partenaire reste toujours très lié aux critères socioprofessionnels, dans les représentations l’idéal du couple est de plus en plus une affaire d’affinités électives. Il est donc possible de trouver une logique de ce double mouvement : plus l’encadrement institutionnel est strict et précis, et moins le domaine affinitaire (p.ex. d’une sexualité entièrement basée sur le consentement mutuel) devra être normé. C’est ce que je nomme une « intimité encadrée ». Pour les cadres « vides » de l’institution, on se reportera à la note précédente.
12 Nous reprenons toujours les indications de Gilbert Simondon.
13 Nous ne pouvons entrer ici dans le grand débat suscité par la publication de l’ouvrage de John R. Searle, La Construction de la réalité sociale (Searle, 1998) ; pour une excellente introduction, on se reportera à l’ouvrage de Kaufmann & Clément (2005). Il est indéniable que depuis un certain nombre d’années le problème de la « nature de la réalité sociale » intéresse les philosophes au premier chef. L’ouvrage de Searle en marque une étape décisive dans la mesure où il a osé formuler l’idée d’une « intentionnalité collective » ; pour une discussion détaillée, cf. l’article de Hans-Bernhard Schmid (2003). Pour bien comprendre l’exemple développé du « marcher-ensemble », il ne faut pas tomber dans les travers d’une démarche sociologisante. En effet, il ne fait pas de doute que le « marcher-ensemble » est très souvent codifié. Dans les sociétés traditionnelles, par exemple, les pas sont normés de manière très stricte. Pour que l’exemple que nous empruntons à Margaret Gilbert puisse faire sens, il faut voir les promeneurs comme des gens ordinaires, des personnes prises au hasard pouvant appartenir à des contextes socioculturels très différents. Certes, des éléments importants de leur posture et de leur comportement sont dictés par la culture à laquelle ils appartiennent, mais là n’est pas la question. La question est simplement de savoir comment en dépit de ces différences de culture cet acte commun du « marcher ensemble » en appelle à une coordination irréductible aux intentions individuelles. Or, même si des éléments de socio-culture interviennent, le fait même de cette coordination ne saurait leur être entièrement imputés ; mais ce qu’il y a de plus important — et c’est en cela que la question devient passionnante —, c’est qu’elle ne saurait être imputée à une acte de volition individuel, ni à la simple somme de deux volontés ou intentions. Qu’est-ce qui agit alors, si ce n’est ni la culture, ni la société, ni les individus ? Nous ne prétendons pas trancher ce débat qui agite actuellement phénoménologues et philosophes analytiques. Notre seule prétention est d’en indiquer l’importance pour le débat sociologique — qui nous semble bien insouciant actuellement par rapport à des questions qui devraient l’intéresser en priorité ; notons toutefois le passionnant dossier réuni par Livet & Ogien (2000).
14 L’ethnométhodologie (Harold Garfinkel, Harvey Sacks, Don Zimmermann) est allée très loin dans l’étude de cette « zone grise » de la socialité humaine. Mais une fois encore, elle s’est largement limitée à ne saisir que les expressions langagières de cette zone. Or, entre le fait d’étudier les séquences de langage entre les promeneurs et l’espèce d’observation introspective que nous menons ici, il y a une faille importante : c’est tout ce que le langage ne permet de saisir. Et il y a fort à parier que des phénomènes collectifs non-langagiers, parce qu’ils ne sont pas soumis aux déterminations du langage, nous permettent de mieux approcher les éléments constitutifs des faits sociaux. Encore faut-il posséder une méthode pour les approcher.
15 Je me suis un temps préoccupé des éléments constitutifs de la relation humaine (Haesler 2002). Comme très souvent dans les modèles des sciences sociales, on y voit quatre éléments en jeu ; ici, des éléments très simples qui suivent l’établissement d’une relation d’un point de vue génétique, depuis la simple rencontre jusqu’à la relation durable.
16 Pour ne relever que certains traits comparables au « marcher-ensemble », le « parler-ensemble » suppose lui aussi un ensemble de micro-conventions qui, si l’on ne focalise son attention que sur l’échange de parole, risquent fort d’être négligés. « Parler-ensemble » suppose une entente tacite, non sur un sujet, mais sur un agir commun. Dans le bavardage, par exemple, ce n’est évidemment pas le contenu qui importe, mais le simple fait d’entretenir une union tacite des bavards. Quand les élèves bavardent en classe, ils forment une « bulle » qui semble s’extraire du cadre de la leçon. Le timbre de la voix, le rythme de l’échange de parole, sa distribution plus ou moins équitable et même l’évitement d’un sujet sérieux reposent sur des accords tacites qui ont la même structure que le « marcher-ensemble ». L’entretien d’une « bulle de bavardage », pour anodine qu’elle soit, n’en comporte pas moins la mobilisation de tout un ensemble de techniques sociales dont le propre est précisément qu’elles ne relèvent ni de l’intention privée des bavards, ni de certains déterminismes socioculturels. De là à croire que la finalité de la leçon serait de priver cette bulle d’avoir une existence autonome, est un pas audacieux que je ne franchirai pas…
17 Toutes ces caractérisations de la relation nous proviennent de l’œuvre de Georg Simmel qui a poussé le plus loin l’analyse sociologique de ce qu’il appelait Wechselwirkung (action réciproque). Un exemple particulièrement clair est le sentiment de gratitude qu’il analyse finement dans sa grande Sociologie (Simmel, 1938, pp. 438-447). J’en ai tiré certaines conséquences pour une possible sociologie de la relation humaine (Haesler, 2000).
18 Nous ne pouvons pas développer ici, faute de place, les apports décisifs de toute une branche de la psychologie qui entreprit de considérer à nouveaux frais les rapports mère-enfant, le saut qualitatif qui s’opère lors du passage des singes supérieurs aux humains, l’importance de la relation pour la constitution de la mémoire et de la résilience, bref, d’un ensemble toujours plus riche d’études empiriques qui confortent toutes le primat de la relation sur les membres qui la forment. Je renvoie par exemple aux recherches très riches de la psychologue britannique Cecilia Heyes (1999, 2003).
19 Dès que les participants aux relations augmentent en quantité et en structure, les relations se simplifient. C’est là une régularité sociologique universelle : la complexité des relations est en raison inverse avec la « simplicité » de ses membres.
20 C’est ainsi qu’Anthony Giddens formule sa « pure relationship » (Giddens, 1992).
21 Dans son Essai sur l’origine des castes, Célestin Bouglé nous donne une description judicieuse des institutions quand il écrit : « Ce qui nous intéresse spécialement, ce n’est pas ce qui passe, mais ce qui se répète ; dans le flux des événements, ce sont les institutions qui surnagent » (Bouglé, 1908, p. xii).
22 Sur cette base commune d’un savoir partagé (common knowledge), je renvoie aux travaux fondateurs de David K. Lewis (1969).
23 Dans l’espace limité d’un article, on l’aura compris, je ne peux développer des questions qui demanderaient des argumentaires techniques et nuancés. Ainsi, ce problème de la « double contingence » qui a fait l’objet de réflexions soutenues de la part de sociologues comme Max Weber, Talcott Parsons ou Niklas Luhmann. Pour une présentation de la position luhmannienne au « niveau de l’état des savoirs », on se reportera au travail d’Urs Staeheli (Staeheli, 2003).
24 Je reprends les thèses largement connues de Jürgen Habermas sur la construction l’espace public (Habermas, 1986), dont le fondement n’est pas tant une volonté d’émancipation (comme Habermas le pense), mais qui résulterait des passions « civilisées » dues à une autre conception de l’échange (voir supra note 8).
25 On le voit bien avec les insurrections récentes dans les banlieues parisiennes en automne 2005. Voilà un « milieu » que les institutions politico-juridiques n’ont plus fait qu’encadrer (certains diront de « ghettoïser »). Alors que les politiques sociales visaient, il y a quelques années encore, à porter la société civile dans ces banlieues « défavorisées », qu’on y implantait des Maisons des Jeunes, des stades, des lieux d’animation, des foyers associatifs, que la police nationale développait des procédures de médiation, des politiques de proximité, visant à diminuer le potentiel coercitif entre police et population, les nouvelles politiques sécuritaires mises en place par les différents Ministres de l’Intérieur ont pour but d’instaurer des « cordons sanitaires » entre quartiers difficiles et zones civilisées. On n’entre plus dans les quartiers, mais on les dissocie, on les imperméabilise. Et, de fait, ce qui se passe dans les quartiers importe moins que le souci de garder ces « cordons » imperméables. Or, cette volonté politique consistant à ne plus gérer que certaines exceptions à l’ordre public n’est pas due à une absence mais bien à un excès d’institution – ou, plus précisément : à une institutionnalité plus poussée. Notons, que ces nouvelles politiques « sanitaires » sont bien plus coûteuses que les anciennes politiques de proximité. Mais nous nous avançons bien vers des « institutions pures », car tant que les pouvoirs publics insistaient sur la mise en place de médiateurs, d’animateurs, de police de proximité etc., ces institutions agissaient encore de manière « impure » : elles n’avaient pas elles-mêmes pour objet. Or aujourd’hui, l’ordre public est poursuivi non comme une médiation entre les diverses unités centripètes que contient le corps social, mais comme une fin en soi — comme ce n’était historiquement le cas que lors d’« états d’exception ».
26 Bien plus lucidement qu’Auguste Comte, A.-A. Cournot conçoit la fameuse « Loi » des trois états — théologique, métaphysique et positif — de manière à la fois plus abstraite et plus prudente que son fougueux prédécesseur : à une ère préhistorique, caractérisée par une absence d’événements, succèderait une ère historique, soumise à l’aléa et à la contingence, qui, elle-même, basculerait dans une ère post-historique, de la fin administrée de l’événement, et donc de la fin du politique. Célestin Bouglé qui fit sa thèse sur Cournot s’en est finement inspiré quand il disait que les institutions « surnageaient » dans le flux des événements ; voir note 17 supra).
27 Si l’on exclut les biens publics qui y connurent un développement important, la modernité reste pour une large part soumise à la rareté et à la limite. Dans un tel monde, un échange profitable aux deux parties n’est pas possible. Si l’on se souvient de ce qu’à dit Louis Dumont à ce sujet (voir note 7 supra), l’une des innovations sémantiques majeures de la modernité est l’illusion créatrice d’un monde matériel aux ressources infinies. Son corollaire, sa part maudite, étant, que le prix de cette illusion devra être payé par ceux qui ne participent pas à cet échange. Non seulement en sont-ils matériellement exclus, mais ils payent du fait de cette exclusion le double profit que les inclus font mine de mériter en toute bonne conscience.
28 Si, dans son allocution du 14 novembre 2005, à l’occasion des émeutes des banlieues, le Président Chirac a fait un effet très « vieille France » en disant que si l’on voulait être un « enfant de la République », cela ne comportait pas seulement des droits, mais des obligations, cet effet de désuétude pourrait représenter un exemple très clair d’une telle déconnection.
29 En dépit d’une orthodoxie un peu désuète face à l’édifice bourdieusien, le récent ouvrage de Frédéric Lordon (2006) montre avec brio à quel point les entreprises dénonciatrices de l’intérêt « égoïste » en sociologie se perdent dans un irénisme où la mauvaise foi se dispute au projet idéologique.

