decrire

"L’unité du monde apparaît dans l’unité des conditions oppressives d’aujourd’hui: sa crise est également unitaire. Partout cette unité fondamentale de l’aliénation se traduit en ségrégations, en divisions, en incohérences, en contrôles tâtillons (le contrôle de l’art rejoint nécessairement le contrôle général du pouvoir, à mesure que les idéologies en même temps s’affaiblissent et, par doses toujours plus massives, doivent "programmer" chaque détail de la vie). [...] Notre jugement est désabusé parce qu’il est historique. Tout emploi, pour nous, des modes de communication permis, doit donc être et ne pas être le refus de cette communication: une communication contenant son refus ; un refus contenant la communication, c’est-à-dire le renversement de ce refus en projet positif. Tout cela doit mener quelque part. La communication va maintenant contenir sa propre critique. [...] S’il faut faire face, avec des "modèles", aux "modèles" qui sont aujourd’hui les points de convergence de la pensée technocratique (que ce soit la concurrence totale ou la planification totale) notre "modèle" est la communication totale. Que l’on ne nous parle plus d’utopie. Il faut reconnaître là une hypothèse qui, évidemment, n’est jamais réalisée exactement dans le réel, pas plus que les autres. Mais nous tenons nous-mêmes son facteur complémentaire avec la théorie du potlatch comme expression irréversible. [...] En fait, la racine du manque d’imagination régnant ne peut se comprendre si l’on n’accède pas à l’imagination du manque; c’est-à-dire à concevoir ce qui est absent, interdit, caché, et pourtant possible, dans la vie moderne."
guy debord.
en lignes:
Panorama intelligent de l’avant-garde à la fin de 1955
Pourquoi le lettrisme? 1955
Introduction à une critique de la géographie urbaine 1955
Projets d’embellissements rationnels de la ville de Paris 1955
la theorie de la derive 1956
Theses sur la revolution culturelle 1958
Sur l’emploi du temps libre 1960
Le Questionnaire de l’I.S. 1964
La société du spectacle 1967
Bibliographie sur le situationnisme
guy debord cineaste, le site

[the morning jacket, z, WORDLESS CHORUS] SO MUCH GOIN ON THESE DAYS - FORGET ABOUT INSTINCT - IT'S NOT WHAT PAYS. PLEASURE - UP AND DOWN MY SMILE: 1. A CARTON OF EGGS THINK. 2. IT'S ALL WORTHWHILE. TELL ME SPIRIT - WHAT HAS NOT BEEN DONE? I'LL RUSH OUT AND DO IT. OR ARE WE DOIN IT NOW? WORDLESSCHORUS. FISSURE IS THE THRILL OF THE DAY - FORGET ABOUT FEELING - THAT'S NOT WHAT PAYS. BUT YOU KNOW - ALL OF THIS CAN CHANGE. REMEMBER THE PROMISE AS A KID YOU MADE. WORDLESSCHORUS. WE ARE THE INNOVATORS. THEY ARE THE IMITATORS. COME ON - HEY DON'T YOU KNOW HOW WE STARTED... WE FORGOT ABOUT LOVE - BUT WEREN'T BROKENHEARTED. WORDLESSCHORUS. Soeurs d'espérance//Par Paul Eluard/////Soeurs d'espérance ô femmes courageuses/Contre la mort vous avez fait un pacte/Celui d'unir les vertus de l'amour//O mes soeurs survivantes/Vous jouez votre vie/Pour que la vie triomphe//Le jour est proche ô mes soeurs de grandeur/Où nous rirons des mots guerre et misère/Rien ne tiendra de ce qui fut douleur//Chaque visage aura droit aux caresses.////- France, 1948 -//Ce poème provient du recueil intitulé

 



ecoutez jean-paul belmondo par the temporary thing (andrew gleason)
"total, une histoire d'amour..." in pierrot le fou.