Résumé: Plutôt que de se centrer sur l’individu en le dotant de compétences relationnelles, l’analyse sociologique aurait avantage à explorer la réalité complexe de la relation humaine (dont l’individu n’est qu’un avatar) et à l’opposer à celle des institutions. Une réflexion historique montrerait alors  que le propre de la modernité peut être compris en termes de désintrication croissante des sphères relationnelle et institutionnelle. On proposera dès lors un concept « faible » de société comme espace (« public ») intermédiaire où se négocient pour la première fois dans l’histoire les contraintes des sphères relationnelle et institutionnelle. La crise de la modernité pourrait alors être comprise comme l’amenuisement inexorable de cet espace par le développement de relations et d’institutions de plus en plus « pures ».

Pour faire référence à cet article: Aldo Haesler, "Penser l’individu ? Sur un nécessaire changement de paradigme, 2.", EspacesTemps.net, Textuel, 18.06.2006 http://espacestemps.net/document2042.html

Par pierre denis 'mohammed ibrahim noor' fourchet
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Samedi 5 août 2006

Rencontre
Peter SloterdiJk, figure allemande de la philosophie contemporaine, conçoit des formes, au premier rang desquelles la sphère, susceptibles d'interpréter le sens de la vie des hommes en société. Il explique sa démarche philosophique, qu'il applique à notre propre nation.
Par Antoine de BAECQUE QUOTIDIEN : Samedi 5 août 2006 - 06:00

L'originalité de votre pensée est de concevoir philosophiquement des formes, susceptibles d'interpréter le sens de la vie des hommes en société. C'est le cas, notamment, de la sphère, à laquelle vous avez consacré trois volumes. Pourquoi pensez-vous ainsi par formes?
La modernité fait l'expérience des formes dans la pensée, c'est-à-dire du mouvement, ce qui me semble au fondement de l'explication du monde. C'est là le contraire de la pensée platonicienne, qui s'appuyait sur un désir d'immobilité, sur la volonté d'arrêter le cours vital des idées. Nous avons désormais, nous Occidentaux, un savoir-vivre qui repose sur la mobilité, comme si nos systèmes immunitaires symboliques avaient absorbé le changement. Depuis le XIXe siècle, nous voulons épouser l'histoire, donc le mouvement. Avec Vico, Herder, Hegel bien sûr, l'histoire fait irruption dans la pensée : toute philosophie, en Occident, se conçoit selon ce modèle d'interprétation dynamique. Les révolutionnaires russes avaient fait de ce dynamisme une profession de foi : le temps aurait toujours raison. C'est la révolution. Je ne vais pas aussi loin (rires), j'épouse juste le mouvement de mon époque, imprégné par la pensée d'Adorno, mon maître: on peut juger de la teneur de vérité d'une pensée à sa capacité à pénétrer au coeur de son temps. La forme, le mouvement, représentent la manière de comprendre son époque.
Qu'est-ce qu'un philosophe moderne ?
La philosophie est mourante, elle est devenue généralement un exercice de mortification. Pour moi, être philosophe, c'est au contraire se condamner à inventer, pour rester vivant. Ou alors il faut se résigner et accepter une position d'épigone, qui répète et commente les textes déjà écrits. Mon travail consiste à tirer les conséquences de l'agonie de la philosophie. Donc à trouver le moyen de sauver la vie et le mouvement dans la philosophie : créer une forme hybride, mélangeant discours théorique, politique, esthétique, littéraire, comme s'il s'agissait de traduire l'aventure de la pensée philosophique dans le domaine de la critique d'art, de la poésie. Un philosophe, aujourd'hui, c'est un commissaire d'exposition. Il faut penser avec l'art contemporain, pas comme s'il s'agissait d'une illustration, mais un discours à part entière. C'est pour cela que je m'intéresse à la pensée formelle : la langue philosophique se doit de passer par l'image, de s'ouvrir à ce vaste domaine de l'image et de l'imaginaire. Ce n'est pas seulement promouvoir une esthétique comme certains philosophes l'ont fait depuis le XVIIIe siècle, mais forger une pensée formelle du monde. Et la forme, c'est le terrain de la littérature et de l'art. Les questions de fond ne sont que des questions de forme pour l'artiste. Et donc désormais pour le philosophe. Je viens de là, et je vais par là.
Etes-vous plusieurs à aller «par là» ? 
Il y a peu d'exemples d'un usage conséquent des formes dans la philosophie. Deleuze, Derrida, Rancière, Badiou, ou Slavoj Zizek récemment. A chaque reprise, chez eux, les formes (cinématographiques, visuelles, architecturales, poétiques) s'incarnent en des théorèmes philosophiques qui n'appartiennent qu'à leur façon de porter des diagnostics sur le temps présent.
Pourquoi avez-vous choisi la sphère, la forme par excellence selon vous de la pensée du monde ? 
Je donnais des cours à l'école des beaux-arts de Vienne, en 1988 ­ il y a dix-huit ans que je pense à l'aide de sphères ! ­, et j'ai cherché des exemples afin d'expliquer aux jeunes artistes ma conception du monde. C'est à ce moment que j'ai compris combien il était important de trouver une approche artistique aux questions de la philosophie. Je travaillais en fait sur le contraste, dans la pensée occidentale, entre ce que signifie la sphère et ce que signifie la flèche. J'ai peu à peu laissé tomber la flèche, qui m'était moins nécessaire! La vie est un mouvement circulaire, irréversible: la faculté de se répéter, propre à la sphère, est plus mystérieuse et stimulante que le mouvement unidimensionnel de la flèche, introduction flagrante de l'événement. La philosophie est un éloge de la répétition: c'est la capacité à penser la géométrisation jubilatoire de l'être, sans tomber dans le piège d'une pensée clôturée, circulant en boucle.
Le présent de la société vous influence-t-il ? 
C'est essentiel. J'ai été par exemple très marqué par mes années au sein du mouvement étudiant allemand, avec sa psychologie radicale. La génération 68, la mienne, était ainsi sous le coup d'une double volonté : une politisation et une psychologisation totale du monde. C'est la primauté du couple, du binôme, par rapport à l'individu: l'idée fixe, chez moi, celle qui soutient mes ouvrages sur les sphères, est que nous ne sommes plus dans une monologie, mais une dialogie. C'est une nécessité psychique, une manière de toujours chercher un complément pour devenir un individu plus accompli. C'est l'épopée du couple, et de son champ psychique: il est pluripolaire, pourvu d'une pluralité des alliances.
Vous êtes un philosophe de la génération 68 ?
J'ai été formé par une idée importante qui mérite approfondissement : ce besoin de réfuter l'idéologie de la solitude de l'homme, conception à la base de l'existentialisme d'autrefois, ou encore du libéralisme consumériste d'aujourd'hui. La génération 68, au contraire, a prôné une «existence accompagnée», une existence orientée vers les autres.
Comment définiriez-vous les générations plus contemporaines ? 
Je dirais que nous étions une génération sans souci, et que désormais la nouvelle génération est très soucieuse. Entre-temps, nous avons vécu la découverte de l'argent: révélation d'un univers structuré par l'omnipuissance du pouvoir d'achat. Aujourd'hui, on critique le pouvoir, pas le pouvoir d'achat. En revanche, nous étions sûrement plus paranoïaques. Notre pensée a été structurée par l'idée que tout pouvoir livre l'explication d'un moment, c'est une herméneutique du soupçon social et politique, et Foucault a été le maître à penser de cette logique paranoïaque. Chez lui, il n'y a pas d'endroit neutre, innocent, où la déformation par le pouvoir n'aurait pas lieu. La souveraineté du pouvoir est là, dans les délices de cette pensée paranoïaque. Aujourd'hui, je vois à la fois plus de candeur et plus d'ironie, alors que nous étions d'un sérieux éternel.
Mais les nouvelles générations savent aussi se mobiliser selon des axes très politiques, lors de la récente crise du CPE par exemple... 
J'ai une francophilie absurde et inconditionnelle, mais je dois dire que, quand j'ai appris les causes de la mobilisation des jeunes contre le CPE, la France m'a paru de plus en plus mystérieuse. La est très hermétique au monde environnant, qui a d'ailleurs jugé sévèrement cette demande de tout-Etat, cette impossibilité à réformer. En lisant les journaux français de ce printemps, j'ai eu l'impression d'être replongé dans les années 50 ou 60. La est devenue le pays le plus hermétique du monde, même le est d'une totale transparence par rapport à votre Hexagone...

Cela vous choque ? 
Au contraire... C'est un laboratoire qui n'est pas du tout inintéressant : les Français, depuis les années 80, ont élaboré un «laboratoire de luxe social partagé». Ils ne forment plus des tribus primitives, sujet pour un anthropologue, mais des tribus de luxe, évoluant dans une serre sociale bien tempérée, protégée. Ce que vous demandez aux gouvernements, je le nommerais une «thermo-politique sociale» : éviter le froid social.
Mais à l'extérieur de la serre, le froid est terrible... La précarité et la misère touchent certaines populations de plus en plus violemment... 
Je dirais surtout: comment se fait-il qu'une des populations les plus protégées au monde tienne effectivement ce discours de la catastrophe politique et sociale sur elle-même. J'ai une réponse à la Schopenhauer : le pessimisme est devenu un luxe que seuls les nantis peuvent se permettre. Mais en même temps il est vrai que la possède des caractéristiques très anciennes, archaïques, primitives, qui se traduisent par des programmes pour créer des emplois moins efficaces qu'ailleurs et un chômage stable depuis au moins trente ans. De même, autre faute inhérente au système hérité en : on protège trop les plus âgés et pas assez les jeunes. Enfin, l'imaginaire français, y compris des jeunes générations, reste ancien: la foule mythique retrouvée, la manifestation comme exutoire, espoir, défouloir, contre-pouvoir, ou encore ces invocations de la vérité incarnée par le peuple. L'imaginaire de la reste révolutionnaire, mythe fondateur de l'intellectuel de gauche, alors que son modèle social est très protégé, tout sauf romantique ou libéral.
Est-ce un pays devenu ingouvernable? 
C'est le problème de l'homme d'Etat isolé face à la mentalité défaitiste française, le syndrome Clemenceau, voire de Gaulle. Mais Villepin n'est pas Clemenceau, malgré ses effets de manches ! Il est pourtant très seul face à une nation à remotiver, qui fonctionne selon un protectionnisme fondamental, celui qui doit protéger contre toute agression extérieure. Le grand problème de l'homme d'Etat français est qu'il est condamné à gouverner un peuple qui aurait surtout besoin d'un éducateur. La nation veut un éducateur, comme si elle désirait fondamentalement rester mineure, dépendante, et l'homme politique ne peut plus lui apporter ça.
On pourrait aussi dire que la est restée elle-même alors que le monde a évolué... 
Ce n'est pas faux. Je pense que l'année charnière est 1979. C'est l'année clé où le monde bascule, sauf la ... Trois événements sont concomitants: le retour de Khomeiny en Iran, qui marque le début de la révolution islamiste dans le monde musulman; l'arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher, dont les jeunes gens ont peut-être oublié le nom mais qui est sans doute le personnage symbole de cette époque avec son libéralisme sans culpabilité; et l'invasion de l'Afghanistan par les Russes, décision fatale au régime soviétique puisqu'il se révélera incapable de battre quelques rebelles afghans. La simultanéité de ces événements est majeure, le tournant de notre époque: montée de l'islamisme, apogée du libéralisme, déclin de la mythologie de gauche. C'est cela qui permet un travail de sape, au niveau international, contre l'idée de l'Etat social, puisque le libéralisme n'est rien d'autre que l'abaissement drastique du prix à payer pour acheter la paix sociale. Seule la ne participe pas à ce changement de climat planétaire, on s'en rend compte avec le recul. Soit parce qu'elle ne le veut pas, soit qu'elle ne le peut pas. Les deux raisons s'additionnant sans doute. La a produit une sorte d'exception psycho-politique en tentant de créer un espace protégé où les courants d'air du marché du travail et les eaux glacées du libéralisme seraient comme régulés et réchauffées. Une sorte de microclimat propre, une bulle préservée. C'est une illusion, et en même temps c'est une belle illusion. Ce que je nomme la sphère par excellence, celle où la patrie, les institutions et l'Etat règnent grâce à une maternisation éternelle des citoyens.

L'Allemand Peter Sloterdijk, 59 ans, figure de la philosophie contemporaine, a publié Règles pour le parc humain (Mille et Une Nuits, 1999), Essai d'intoxication volontaire (Calmann-Lévy, 1999), Sphères I - Bulles (Pauvert, 2002), Ni le soleil ni la mort (Pauvert, 2003). Il a publié récemment Sphères III - Ecumes chez Maren Sell, dernier volume d'une trilogie de «sphérologie», où il explore la structure alvéolaire permettant aux êtres humains de coexister dans les sociétés modernes.

Par pierre denis 'mohammed ibrahim noor' fourchet
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Jeudi 27 juillet 2006

Chaire de l'IMA
Enregistré le 22/11/05
De l'astronomie grecque à l'astronomie arabe : l'astronomie scientifique à Bagdad au 9 ème siècle, une conférence donnée par Régis Morelon, directeur de recherche au CNRS.

Avicenne et le nouveau paradigme de la physique
Enregistré le 06/12/05
La Physique
d'Aristote a été traduite en arabe à plusieurs reprises, mais la version de référence est celle d'Ishâq bin Hunayn, au Xème siècle. Les musulmans avaient aussi à leur disposition le Commentaire sur la Physique de Jean Philopon (Philoponos, dit le Grammairien), un Alexandrin du VIème siècle, dont il reste une traduction-paraphrase en arabe. C'est à lui que revient le mérite d'avoir introduit la notion d'impetus le mot latin, qui signifie: " élan ", exprime mieux l'idée de dynamisme que ses équivalents grec (rhopê) et arabe (mayl), qui disent l'" inclination " d'un corps, le mouvement de chute qu'imprime en lui sa propre gravité. Ce concept est introduit par Philopon afin de surmonter la difficulté que les aristotéliciens rencontraient dans l'explication du " mouvement violent ", comme le jet d'un projectile, lancé par une impulsion, certes, mais poursuivant ensuite sa course alors qu'il n'y a plus contact entre le moteur et le mobile. L'impetus est cette puissance motrice incorporelle transmise par le moteur au corps mobile, et permettant de rendre compte de la continuité du mouvement.
C'est ce même concept que reprendra Ibn Sina (Avicenne, IXème-Xème siècle) dans cette véritable somme philosophique que constitue le Kitâb al-Shifâ', le Livre de la Guérison il s'agit, bien sûr, de la guérison de l'erreur, même si, esprit universel, Avicenne pratiquait aussi la médecine des corps. Il reprend donc, dans la partie consacrée à la physique de son ouvrage, cette théorie de l'impetus, en précisant que si l'impulsion tend à se conserver, les heurts du milieu ambiant, le frottement, ainsi que la gravité du corps finissent par annuler cette impulsion.
Une conférence donnée par Ahmed Hasnaoui, chargé de recherche au CNRS.