«Une perversion de l'information»
Directeur de recherche au CNRS, Dominique Wolton s'insurge contre la marchandisation de l'information.
Par Christophe ALIX jeudi 04 août 2005 (Liberation.fr - 17:48)

Que vous inspire cette communication made in Orange?
D'abord c'est un contre-sens complet de faire payer une information comme cela. Les choses se disent gratuitement, pour tous, pas en exclusivité à un un opérateur de télécommunications. Deuxième information, annoncer son retour sur un site Internet n'est pas plus démocratique, tout le monde n'y a pas accès.
Les opérateurs mobiles peuvent-ils devenir des sources d'informations?
Orange n'est pas un média, pas un opérateur de presse, ni l'AFP. Ce genre de choses relève d'une perversion de l'information et est une grave entorse à la déontologique classique de la presse. Cet exemple de débordement de l'information par le marché est révélateur d'un phénénomène qui s'accentue de plus en plus. Après Orange, pourquoi pas demain un média Areva ou Total, première entreprise de France?
Sport, les médias sont-ils les maîtres du jeu? Avec Frédéric Bolotny. Comment remettre en cause cette évolution?
Il faudrait mettre au point une sorte de convention internationale de même nature que celle sur les prisonniers de guerre qui serait signée par les grands acteurs de la presse, les Etats et les organisations internationales comme l'ONU ou l'Unesco, etc. Cela ne résoudrait pas tout, loin de là, mais cela contribuerait au moins à fixer un cadre général pour tous et à poser des garde-fous. Le diamant pour tous aujourd'hui, c'est l'information mais il faut le protéger. Tout n'est pas une marchandise.


depeche (agence fourchet pierre) 28/09/2005 4:00
suite a des coupes budgetaires operees a l’irresponsabilite des bienheureux, la choativite du blog va etre endommagee et surtout sa maintenance releguee a des heures tardives le week end ou aleatoirement et parcimonieusement en semaine. je vous prie de pardonner. cela permettra sans doute aux integristes de ne plus se formaliser sur le caractere archiviste de celui-ci...

ce tableau est a vendre, veuillez me contacter si vous etes interesses Réseau terroriste ch. webmaster: Al-Qaeda recruterait dans les domaines de la production vidéo, de l'édition, et de la couverture éditoriale.
Par LB jeudi 06 octobre 2005 (Liberation.fr - 17:19)

l'annonce a été mise en ligne sur le site Internet du Asharq al-Awsat, un journal islamique basé à Londres: Al-Qaeda a "des besoins en personnel" dans les domaines de la production vidéo, de l'édition, et de la couverture éditoriale pour se faire l'écho de l'action des "militants" en Irak, dans les Territoires palestiniens, en Tchétchénie et dans d'autres zones où elle est active. Selon l'agence Reuters qui rapporte jeudi l'information, le journal précise que le "Global Islamic Media Front", une "agence de communication en ligne liée à Al-Qaeda", contactera les personnes intéressées par email. Mais l'article ne précise pas yemen210906.jpg comment manifester son intérêt pour cette proposition. Il n'est pas non plus fait mention du montants des indemnités envisagées pour la fonction.
L'annonce, qui peut aussi se révéler être un canular, ne se retrouve pour l'instant sur aucun des autres sites liés à Al-Qaeda ou à des groupes affiliés. Mais le "Global Islamic Media Front" semble très actif actuellement. Selon l'AFP, il vient ainsi de lancer sur l'Internet un bulletin vidéo d'informations hebdomadaire sur leurs "exploits" et les "atrocités" commises, selon eux, par leurs ennemis. Cette même "enseigne" avait produit "Top Ten", un film diffusé en août portant sur une sélection de dix attaques
anti-américaines en Irak.

Poste un peu trop restante (Reuters) - Vendredi 14 juillet 2006 - 11:01 Chaire de l'IMA : Al-Andalus, ou l'invention d'une Europe différente//L'Abencérage et la belle Jarifa : un couple maure à la conquête de l'imaginaire européen//Une conférence donnée par André Stoll, professeur de littératures et cultures romanes à l'Université de Bielefeld. Egalement directeur d'études à l'E.H.E.S.S. et visiting scholar à Harvard, André Stoll étudie les liens qui se sont tissés entre l'Europe et l'Orient, du XVe au XXe siècle, et effectue des recherches dans le domaine de la diversité culturelle, littéraire et artistique dans la France, l'Italie et le monde hispanique. Il a notamment écrit Averroes dialogado (Kassel, 1998) et La Creatividad femenina en el mundo barroco hispánico (Kassel, 1999).
 La police a découvert dans la cave d'un postier berlinois de 36 ans 90 cartons remplis de milliers de lettres non distribuées dont certaines remontaient au mois d'avril, rapporte vendredi le journal Bild.
Le postier s'est défendu en arguant qu'il était débordé par le volume de courrier qui lui était confié par la Poste et qu'il avait stocké chez lui toutes ces lettres en attendant de les distribuer plus tard avec des amis.
Il sera poursuivi pour violation de correspondance.