Les géomètres arabes
Enregistré le 13/12/05
Pour la cinquième et ultime conférence de cette série consacrée aux sciences arabes, Hélène Bellosta, directrice de recherches au CNRS, disciple de Rushdi Rashed, a évoqué les travaux de quelques géomètres arabes majeurs. Elle a d’abord rappelé que l’histoire de cette branche des mathématiques a longtemps été éclipsée par celle de l’algèbre, et que, lorsqu’elle était prise en compte, ce n’était qu’en tant que conservatoire de la géométrie grecque.
Ce qui d’ailleurs n’est pas absolument faux: les quatre grands géomètres hellénistiques: Euclide, Apollonius, Menelaüs et Archimède ont été traduits et intensément étudiés dès la fin du VIIIème siècle. Apollonius dont ne subsiste en grec que le IVème livre des Coniques aura beaucoup plus d’importance dans le monde islamique qu’il n’en avait eu à Alexandrie, et c’est par les versions arabes qu’il passera en Occident. D’Archimède ne sont traduits en arabe par l’intermédiaire du syriaque que deux traités : De la Sphère et du Cylindre, et : De la mesure du Cercle. Quant à Menelaüs, le texte grec des Sphériques a disparu, et il ne subsiste que dans une version arabe assez ardue. Ces traductions sont en général à la fois rigoureuses et élégantes, et doivent beaucoup, il convient de le rappeler, au travail sur la langue que conduisaient parallèlement des grammairiens, souvent eux-mêmes d’origine persane.
Toutefois, au-delà de ce rôle essentiel de transmission de la tradition géométrique grecque, les recherches menées en langue arabe innovent par un aspect fondamental : l’usage du mouvement dans la construction des figures même si cela est annoncé chez Euclide, qui, par exemple, définit la sphère comme rotation d’un demi-cercle autour de son axe, mais aussi, et surtout, dans la démonstration. Ainsi Thabet ibn Qorra proposera une démonstration du postulat des parallèles fondée sur un mouvement de translation (en arabe : naql) d’un segment de droite vertical le long d’une droite horizontale, mouvement engendrant un quadrilatère, donc des angles droits. Ibn al-Haytham affinera la démonstration, et introduira, sous le nom de ma’lumât (" repères "), la notion de transformation d’un plan en fonction de points invariants. C’est le petit-fils de Thabet ibn Qorra, Ibn Sinân, qui développe le principe de la transformation affine la projection d’un segment de parabole ou d’ellipse sur un autre plan, qui devient l’image du premier.
Outre ces pratiques de transformation qui peuvent être considérées comme des mouvements opérés en-dehors de toute durée les géomètres arabes ont encore innové en jouant des interactions ou, si l’on veut, des translations entre disciplines diverses, ce que proscrivaient les Grecs.
L’on voit ainsi la géométrie être appliquée à l’astronomie et à la géographie. La projection stéréographique de la sphère céleste sur un plan permet de fabriquer des astrolabes et des planisphères.
La conception de miroirs implique le passage de notions géométriques dans le domaine de l’optique. Si l’histoire d’Archimède incendiant au moyen de miroirs ardents les vaisseaux de Marcellus est sans doute une pieuse légende transmise par Anthemius de Tralles, au VIème siècle, Ibn Sahl va partir de la géométrie des coniques pour imaginer sans toutefois les construire, semble-t-il des miroirs paraboliques et des lentilles.

Par pierre denis 'mohammed ibrahim noor' fourchet
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Jeudi 27 juillet 2006

Figures du monothéisme
Enregistré le 06/06/06
Alors que le "dieu des philosophes" se pose comme une entité abstraitement postulée, nécessaire ou non en fonction du système explicatif envisagé, dans le domaine des religions, la divinité singularisée par ses visages ou attributs même là où elle prend dimension universelle, apparaît comme vitalement essentielle, impliquée à divers titres et sous des modalités différentes dans le vécu des hommes;
Dans l’aire géographique qui va de la Mésopotamie à l’Egypte, qui a vu l’invention de l’écriture et la naissance du monothéisme, les figures du divin et, le cas échéant, les raisons de son caractère unique varient selon les lieux, les modes de vie et les structures sociales. Le monothéisme ne s’est pas manifesté comme une soudaine fulgurance venant éclairer la nuit des croyances antérieures et n’a pas dévoilé explicitement, dès le début, toutes ses implications. Il a une histoire et une préhistoire. Si le pôle de convergence est l’Un, les voies vers lui diffèrent par leurs références circonstancielles de lieu et de temps. Tout en reconnaissant et confessant un seul et même Unique, attesté par les mêmes témoins antérieurs (successifs), chacune des trois traditions monothéistes, judaïsme, christianisme et islam, incarne une démarche originale à partir de points de vue et dans des perspectives qui s’articulent plus qu’ils ne s’opposent (tout au moins au regard objectif de l’étude comparative des religions). C’est à la reconnaissance de ces "points de vue", de leur cohérence et de leur articulation que nous nous intéressons.
Une conférence donnée par Michel Dousse, philosophe historien des religions. De nationalité suisse, c’est en 1952 qu’il rencontre pour la première fois, au Sahara, le monde arabe, l’islam et la société nomade. De 1955 à 1958 il séjourne au Proche Orient pour des études de langue et de civilisation arabes (Damas et Beyrouth, université Saint-Joseph). De 1958 à 1963 il étudie la philosophie et la théologie (collège international de Philosophie, Toulouse). Dans l’immédiat après concile, il est chargé des études concernant le laïcat au Conseil des laïcs (). Il s’installe à Paris en 1975 et y effectue des recherches dans le domaine de l’étude comparée des trois religions monothéistes et soutient une thèse d’état (Paris IV, Sorbonne) sur L’expérience du désert et le monothéisme. Il est membre de l’Institut de recherche pour l’étude des religions (Paris IV, Sorbonne)
Il a écrit notamment : "Dieu en guerre", Albin Michel, Paris, 2002 ; "Marie la musulmane", Albin Michel, Paris, 2005. En préparation pour 2007 : "La religion d’Abraham" (titre provisoire).

Par pierre denis 'mohammed ibrahim noor' fourchet
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Lundi 17 juillet 2006

                       

par Jacques Bouveresse, chaire "Philosophie du langage et de la connaissance", (Collège de France).

 

Collège de France
Le site du Collège de France présente à la fois l’historique de l’institution et ce qu’elle est aujourd’hui, les enseignements que le Collège dispense, ses chaires, ses professeurs, Français et étrangers. Le site est également un bon outil pour se tenir au courant des programmes : on retrouve dans la rubrique «Actualités » les évènements du mois, le calendrier des cours et des séminaires, ainsi que l’agenda hebdomadaire.

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Lundi 17 juillet 2006

Avec Alexandre Papas. chercheur

Aux confins de l’Asie Centrale, face aux lamas, aux chamanes et à tous ceux qu’ils appellent idolâtres, des prédicateurs musulmans cheminent sur la route de la soie en diffusant le soufisme. Et ils réussissent là où les jésuites échouent : les soufis de Samarcande parviennent à enraciner dans les cités et les communautés leur croyance. L’un d’entre eux, Âfâq Khwâja, monte vers 1680 sur le trône de Yarkand et instaure un régime politique fondé sur les principes soufis. Bravant l’empire Qing comme le lamaïste, les Khwâjas naqshabandis du Turkestan oriental créent une utopie politique et religieuse où les sujets sont compagnons et les saints rois.
Bibliographie: Alexandre Papas,Soufisme et politique entre Chine, Tibet et Turkestan, Librairie d’Amérique et d’Orient, Jean Maisonneuve successeur, Paris (2005)

L'islam en Asie centrale, Étude d'une grande confrérie soufie du Turkestan oriental, la Naqshbandiyya Afâqiyya (XVIIe-XVIIIe siècles) 

IISMM, s. Maurice et Denys Lombard  -  96 bd Raspail  -  75006 Paris
Thèse soutenue par Alexandre Papas

Préparée sous la direction de François Georgeon
Président du jury : M. Pierre Lory, Directeur d'études à l'Ecole pratique des hautes études (Ve section)
Jury : M. Marc Gaborieau, Directeur d'études à l'EHESS
Mme Catherine Mayeur-Jaouen, Maître de conférences à l'université Paris-IV
M. Jürgen Paul, Professeur à l'université Martin-Luther de Halle (Allemagne)
M. Thierry Zarcone, Chargé de recherche au CNRS

Spécialité : Histoire et civilisations

À partir d'un corpus de sources hagiographiques orientales inédites, la présente étude retrace l'histoire de la plus importante confrérie soufie du Turkestan oriental des XVIIe et XVIIIe siècles, la Naqshbandiyya Âfâqiyya, et en particulier celle de son saint fondateur Âfâq Khwâja (1626-1694). Cette monographie examine d'abord le processus de dynastisation et de scission des maîtres saints (îshân) de la lignée Naqshbandiyya-Khwâjagân ; elle reconstitue ensuite l'exil missionnaire d'Âfâq Khwâja et de ses partisans à travers le Tibet lamaïque et la Chine Qing ; analyse le régime théocratique soufi fondé à leur retour en 1680 jusqu'à la conquête manchoue ; et s'achève par une enquête consacrée aux successeurs de la lignée sainte et à leurs tentatives de restauration théocratique jusqu'au XIXe siècle. Sont analysés les aspects doctrinaux de ce pouvoir soufi baptisé par nous « ishanat » qui consiste en une utopie théologico-politique, chargée de répondre aux inquiétudes sociales.

Islam in Central Asia. Study of a major Sufi order in Eastern Turkistan, the Naqshbandiyya Âfâqiyya (17th-18th centuries)
Based on a corpus of unpublished oriental hagiographical sources, the present study recounts the history of the most important Sufi order in the 17th and 18th century Eastern Turkistan, the Naqshbandiyya Âfâqiyya, and in particular his founder saint Âfâq Khwâja (1626-1694). This monograph studies firstly the dynastisation process and the scission of the holy masters (îshân) of the Naqshbandiyya-Khwâjagan lineage; then it reconstructs the missionary exile of Âfâq Khwâja and his followers through Lamaist Tibet and Qing China; it analyses the theocratic regime they have founded at their return in 1680 until the Manchu conquest; the thesis ends by an enquiry into the successors of the holy lineage and into their attempts to restore Muslim theocracy until the 19th century. We consider the doctrinal aspects of this Sufi power called by us "ishanate": it consists in a theologico-political utopia, which undertakes to respond to the social concerns.

Contact Alexandre Papas (alex.p@club-internet.fr)

Quand le saint legitime le politique: le mausolee de Afaq Khwaja a Kashgar
The Dhikr Controversy in Eighteenth-Century Northwest China: Was there a Religious Basis?
CENTRAL ASIA and CHINA: SECURITY IMPLICATIONS OF TRANSNATIONALISATION, ISLAMICIZATION, AND ETHNICIZATION

Par pierre denis 'mohammed ibrahim noor' fourchet
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Dimanche 9 juillet 2006

zidane suite...

coup de barre coup de boule Panenka «La raison pour laquelle j'aime tant le foot, c'est qu'il ressemble, à en pleurer, à la vie: lent, aléatoire, injuste, ennuyeux la plupart du temps, mais il recèle cet éternel espoir qu'à un moment, aussi fugace soit-il, tout s'enchaînera et trouvera son sens. […] La vie n'est qu'un long effort, dépourvue de coordination, une via dolorosa au bout de laquelle éclate, parfois, l'action géniale.[…] Et, en un instant, tout ce méli-mélo poisseux et hasardeux, qui a un nom, «match de foot», se métamorphose en quelque chose de cohérent, d'esthétique et de digne. Et après que ce moment et ses ralentis se seront évanouis, nous retournerons, tous, à la grise réalité des moments perdus, des passes ratées et des tirs non cadrés, à des mètres des filets juste pour attendre, patiemment et avec un espoir infini, le prochain moment de grâce.»
Etgar Keret écrivain. Dernier ouvrage paru en français: Un homme sans tête et autres nouvelles (Actes Sud).

«Qu'il est con ce Zidane ! Enfin non, pas con...» Jack Lang essaye de se rattaper. Sous le coup de la déception, l'ancien ministre s'est lâché au moment du coup de boule du numéro 10 français puis de son expulsion. Jack Lang était venu assister au match au café Le Deauville, sur les Champs, un café dont le propriétaire est «un voisin» de la place des Vosges. Dès 23 heures 30, alors que les forces de l'ordre stationnaient encore en nombre dans les rues adjacentes, quelques pétards et l'avenue commençait déjà à se vider.




Le coup de tête de Zidane devient une image de... marque
REUTERS : Jeudi 3 août 2006 - 13:10
PEKIN (Reuters) - Un homme d'affaires chinois propose de vendre pour un million de yuans (98.239 euros) les droits d'une image de Zinedine Zidane assénant un coup de tête à Marco Materazzi en finale de la Coupe du Monde de football, le 9 juillet dernier, rapporte jeudi le Beijing Daily.
Zhao Xiaokai, directeur général d'une entreprise qui travaille avec le monde sportif, a payé 2.000 yuans (196 euros) pour faire enregistrer comme marque déposée - susceptible d'orner des chaussures, des chapeaux ou des canettes de bière - la silhouette de Zidane donnant un coup de tête à l'Italien.
"Deux jours après la finale de la Coupe du Monde, j'ai eu l'idée de faire enregistrer ce coup de tête comme marque déposée (...) En ne montrant qu'une silhouette, on évite de violer les droits à l'image de la star du football", explique-t-il.
Zhao, qui n'exclut pas de développer sa propre ligne de produits avec cette insolite "image de marque", a précisé avoir déjà été approché par deux producteurs de bière qui souhaitent discuter d'une cession des droits.

Par pierre denis 'mohammed ibrahim noor' fourchet
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Jeudi 29 juin 2006

le soufisme, une chance pour l'islam
Les Jeudis de l'IMA

Enregistré le 17/11/05
Dans le contexte actuel de violence généralisée et d'exacerbation des tensions interreligieuses, de plus en plus de voix s'élèvent contre la terreur et la guerre, prônant la tolérance et le dialogue. On assiste depuis quelques années à un retour de la quête spirituelle au sein des grandes religions que sont le christianisme, le bouddhisme, l'islam, ainsi qu'à un intérêt croissant pour de nouvelles formes de spiritualité. Ce phénomène répond à la demande, de plus en plus pressante à mesure que le chaos menace, de donner sens à l'existence. Face aux intégrismes religieux se dressent les défenseurs d'une religion de paix et de tolérance, dégagée de tout enjeu politique et vécue comme une quête intérieure, personnelle, de Dieu. Les maisons d'édition se font l'écho de ce phénomène et notamment de la redécouverte des mouvements soufis, nous rappelant que l'islam ne se réduit en rien à sa frange intégriste. Le festival de Fès, créé au début des années 90, s'inscrit dans cette perspective. Le message diffusé lors de ce festival, à travers les musiques sacrées des grandes religions et les musiques d'inspiration spirituelle, a aujourd'hui acquis une renommée mondiale. L'"esprit de Fès" permet ainsi aux différentes expressions de la spiritualité de franchir les frontières, de dépasser le "choc des civilisations", en prônant la paix, l'harmonie, le respect et le dialogue entre les cultures.

Avec Pierre Lory, chaire de Mystique musulmane à l'Ecole pratique des hautes études (EPHE); Abd al Malik, membre du groupe de rap NAP (New Africans Poets) et Faouzi Skali, anthropologue, écrivain, directeur général des Rencontres et du Festival des Musiques sacrées du Monde de Fès.

Le débat est animé par Maati Kabbal, responsable des Jeudis de l'IMA.

Enregistré le 04/05/06
La Shâdhiliyya est l’une des « voies-mères » du soufisme, ces grandes familles spirituelles qui sont apparues en terre d’islam entre la fin du XIIe siècle et le XIVe siècle. D’origine maghrébine, elle s’est diffusée, à partir de l’Egypte, dans la majeure partie du monde musulman. Profondément ancrée dans les sources scripturaires de l'islam, elle a attiré maints oulémas de renom. Elle dispense un enseignement initiatique dense, et a su expliciter celui d'Ibn ‘Arabî, si controversé en milieu exotériste. La Shâdhiliyya est présente depuis près d'un siècle en Occident, et a entraîné dans son sillage des intellectuels tels que René Guénon et bien d’autres, qui contribuent, de nos jours encore, à faire connaître le patrimoine soufi universel.
Avec Eric Geoffroy, enseignant au Département d'études arabes islamiques de l'Université Marc Bloch; Denis Gril, professeur de langue arabe et d’islamologie, membre de l’IREMAM (Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman); Jean-Claude Penrad, anthropologue, maître de conférences à l’EHESS et Thierry Zarcone, chercheur au CNRS, chargé de cours à l’EHESS.
Le débat est animé par Maati Kabbal.