sondage

sondage, commentaires et vote
!!!!acces a internet pour les prisonniers!!!!
«On le sait mais on ne voit jamais de photos»
«Ceci n’est pas une prison», mais un centre de rétention d'étrangers sans papiers. Visite de l'expo avec Olivier Aubert, reporter et photojournaliste. (Par Alexandra Bogaert et Hervé Marchon).

Libération ne peut être tenu responsable du contenu de ces liens.
nous sommes pris de torpeur et de honte au sort des skwateurs de paris, nous sommes aussi sous le coup d’une deferlante de mauvaises raisons au sujet des delocalises, immigrants, pauvres, ou bien encore entreprises toujours plus a la recherche de profits gagnes sur le prix du travail, aujourd’hui je m’interroge moi aussi, egoistement comme victime car voila, je me demande surtout a propos de ce droit, de mon droit a se plaindre.
c’est une histoire assez simple: vous tombez par hasard sur une annonce, vous cherchez un logement, et l’annonce d’un promoteur, appelons-le surouj, vous propose un apartement de 50 mo, gratuit, disponibilite immediate, avec juste le probleme d’avoir pour seule fenetre un miroir. les services sont bons, gardiennage, laverie, assistance et meubles, il y a meme l’eau chaude (et le compteur est hors d’usage), vous etes pres de vos activites regulieres, le supermarche est un peu loin mais avec les transports… vous emmenagez, et puis vous decidez de changer un peu la deco, vous dechirez les vieux papiers peints,
le bois du sol grince, vous l’arrachez, et la, dessous, surprise, vous decouvrez: des braises encore fumantes, non; une centrale nucleaire, non; une maison close, oui juste une maison close mais des lors il vous vient a l’idee de justement ne plus pouvoir avoir d’idee sans sentir venir s’y glisser une d’abord douce et delectable, puis frustre et detestable piraterie du bonheur.
je trouve un joli message avertisseur sur un de mes sites familiers, et je continue a m’interroger, moi, sur cet appartement, les murs, en grattant l’enduit deja surement saturnien, se sont reveles etre une (pardonnez le cliché) toile d’araignee, et les chambres a cote sont a votre vue comme d’avoir seulement a ouvrir les yeux. puis la fatigue, les cris aidant, meme vos reves, votre sommeil sont investis d’images (pardonnez l’onomatopee) obscenes. vous hesitez encore, poliment, ne sachant pas si tous les voisinages se ressemblent, si le promoteur est aussi proprietaire de celui-ci, si il ne sert pas de bouc emissaire, a juste cacher cette activite generalisee maintenant a ces yeux; mais si c’est deja trop, il vous vient l’envie, après le degout plusieurs fois reveille par l’etrangete de votre propre volonte (sic), de poser une bombe, de tout sacrifier au nom du capital, de departiciper le ridicule d’etre consommateur et habitant du village. mais vous savez etre responsable, vous nier la colere comme votre jouissance. pourtant la police des opinions vient faire une descente chez vous, vous la prenez pour la brigade des moeurs, elle vous passe les menotes, une cagoule dedigitaliseuse sur la tete et vous (r)enmene au poste, vous avez pourtant besoin d’un long sejour naturaliste en plein desert.
alors…

le tribunal revolu'ionnaire de la semaine: avec Jean-marie Colombani...
alors, vous essayez durant les premieres heures de garde a vue de solidariser l’etude d’une gouvernance de la necessite.
mer si.