Le soufisme d'Occident dans le miroir du soufisme d'Orient
par Eric Geoffroy
Université de Strasbourg (France)

Un aperçu historique nous aidera à apprécier le rôle actuel du soufisme en Occident. Le facteur le plus tangible de la pénétration progressive du soufisme est paradoxalement le colonialisme, en particulier français. Celui-ci, qui a pris toute son ampleur au cours du XIXe siècle, a coïncidé avec l'émergence d'une idéologie positiviste, et d'une civilisation de plus en plus mécaniste et matérialiste. Parallèlement, le christianisme, en particulier catholique, soit se sclérosait soit était entraîné dans un irrésistible mouvement de sécularisation. Dans ce climat de "perte de sens", des Occidentaux cherchent dans les traditions spirituelles étrangères une régénérescence métaphysique et un ressourcement initiatique. Le colonialisme a au moins cet avantage qu'il met en contact, dans des circonstances certes conflictuelles, l'Occident et l'islam.
Le soufisme, dimension intérieure de l'islam, s'avère donc une voie accessible et providentielle pour certains Européens. On peut avancer des noms, comme ceux du voyageur Richard Burton ou d'Isabelle Eberhardt, mieux connue en France. Mais il se trouvait également des Européens en quête de soufisme dans l'orbite de la Sanûsiyya, et peut-être dans l'entourage de l'émir Abd el-Kader.
A cette phase de flux succède bientôt celle du reflux : l'immigration. Les peuples colonisés par la France, en particulier, sont sommés de se référer au modèle occidental, et c'est donc tout naturellement que des travailleurs maghrébins se dirigent vers l'Europe. Les membres de la tarîqa 'Alawiyya font oeuvre de pionnier dans ce domaine, puisqu'une partie d'entre eux émigre, dès les années 1920, en France, en Angleterre, en Hollande, etc. D'évidence, cette ouverture précoce provient de l'enseignement universaliste du cheikh Ahmad al-'Alâwî, lequel, rapporte-t-on, avait lui-même pensé un moment s'installer en France.
Dès les premières décennies du XXe siècle, des maîtres spirituels de différentes traditions pressentent que, en dépit du matérialisme dominant à cette époque, l'Occident porte peut-être en lui les germes d'une renaissance spirituelle; tout au moins peut-il être un refuge, une terre d'accueil pour le patrimoine spirituel de l'humanité. Des maîtres hindous, bouddhistes ou soufis distillent alors leur enseignement depuis les pays orientaux, ou voyagent en Occident, s'y établissant parfois. Ainsi Inayat Khan, soufi indien de la tradition shishtiyya, arrive en Occident en 1910, où il se fait connaître surtout grâce à la musique spirituelle qu'il pratique. Il introduit le " Mouvement Soufi " aux USA, où il meurt en 1927. Son fils, Pir Vilayat Khan, étend cette audience en fondant l'Ordre Soufi Universel, ou tout simplement " l'Universel ", sur lequel nous reviendrons.
Dans une modalité tout à fait différente, René Guénon joue à cette époque un rôle majeur dans l'introduction du soufisme en Europe. D'abord franc-maçon, il côtoie à Paris divers milieux ésotéristes, avant d'entrer en islam en 1912, sous le nom de 'Abd al-Wâhid Yahyâ. Initié dans la tarîqa Shâdhiliyya, il s'établit en 1930 au Caire, où il s'abreuve au soufisme "oriental". Mais sa fonction est délibérément de conseiller et d'orienter, par correspondance le plus souvent, les Européens qui cherchent une voie authentique. Son oeuvre traite précisément de l'unité transcendante des religions, vue sous l'angle de la métaphysique. Elle ne vise qu'à témoigner, à rappeler cette doctrine immuable de la philosophia perennis. Par son universalisme, elle constitue un pont entre l'Orient "traditionnel" et l'Occident en quête d'authenticité. Si le style a vieilli, le contenu des livres de Guénon, qui mourut en 1951 au Caire, garde toute son actualité. Paradoxalement, il a peu écrit sur le soufisme, parce qu'il le vivait en malâmatî, qui se montre très discret sur son expérience intérieure.
Dans le sillage de Guénon, ce premier soufisme occidental pose ses fondements en Occident en insistant sur la portée universelle du message de l'islam, en le dégageant du contexte culturel d'où il a été importé. Dans certains cas, on observe même un rejet. Pensons à Frithjof Schuon (m. 1998), par exemple : s'il adopte, comme d'autres convertis à cette époque, l'habit islamique traditionnel par esthétisme spirituel, il détache sa voie, issue de la 'Alawiyya, de toute ambiance "arabe" et, après avoir longtemps vécu en Suisse, il finit par s'établir aux USA. Le soufisme occidental, toutefois, s'il veut maintenir son authenticité, ne peut se départir du patrimoine de baraka que conserve certaines parties au moins du monde musulman. Michel Vâlsan (m. 1974), précisément, a quitté l'obédience de son maître, Schuon, parce que celui-ci s'affranchissait de plus en plus de la forme islamique. Devenu cheikh après 1950, sur indication de René Guénon, il a fondé une tarîqa à Paris dans laquelle il n'y avait, il est vrai, pratiquement que des Européens. Pour autant, il a bien senti la nécessité d' "importer" des rites soufis de la zâwiya Shâdhiliyya de Tunis que lui-même et ses disciples ont fréquenté pendant des années.
A partir des années 1970, on assiste à un développement très rapide de la présence du soufisme en Occident. Plusieurs groupes soufis émanant des grandes voies - Shâdhiliyya, Tijâniyya, puis Naqshbandiyya, Qâdiriyya, Burhâniyya, Ni'matullahiyya - voient alors le jour en Occident. Cette expansion n'est pas une simple conséquence de l'immigration, car les cheikhs "orientaux", on l'a vu, considèrent depuis longtemps l'Occident comme une terre providentielle. Constatant que la pression socio-politique qui pèse dans leurs pays peut entraver le développement individuel, ils voient dans l'Occident un espace de liberté dans lequel existe une réelle attente dans le domaine spirituel. Le "désenchantement du monde", en effet, dont a accouché le matérialisme occidental met en quête de nouveaux pèlerins... Quelques maîtres "orientaux" s'établissent bientôt en Occident, tandis qu'un petit nombre d'Occidentaux formés opèrent comme représentants d'un maître étranger, ou accèdent au statut de cheikh.
Toute cette mouvance se prévaut d'un soufisme orthodoxe, car les affiliés restent fidèles aux prescriptions de l'islam et sont parfois versés dans les sciences islamiques. La plupart des membres gardent un lien avec l'un ou l'autre des pays musulmans. Cependant, la question de l'adaptation au contexte occidental n'est pas résolue dans tous les cas : parmi ceux qui ont été initiés et formés en Orient, certains ont tendance à importer des formes arabes, africaines, turques, etc. Ils reproduisent parfois les mêmes clivages, les mêmes rivalités qui ont cours entre les turuq présentes en pays musulman. Or il est bien évident qu'il faudra toujours davantage faire le départ entre l'essence initiatique du soufisme, et ses diverses attaches culturelles et historiques. Il y a bien là une sorte d'ijtihâd spirituel à opérer, comme cela s'est fait dans d'autres contextes spatio-temporels.
C'est pour cette raison que, souvent, les maîtres orientaux s'en remettent à leurs muqaddems ou à leurs disciples proches qui sont d'origine occidentale, car ils ont conscience qu'eux-mêmes ne connaissent pas l'Occident. Il arrive alors qu'ils rendent ces disciples indépendants, leur permettant ainsi d'accéder à la mashyakha. Il existe un autre cas de figure, qui consiste en ce que les maîtres orientaux séparent, en Occident, leurs disciples "orientaux" de leurs disciples "occidentaux" : bien qu'étant frères sur la Voie, ils ne partagent pas les mêmes données culturelles, ce qui peut susciter des malentendus. Au Maroc, le cheikh Hamza Boutshîsh a opté pour cette formule. Par ailleurs, un maître vivant au Proche ou Moyen-Orient aura souvent tendance à vouloir "recruter" en milieu occidental de souche, et non chez les émigrés d'origine maghrébine. Le complexe de supériorité des Proche-Orientaux à l'égard des Maghrébins est bien connu...
En quoi, maintenant, l'Occident peut-il être considéré comme une nouvelle terre du soufisme ?
Un phénomène intéressant est la découverte, ou la redécouverte du soufisme par des étudiants, le plus souvent, musulmans de souche. Chez eux, dans leurs pays d'origine, ils n'y voyaient que confrérisme, superstition, maraboutisme, ou encore routine héritée des parents. En Occident, le soufisme se trouve en quelque sorte stimulé par les échanges, par ce grand "marché" de la spiritualité qui a pris place désormais, suscitant de nouvelles formes d'expression. Beaucoup d'Occidentaux manifestent en effet un réel intérêt pour cette discipline, les plus sensibles étant généralement les femmes. L'Occident deviendrait-il une terre de rencontre entre les différentes formes de soufisme, comme l'ont été à l'époque médiévale des villes cosmopolites telles que Bagdad, Damas ou Le Caire, sans parler des lieux saints du Hedjaz... avant l'arrivée des wahhabites ? C'est ainsi que les voies d'Orient musulman, comme la Naqshbandiyya (originaire d'Asie Centrale), côtoient en Occident les voies traditionnellement ancrées dans le monde arabe (Maghreb, Proche-Orient) telles que la Shâdhiliyya. On entrevoit une richesse similaire dans la rencontre qui s'effectue actuellement en Occident entre des religions "orientales" comme le bouddhisme et l'islam.
Le soufisme assume-t-il des formes originales et spécifiques en Occident ? Coeur vivant de l'islam, il a toujours su s'adapter à des contextes nouveaux, et absorber des substrats spirituels anciens, d'une étonnante diversité (cela va du néo-platonisme au chamanisme). Ce qui est nouveau, par contre, c'est qu'il arrive dans des sociétés sécularisées, dites "post-chrétiennes", en friche sur le plan spirituel, et qui subissent une véritable asphyxie à cet égard. Pour autant, il s'agit là de sociétés organisées, et "démocratiques". On décèle donc très nettement dans cette situation de l'Occident contemporain des avantages et des inconvénients. La liberté totale dont on y jouit fait que les carcans sociaux, familiaux tombent, que le conformisme religieux et l'hypocrisie que celui-ci entraîne parfois dans les sociétés arabes s'atténuent. Mais tombent dans le même temps les repères, et la protection psychologique que ces cadres de référence apportaient. Il faut donc apprendre à gérer cette liberté, qui donne parfois le vertige : elle est tantôt source d'égarement, de dégradation de la condition humaine, tantôt source d'éveil spirituel. En Occident, le spectre des attitudes psychologiques est large car celles-ci ne sont pas canalisées par une norme précise.
Cette perte des repères traditionnels a eu diverses incidences sur le soufisme occidental. Certains "soufis" enseignant en Occident ont pris des distances vis-à-vis de la religion islamique. Ils ont présenté le soufisme, non comme le coeur de l'islam, mais comme une forme d'expression de la sagesse universelle. L'Afghan Idries Shah, par exemple, ne parlait pas de Dieu et encore moins d'islam à son auditoire. Pour lui, il fallait d'abord soigner l'être humain, et en particulier l'Occidental. " La première étape de la voie, confie Djavad Nurbakhsh, maître de la Ni'matullâhiyya et psychiatre de son état, consiste à apaiser, puis à faire disparaître les conflits psychiques, les complexes et les frustrations ainsi que les tendances négatives et destructrices chez le disciple, afin qu'il parvienne à un équilibre psychique, mental et affectif. Puis lors de la deuxième étape, le disciple recouvre les attributs divins1 ".
René Guénon insistait bien sur le fait qu'il faut suivre une tradition religieuse déterminée - en l'occurrence l'islam - si l'on veut obtenir quelque réalisation authentique. Il existe pourtant des groupes syncrétistes, en particulier dans les milieux soufis anglo-saxons. Peut-on en déduire que le rayonnement de Guénon dans les groupes soufis français, quoique très variable, ait eu un effet salvateur, en assurant une certaine "orthodoxie" soufie ? " L' Universel " de Pir Vilayat Khan, qui est implanté également en France, initie des non-musulmans au soufisme, et leur fait pratiquer le dhikr. Sous couvert d'universalisme, on n'y parle jamais du Coran, du Prophète. Ces groupes distillent une sagesse aseptisée, un énième produit de consommation pour Occidentaux. Ils présentent le soufisme comme une technique de bien-être, comme si le cheminement sur la Voie n'était pas avant tout une " épreuve " (balâ') !
Le soufisme d'Occident est donc désormais exposé au mercantilisme : ici et là, certains prospectus promettent la transe ou même la "possession". Force est de constater que cette mercantilisation accompagne ce qu'on appelle la tendance New Age, soit un syncrétisme à caractère utopique prônant une religion universelle. A noter toutefois que " l'ésotérisme " touche aussi le monde musulman. Au Maghreb par exemple, les Aïssaouas (de la confrérie populaire 'Isawiyya), connus pour leurs rites de possession et d'automutilation, sont exhibés très officiellement pour attirer le client, tandis qu'à Istanbul des Occidentaux se font rapidement "initier" par les Derviches tourneurs mevlevis2.
Le syncrétisme touche même des gens sérieux. Frithjof Schuon a ainsi vivifié le thème soufi traditionnel, médiéval, de " l'unicité transcendante des religions " (wahdat al-adyân), en intégrant dans sa pratique islamique des éléments étrangers tels que la "sagesse" des Indiens d'Amérique, ou en hypertrophiant des thèmes dogmatiques islamiques. On sait ainsi la place toute particulière qu'il donne à la Vierge Marie - il a nommé sa voie la Maryamiyya -, ce que d'aucuns pourraient taxer de "mariolâtrie".
Les Occidentaux de souche qui s'adonnent au soufisme font parfois preuve d'un manque d'humilité presque naïf. Ils fonctionnent comme si eux seuls étaient maintenant dépositaires de l'initiation, comme si eux seuls avaient accès à l'universalisme de la pensée soufie. Disons-le nettement : les prétentions de certains "akbariens" ou "guénoniens", tantôt implicites, tantôt explicites, sont affligeantes. Ils font presque de Ibn 'Arabî et de René Guénon des prophètes ou des fondateurs de religion, alors que ceux-ci se sont toujours référé aux sources de la " Religion immuable " (al-dîn al-qayyim). Ils ont toujours affirmé que leur rôle était de transmettre, ou au plus de formuler, un dépôt sacré dont ils avaient reçu l'héritage.
On constate cependant une évolution positive depuis quelques années : avec l'intégration progressive de l'islam dans les sociétés occidentales, et sa visibilité accrue, l'ancrage du soufisme dans la culture islamique occidentale se renforce. A cet égard, il faut noter l'apport réel de certains soufis de souche européenne. Ceux-ci ne se contentent pas de traduire et de commenter les textes du patrimoine soufi; ils apportent en outre un nouveau regard. C'est ainsi que les études sur Ibn 'Arabî ont connu une ouverture considérable sous l'égide de Michel Vâlsan, puis de Michel Chodkiewicz et d'autres. La liberté doctrinale qui règne en Occident permettait en effet de rouvrir les débats autour du Shaykh al-Akbar sans craindre une quelconque censure. Rappelons que l'édition critique des Futûhât makkiyya opérée par Osman Yahia en Egypte a rencontré en 1979 une vive opposition de la part même du parlement égyptien.
La mondialisation n'a pas uniquement un caractère économique ou géo-politique. Elle a un versant caché, ou plus discret, mais qui va apparaître de plus en plus. Nous voulons parler des échanges accrus sur le plan interreligieux, des synergies même qui se dégagent entre les voies spirituelles qu'a empruntées l'humanité.
Dans ces nouveaux carrefours, l'Occident a une place privilégiée, car l'activité économique et la mobilité politique stimulent bel et bien l'activité intellectuelle et spirituelle (IXe - Xe siècles). Ainsi, le tasawwuf est né dans l'Irak du jeune empire abbasside, alors en pleine expansion. Il s'est d'ailleurs constitué en école dans sa nouvelle capitale, Bagdad. On a déjà remarqué que le bouddhisme et l'islam, par exemple, peuvent dialoguer en Occident, ce qui est pour le moment inconcevable en pays arabe. Islam et judaïsme ont également plus de facilités pour se rencontrer en Occident qu'en zone arabe. Cette situation, due à des circonstances politiques somme toute récentes, estompe paradoxalement les longs siècles de coexistence pacifique entre juifs et musulmans dans le Dâr al-islam.
Etant donné que les distances géographiques comme les différences culturelles ou spirituelles s'amenuisent chaque jour davantage, la distinction entre soufisme d'Orient et soufisme d'Occident a-t-elle encore un sens ? Le second en arrive maintenant à féconder le premier, puisque l'on voit des maîtres ou des mudaddems rattacher à leur voie des disciples "orientaux". A l'inverse, des cheikhs d'origine orientale vivent désormais en Occident. Par ailleurs, il existe un soufisme occidentalisé en Orient, c'est-à-dire se vivant selon une problématique et une mentalité occidentales. On pourrait donner des exemples en Egypte, en Turquie, ou au Maroc. Selon toute vraisemblance, le soufisme ne sera bientôt plus ni d'Orient ni d'Occident, lâ sharqiyya wa lâ gharbiyya3. Peut-être même ne sera-t-il plus une discipline pour l'élite spirituelle - ce qu'il a globalement été jusqu'à maintenant - mais une valeur partagée par des êtres encore conscients.