 
appel d'offre

  a seule ame male est comme,

j'ai ete contacte a plusieurs reprises pour chanter dans des restaurants.
je ne dispose d'aucune piste ici, ni meme de cd ou de mp3.
je vous demande de l'aide:
je vous prie s'il vous plait de consulter la playlist et de me meler les fichiers mp3 des morceaux concernes.

merci.

besmillah.
mohammed ibrahim noor,
pierre.
Samedi 19 janvier 2008

Par François Cusset Publié le lundi 14 janvier 2008

Sous forme de tribune [1], nous publions ci-dessous, avec l’autorisation de l’auteur (et avec des sous-titres de notre choix), un « Intermezzo » extrait de l’ouvrage de François Cusset La Décennie. Le Grand cauchemar des années 80 (La Découverte, octobre 2006). Avant de débattre avec son auteur, jeudi 31 janvier 2008, lors d’un Jeudi d’Acrimed à Paris sur le thème suivant « Le cauchemar médiatique des années 80 : extase télévisuelle et cynisme éditorial » (Acrimed).

« Les nouvelles guerres ont ceci d’extraordinaire que grâce […]
à la télévision, elles font vivre plus de gens qu’elles n’en tuent ».
Patrick Sébastien.

Difficile de raconter la France des années 1980 sans raconter sa télévision. Rien de plus ambivalent, pourtant, que le statut de la télévision dans une telle histoire : transparente et opaque, elle est à la fois ce qui nous montre l’idéologie des années 1980 en train de se faire, ce qui nous montre le monde du point de vue des pouvoirs, et ce qui en dissimule les mécanismes, ce qui produit non seulement mensonges et propagande mais, plus largement, la fiction d’un pur spectacle sans metteur en scène ni même de monde extérieur.
La télévision, fenêtre sur le pouvoir, est l’écran diaphane par lequel observer au plus près la production d’un discours et d’une vision du monde. Tout en étant, miroir déformant, ce qui fait écran à une juste compréhension du monde, ce qui le déréalise et l’éloigne toujours plus. Elle est l’écran de cette décennie-là, écran de contrôle autant qu’écran de fumée. Car elle est d’un côté le parfait reflet de tout ce qui s’y joue, à commencer par la transformation de la télévision aux mains de la génération soixante-huitarde dominant partout ailleurs — et qui en a fait l’instrument majeur de son pouvoir, de Bernard Tapie à Pierre Lescure, Bernard Kouchner à la productrice pionnière Pascale Breugnot. Et elle est en même temps l’inflation, l’exagération, la déformation sélective de tout ce qui s’y passe.
La révolution de la télévision
C’est que les années 1980 sont aussi celles de la révolution de la télévision française, qui prend une place, au fil de la décennie, qu’elle n’avait jamais eue, tant dans la vie politique, économique et culturelle qu’au cœur de l’existence quotidienne des Français. Elle passe devant la presse magazine pour les recettes publicitaires dès 1983 (quand les spots sont autorisés sur FR3), imposant à la presse écrite sa concurrence et bientôt ses méthodes. De 1980 à 1989, voit le taux d’équipement des foyers en téléviseurs passe de 44 % à 85 % (et pour les magnétoscopes, de 1 % à 31 %), l’offre de programmes décuple presque (avec au moins quatre chaînes de plus), la diffusion de ses produits dérivés hebdomadaires (de Télé-7 jours à Télé-poche) double pour atteindre bientôt près de 30 millions de Français, et la durée moyenne passée chaque jour devant le petit écran augmente de plus d’une heure.
Une telle évolution se poursuivra bien sûr au-delà des années 1980, au point qu’aujourd’hui, avec 77 300 heures passées devant la télévision pour une durée de vie moyenne, soit plus de huit ans, elle est devenue la principale occupation des Français (le phénomène est bien sûr identique à l’étranger), devant le travail et juste derrière… le sommeil. Cette explosion horaire s’est accompagnée d’une segmentation de plus en plus fine de la journée, qui a permis à la télévision de coloniser l’après-midi (la continuité de programmes est assurée dès 1982), le début de matinée (Télé-matin commence en 1986), et bien entendu la soirée et le début de soirée — que les experts nomment, dès 1984, le prime time et l’access-prime time.
Ainsi sa puissance est-elle d’abord quantitative. Son pouvoir est même celui d’une seule mesure chiffrée. En 1981, l’arrivée de la gauche au pouvoir est beaucoup moins décisive, en ce sens, que la mise au point d’un dispositif audiométrique tenant dans un petit boîtier branché sur le poste : c’est l’invention d’un système de mesure passive de l’audience - l’audimat – autrement plus efficace que les questionnaires d’évaluation utilisés jusqu’alors par le Centre d’étude de l’opinion. La production de contenus télévisés ne dépendra plus, dès lors, que d’un seul argument, qui est déjà d’usage courant à cette époque dans toutes les industries culturelles, mais dont le petit écran va faire l’unique règle intangible de la vie nationale : le plébiscite de l’audience, le succès chiffré de tel ou tel programme. Puisque la majorité ne saurait avoir tort, le boîtier en question invente l’incontestable jugement populaire, et la légitimation populiste, de l’offre télévisuelle.
Les intellectuels qui se lancent dans la carrière au même moment en savent quelque chose : critiquer sa récente prestation télévisée à « Apostrophes », se défend Bernard-Henri Lévy dès juillet 1977, reviendrait à mépriser les « simples gens » qui ont choisi de la regarder, et qu’il faut enfin libérer de l’élitisme jaloux ou de l’académisme d’arrière-garde qui leur interdisent encore l’accès aux « idées [2] ». Un tel chantage tiendra lieu désormais de seule justification, et souvent de seule réflexion sur l’impact du petit écran. Car malgré la pléthore d’essais sur le sujet, l’Hexagone peine alors (et toujours) à penser sa télévision, à produire la théorie de ses reflets télévisuels. Il faut dire qu’en France, la critique de la télévision, diabolisante ou condescendante, celle des marxistes ou celle de l’élite culturelle, a longtemps dominé la question. Et elle se prolonge au cours de la décennie 1980 dans le discours « téléphobe » récurrent de la caste intellectuelle — qu’il s’agisse de reprocher au petit écran le nivellement de toutes nos valeurs, chez Finkielkraut, la déchéance des liens collectifs et de l’esprit critique, comme chez le sociologue de la communication Lucien Sfez, ou plus classiquement la seule « dictature de l’audimat », titre d’un essai de Noël Mamère, lui-même ancien présentateur passé à la politique chez les Verts [3].
Mais au milieu des années 1980, une position « postcritique », ou « empirique », élaborée au CNRS et dans l’université, s’impose peu à peu face à ce moralisme téléphobique, en pêchant cette fois au contraire par angélisme téléphilique : des spécialistes des médias comme l’économiste Jean-Louis Missika et le sociologue Dominique Wolton, proches des pouvoirs d’État (celui-là a dirigé le service de presse de Matignon, et celui-ci divers rapports gouvernementaux), analysent la télévision comme un « nouvel espace public », une démocratie vulgaire mais juste, la nouvelle « télévision de société » (et non plus d’État) courant simplement « les risques du pluralisme [4] ». On postule ainsi une relative neutralité du médium télévision, et applique à son cas des idées de Tocqueville ou de Raymond Aron sur les paradoxes de la démocratie, avancées pourtant bien avant l’âge de la télévision — parallèlement à l’essor des savoirs experts sur le petit écran, son audience, sa programmation, son économie, qui voient exploser ce que Gérard Genette nomme le « médialecte », jargon de praticiens largement importé des États-Unis. Mais en face, la télévision, au nom de la noble exigence de l’Esprit, ou de la nostalgie des hiérarchies culturelles de jadis, est au contraire l’occasion d’exprimer une véritable répugnance pour la démocratie. Car l’écœurement des clercs devant la déferlante d’émissions bas de gamme et de séries américaines, de l’irruption de Dallas en 1982 jusqu’aux prémisses de la télé-réalité, est davantage un haut-le-cœur devant l’irréductible « vulgarité » du peuple, celui qui regarde ou celui qui s’exhibe, qu’un dégoût plus critique face aux dispositifs cathodiques — comme on l’a vu encore à propos de « Loft Story ». Pris entre la haine du grossier petit écran et l’éloge de la démocratie télévisuelle, ces dispositifs n’ont finalement jamais été pensés en tant que tels, du moins jusqu’à une période très récente : ni la stratégie des programmateurs, ni les mécanismes de l’image, ni l’agencement scénique et politique des talk-shows n’ont fait l’objet en France d’études sérieuses au cours des années 1980.