Bibliographie :
1 - Dans la taverne de la ruine - Manuel du Soufisme traditionnel, Cabrières d'Avignon, 1997, p. 21.
2 - Voir le constat dressé par T. Zarcone (Les Voies d'Allah, Paris 1996, p.377-378).
3 - Cf. le " Verset de la Lumière ", Coran 24 : 35.

Fusus Al-hikam: 'Of the Divine Wisdom (al-hikmat al-'ilahiyah) in the Word of Adam', Ibn Arabi
Understanding Religion and Religious Understanding: Four Classical Muslim Thinkers, James Morris
Ibn Arabi in the "Far West", James Morris
Ibn Arabi's Messianic Secret: from the Mahdi to the Imamate of Every Soul, James Morris
Discovering the Divine Comedy: Eschatology and Spiritual Realisation in Ibn Arabi's "Meccan Illuminations", James Morris
Ibn ‘Arabi’s “Esotericism”: The Problem of Spiritual Authority, James Morris
Theophany or “Pantheism”?: the Importance of Balyânî’s Risâlat al-Ahadîya, James Morris
Spiritualité et Libération Intérieure, Eric Geoffroy
L'Universalisme de l'Islam, Eric Geoffroy
L'Islamite du Soufisme et son Apport à la Spiritualité Universelle, Eric Geoffroy
Le Pluralisme Religieux en Islam, Eric Geoffroy
L'Islam et l'Abrahamisme, Eric Geoffroy
La Direction Spirituelle en Islam, Statut et Fonctions du Maitre Soufi, Eric Geoffroy
L'Apophatisme chez les Mystiques de l'Islam, Eric Geoffroy
Le Dépassement de la Raison dans le Soufisme : Doctrine et Méthode, Eric Geoffroy
Pour une Approche Pluridimensionnelle de l'Objectivité Scientifique, Eric Geoffroy
Le Dévoilement Intuitif (kashf) et l'Inspiration (ilham) : Enjeux et Débats dans la Cuture Islamique Médievale, Eric Geoffroy
La Mort du Saint en Islam, Eric Geoffroy
De l'Influence de Ibn Arabi sur l'Ordre Shadhilie Egyptien, Eric Geoffroy
Le Rayonnement Spirituel et Initiatique de Sidi Abu Madhyan, Eric Geoffroy
Une Grande Figure de Saint Ummî : le Cheikh ‘Alî al-Khawwâs, Eric Geoffroy
Le Soufisme d'Occident dans le miroir du Soufisme de l'Orient, Eric Geoffroy
Le Rayonnement Spirituel de Cheikr Al Alaoui en Occident, Eric Geoffroy
Les hommes de religion dans le Moyen-Orient ayyoubide et mamelouk, Eric Geoffroy
Renaitre dans les autres Mondes, Renaud Fabbri
Note sur la Science des Lettres et le Triangle de l'Androgyne, Renaud Fabbri
Autochthony and the Symbolism of Islamic Prayer, R. Blackhirst
Christianisme et Islam, Samir Hariche

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Revue périodique académique publiée par la Faculté des Lettres et des Arts - Université de Mostaganem, Algérie.

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 Arctic Monkeys (Fake Tales of San Francisco): Fake Tales of San Francisco/Echo through the room/More point to a wedding disco/Without a bride or groom/There's a super cool band yeah/With their trilbys and their glasses of white wine/And all the weekend rockstars in the toilets/Practicing their lines//I don't want to hear you/(Kick me out, kick me out)/I don't want to hear, you know/(Kick me out, kick me out)/I don't want to hear you/(Kick me out, kick me out)/I don't want to hear you/I don't want to hear your...//Fake Tales of San Fransisco/Echo through the air/And there's a few bored faces in the back/All wishing they weren't there//And as the microphone squeaks/A young girl's telephone beeps/Yeah she's dashing for the exit/And she's running to the streets outside/ Arctic Monkeys (i bet you look good on the dance floor): Stop making the eyes at me, I'll stop making the eyes at you/And what it is that suprises me, is that I don't really want you to/And your shoulders are frozen (cold as the night)/Oh but you're an explosion (you're dynamite)/Your name isn't Rio, but I don't care for sand/Lighting the fuse might result in a bang, with a bang-go!//I bet that you look good on the dancefloor/I don't know if your looking for romance or.../I don't know what ya looking for/Well I bet that you look good on the dancefloor/Dancing to electro-pop like a robot from 1984/From 1984!//I wish you'd stop ignoring me, because you're sending me to despair/Without a sound yeah you're calling me, and I don't think it's very fair/That your shoulders are frozen (cold as the night)/Oh but you're an explosion (you're dynamite)/Your name isn't Rio, but I don't care for sand/Lighting the fuse might result in a bang, with a bang-go!//I bet that you look good on the dancefloor/I don't know if your looking for romance or.../I don't know what yaou're looking for/Well I bet that you look good on the dancefloor/Dancing to electro-pop like a robot from 1984/From 1984!//Oh there ain't no love no, Montagues or Capulets/Just banging tunes 'n' DJ sets 'n'/Dirty dancefloors and dreams of naughtiness!//I bet that you look good on the dancefloor/I don't know if your looking for romance or.../I don't know what yaou're looking for/Well I bet that you look good on the dancefloor/Dancing to electro-pop like a robot from 1984/From 1984! You might have seen the new video for the single
 france culture
les belles captives france culture a l'ecoute de l'institut du monde arabe Sharam Nazeri est né à Kermansha, en 1950, dans le Kurdistan iranien, dans une famille où la musique occupait une très grande place.Initié par son père, il participe dès l'âge de huit ans à des réunions soufis où il chante des poèmes du grand mystique persan Mevlana Djallaleddin Rûmi, fondateur de l'Ordre des Derviches Mevlevi.A l'âge de onze ans, ayant commencé l'étude du Radif, le complexe et ancien corpus de chants et musique ancienne iranienne, il fait ses premières apparitions à la télévision.Sharam Nazeri a été le disciple de certains des plus grands maîtres de la musique persane du siècle écoulé, tels que Abdollah Davani, Nourali Boroumand, Mahmood Karimi.En 1975, il remporte le premier prix de chant du plus prestigieux concours de musique traditionnelle d'Iran.Artiste vénéré dans son pays, ce chanteur doué d'une voix hors du commun - on l'appelle le rossignol persan - est un être totalement dédié à son art, vivant à l'écart des modes et des attraits faciles de l'agitation urbaine, bien que vivant à Téhéran.Homme d'une grande exigence, investi d'une façon très aigu de la portée spirituelle de la musique, il réduit ses concerts publics et ses enregistrements au minimum et s'entoure d'un très petit nombre d'élèves et de disciples. Sa voix chaude et profonde, aux accents parfois déchirants, chante, à travers les textes des grands poètes mystiques tels que Rûmi, Hafez ou Saadi, la quête de l'homme vers le Divin et sa soif inextinguible d'Amour et de Lumière.Au sein de son petit ensemble traditionnel, dans lequel il joue volontiers du Daf, le tambour sur cadre souvent utilisé dans la musique rituelle du Samà soufi, entouré par ses musiciens virtuoses, au Zarb, et au Tar, Sharam Nazeri, qui est l'un des artistes majeurs de la scène de la musique iranienne aujourd'hui, se produit dans le monde entier. Liu Fang est une virtuose du pipa - luth chinois - et de la cithare guzheng. Née à Kunming dans la province du Yunnan, elle donne son premier concert à l'âge de 9 ans et obtient plusieurs distinctions provinciales et nationales. Après avoir obtenu un diplôme du conservatoire de Shanghai en 1993, elle s'installe au Canada, entame une brillante carrière internationale et édite 4 disques. Le parcours de Liu Fang est remarquable : En plus d'être l'interprète de nombreuses compositions inédites, comme celle de R. Murray Schafer ou Melissa Hui, elle a également collaboré avec des musiciens traditionnels indiens, syriens, japonais, vietnamiens. Ainsi son jeu s'est enrichi de techniques et sonorités d'horizons divers, tout en restant fidèle à la tradition. A l'écoute de Liu Fang, on se rappelle que le luth fut un instrument itinérant entre moyen et extrême Orient mais aussi le compagnon des caravaniers de la route de la soie. Liu Fang s'est également produite en tant que soliste avec des ensembles comme le Moravia Symphony Orchestra à Prague, le Nouvel Ensemble Moderne et la SMCQ à Montréal, le Quatuor Alcan string à Québec, le Quatuor Paul Klee en Italie. Le destin du Luth piriforme n'a jamais été mieux servi que sous les doigts de cette musicienne pleine de grâce dont le talent est aussi libre dans la virtuosité que dans les inflexions expressives les plus délicates. radio chine interna'ional

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(dieu contre nature)

serie de cliches
pris sur l'itineraire
la seconde bobine prise au pakistan est consultable ici.
note: je disposais d'un appareil simple click sans reglage et d'un film noir et blanc tres bon marche achete en hindustan a madras (une roupie pour un cliche). je vous prie donc beaucoup de condescendance.

voici aussi ici les premiers cliches de notre court voyage en chine.
je fais aussi de la vente d'organe, si vous etes interesse par un oeil ou autre chose, contactez moi, cela reste negociable.
garycooper_35@hotmail.com
 
Current Location:
Grenoble
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laid dit triste
«Elle est plus que bienvenue, cette passerelle!» La passerelle Simone de Beauvoir, à Paris, est enfin ouverte au public. Les piétons peuvent désormais franchir la Seine entre le Parc de Bercy et la Bibliothèque Nationale de France. Par Thomas Rossi LIBERATION.FR : Jeudi 13 juillet 2006"My research interests lie primarily in the fields of existentialist thought and fiction and prison narratives. My current projects include work on the representation of carceral space, narrative authority in prison memoirs, and also the question of space, travel and tourism in the writings of Jean-Paul Sartre and Simone de Beauvoir.''
Amanda-jayne Crawley-Jackson
(enseignante)
jean-paul sartre et simone de beauvoir pendant l'entre-deux-guerres

"de toute facon je serai la, pas loin, souvent aux carrelets chinois,
tu connais mon rythme de vie..."
Muriel Valmont (photographe)


Xia Ye [feuille d'ete] (musicienne)