Ils l’auraient pourtant mérité, compte tenu de la métamorphose que subit d’un bout à l’autre de la décennie l’offre télévisuelle française. Des années 1970 aux années 1990, la télévision n’est plus la même — elle n’est plus la lucarne, mais le cadre général. En 1980, l’enterrement de Sartre et les foules qu’il attire sont l’objet d’une séquence du Journal télévisé. En 1990, le dixième anniversaire de sa mort est l’occasion d’une « nuit Sartre » sur Antenne 2, présentée en direct du Café de Flore par Frédéric Mitterrand. À la fin des années 1970, la France s’entiche d’une vieille paysanne normande vantant une marque de machine à laver. En janvier 1989, la disparition à Saint-Hymer de Jeanne Denis, 95 ans, suscite un deuil national. Sous Giscard, la soirée parisienne séparait ceux qui la passaient devant le petit écran, avec pour vedettes d’alors les peu glamour Denise Fabre, Léon Zitrone et autre Roger Gicquel, et les habitués du Palace et des Bains-Douches préférant les pistes de danse aux chaînes publiques. Sous Mitterrand, les premières émissions de minuit de Thierry Ardisson le samedi soir permettent à 2 millions de Français d’explorer sans se déplacer la faune des Bains ou du Shéhérazade, discothèques parisiennes où sont tournés respectivement « Bains de Minuit » et « Lunettes noires pour nuits blanches ».
Avant 1981, le journaliste chargé d’interviewer les plus hauts personnages de l’État leur servait avant tout de faire-valoir, une règle du jeu qu’incarna longtemps le docile Michel Droit face au général de Gaulle. Au début de la décennie 1990, de Karl Zéro à Guillaume Durand, l’irrévérence complice et les questions (faussement) inquisitrices sont les seules règles des discussions de plateau avec des politiques. Au-delà, séries américaines et jeux télévisés ont proliféré, les émissions de plateau se sont entièrement renouvelées, l’audace et la provocation planifiées ont succédé à une placidité tranquille, et le strass et les paillettes, à la cravate et au col roulé.
En une quinzaine d’années, la télévision est passée de vision du monde en monde parallèle, autonome, cohérent. Elle a glissé de la foi dans les valeurs dominantes à la croyance dans sa seule puissance, ou pour parler comme Serge Daney, du « référentiel au référendum », de programmes renvoyant au monde extérieur en tant que référent, à des programmes ne renvoyant plus qu’à leur seul plébiscite par l’audimat. L’information télévisée, en effet, fut longtemps une branche abâtardie de la connaissance scolaire, et une vulgarisation des propagandes d’État. Elle est devenue, sous le nom d’« actualité », ce flux continu auquel tout le reste se rapporte. Elle est passée elle-même, en une décennie, du journaliste au présentateur, du documentaire au seul document (le scoop), du travelling qui contextualise au zoom qui focalise, et d’une démarche plus ou moins didactique à cette « proxémie phobique [5] », pour reprendre une autre formule de Daney, qui permet à la télévision à la fois de nous éloigner du monde et de nous le rendre effrayant — de produire continûment la peur.
Le meilleur exemple de cette fonction, dévolue désormais à l’information, de vecteur idéologique et de production de la peur est peut-être l’évolution de la représentation de l’Islam à la télévision française sur ces mêmes quinze années. Un regard qui se veut neutre et se dit « objectif », et qu’a passé en revue le chercheur Thomas Deltombe. En 1983, « Dimanche Magazine » oppose l’efficacité des chaînes de montage japonaises et les travailleurs immigrés de chez Renault avec leurs tentations « grévistes ». En 1987, l’émission « L’Islam en France » emboîte le pas, sous prétexte de les écarter, aux discours du Figaro Magazine sur l’immigration comme dissolution de l’identité nationale. En 1989-1990, une noria d’émissions juxtaposent de façon pernicieuse des questions sans rapport (la fatwa contre Salman Rushdie et le port du voile à l’école, le terrorisme et l’immigration) et intronisent des experts de l’Islam dont la liste ne variera plus, de Gilles Kepel à Bruno Etienne. Et au début des années 1990, le « Droit de savoir » sur TF1 et quelques autres magazines de reportages multiplient les faux témoignages (venus de « complices » de la chaîne, comme Rachid Kaci ou Mohammed Sifaoui), les montages biaisés, les images stéréotypées (femmes toujours voilées ou hommes toujours barbus et en groupe) sinon les bidonnages purs et simples [6] — si bien qu’après quinze ans de clichés télévisuels, les amalgames entre Islam et terrorisme, banlieue et violence, immigration et intégrisme religieux sont tout bonnement inévitables.
Ainsi la propagande n’est-elle plus la même qu’à l’époque où le ministre de l’Information du général de Gaulle, Alain Peyrefitte, pouvait présenter la nouvelle mouture qu’il avait imaginée du Journal télévisé. Car la télévision est passée, sous Mitterrand, du « tout État » au (presque) « tout privé ». La date charnière, ici, est moins la création de Canal + ou la vente de TF1 que l’inauguration de la Haute autorité de l’audiovisuel, le 31 août 1982, séparation officielle de l’État et de l’audiovisuel, comme la loi de 1905 avait séparé l’Église de l’État. Le tube cathodique distille dorénavant une idéologie d’ensemble, complète, protéiforme, réactionnaire et conviviale, liée à son financement publicitaire et à ses partenaires commerciaux, et qui n’est donc plus la seule vision des pouvoirs d’État. Cette évolution des programmes n’a été planifiée par aucune instance, et s’est faite aussi par tâtonnements, soumission aux caprices des uns et aux airs du temps. Aussi n’a-t-elle pas empêché la télévision des années 1980 de produire quelques anomalies au pays des Patrick (Le Lay, Sabatier ou Sébastien) — une poignée de programmes audacieux qui ont eu valeur de libertés de transition entre la télévision doctrinale d’État et la télévision idéologique de marché.
L’année 1982 en est l’archétype, pour l’expérience pionnière, fût-elle médiocre, du « Collaro-show », ou pour « Droit de réponse » de Michel Polac, dont la seule édition du 2 janvier (avec Renaud, Gainsbourg, Cavanna et l’équipe de Hara-Kiri, dont le professeur Choron insultant tout le monde) choquera davantage les élites bien-pensantes que dix ans d’émissions de Karl Zéro. C’est l’époque des « Enfants du Rock » de Pierre Lescure, bientôt des premières émissions intimistes de Pascale Breugnot (de « Moi, je » à « Psy-show ») qui débordent encore de quelques imprévus avant de devenir des dispositifs rôdés. C’est l’époque où Canal + invente pour ses premiers pas une langue et une conception nouvelles du divertissement télévisé. C’est même l’époque où l’on hésite encore à diffuser (on ne le fera finalement pas) France tour détour deux enfants, la série de douze petits films décapants sur la France de ce tournant de décennie commandée en 1977 à Jean-Luc Godard. Une télévision de transition encore amateure, riche de ses enclaves, empruntant ses discours au cinéma ou à la presse écrite, mais que les bouleversements du paysage audiovisuel français à partir de 1986 vont vite aligner sur le modèle italo-américain du divertissement généralisé.
Une nouvelle scénographie
Au fil de la décennie, la parole politique officielle à la télévision change radicalement : l’évolution de sa mise en scène télévisuelle est même un parfait résumé de la métamorphose en question. En mai 1982, Antenne 2 inaugure « L’Heure de vérité » de François-Henri de Virieu. C’est un passage bientôt obligé pour tous les ténors de droite et de gauche, mais que son interactivité nouvelle, assurée par le verdict final des téléspectateurs, et son atmosphère de « ring » (comme s’en émeuvent les invités soumis à l’épreuve) n’empêchent pas de maintenir un dispositif traditionnel : dialogue entre une personnalité politique et les professionnels de la presse parisienne, topographie du plateau reproduisant la hiérarchie sociale, rhétorique rationnelle et didactique sur le modèle du texte écrit. Mais dès la fin de la décennie, ce type d’émission, dont l’audience chute, sera déprogrammé ou repoussé plus tard dans la soirée. Une nouvelle scénographie de la parole politique s’impose alors : dispositif simplifié, thèmes plus moraux ou personnels qu’économiques ou sociaux, interlocuteurs ordinaires (téléspectateurs) ou atypiques (stars et provocateurs), parole intimiste et narrative, dûment « oralisée ».
Ce dispositif, quelques expériences pionnières lui servent de test, et de consécration. C’est d’abord le face-à-face informel entre François Mitterrand et Yves Mourousi (« Ça nous intéresse, monsieur le président »), qui donna lieu la première fois, début 1985, au numéro de séduction d‘un président à la page, maniant le verlan et le techno-jargon en vogue (il s’y dit plutôt « câblé » que « branché »). Il se dit même, signe qu’une logique intégralement spectaculaire organise déjà le rapport des politiques aux médias, que Mitterrand aurait accédé finalement à la demande de Mourousi pour avoir particulièrement apprécié son sketch polonais, quand il ouvrit le Journal télévisé, le jour de la visite à Paris du général Jaruzelski, en portant des lunettes noires et en saluant les téléspectateurs dans la langue de Waleza (« Dziendobry ! »).
On assiste aussi, au même moment, aux causeries télévisées mensuelles du Premier ministre Laurent Fabius. Plus tard, en mai 1990, celui-ci ira jusqu’à justifier son passage, en chemise rose et costume décontracté, sur le plateau très bas-de-gamme de « Si on se disait tout ? » de Patrick Sabatier, en expliquant au Nouvel Observateur qu’on ne rate pas une telle occasion de révéler la vérité de l’homme privé : « ce n’est pas de la variété […], [c’est] montrer le bonhomme, et plus seulement le politique, l’homme derrière le personnage [7]  ». Mais c’est dès 1985 aussi que certains politiques jugent opportun d’aller pousser la chansonnette en prime time, Lionel Jospin et François Léotard ouvrant le bal en allant chanter, respectivement, « Les Feuilles mortes » et « L’Ajaccienne » sur le plateau de Patrick Sébastien.
Le succès, en fin de décennie, de l’émission « Questions à domicile », qui montre le politique dans son décor intime et commentant sa vie quotidienne, achève ce processus d’« intimisation » de la parole politique — qui parle dès lors surtout la langue des médias. Plus qu’un parti ou un programme, c’est la télévision elle-même désormais qui s’exprime par la bouche des politiques qui y sont invités. Double essor télévisuel de la politique-intime et de la politique-spectacle qui explique aussi, au fil des années 1980, la banalisation des thèses du Front national, dont le leader agité et ses provocations régulières sont du pain bénit pour toutes les chaînes françaises.
En ce sens, la télévision est devenue en France le lieu par excellence de production de la politique, en y instaurant le jeu médiatico-électoral, la personnalisation de la vie publique et la règle populiste du plébiscite chiffré. Mais elle l’est devenue aussi par défaut, en rognant à ce point sur l’espace public traditionnel qu’elle en est désormais l’ultime ersatz, peut-être même la dernière scène démocratique. Une scène où le souci de justice n’est plus que la hargne contagieuse des petits procureurs, où le problème de la parole n’est plus que celui de sa mise en scène, et où la question de l’égalité est devenue celle du quart d’heure de notoriété de l’homme ordinaire. Et si elle a profondément altéré le jeu politique, la télévision a fait de même pour les univers artistique, littéraire, scientifique, juridique ou économique, qui à leur tour sont déterminés de l’intérieur par le plébiscite de l’audience et la reproduction divertissante d’un discours consensuel.
Pourtant, dans chaque cas, son impact consiste moins à dicter leur contenu à ces univers, à leur inspirer de nouveaux discours, qu’à simplement les formater. La grande affaire de la télévision est son effet de formatage, indissociable de la logique concurrentielle et publicitaire qu’impose le nouveau paysage audiovisuel des années 1980. Ce formatage relève grosso modo du théorème un peu fruste auquel se réfère, pour recruter ses collaborateurs, le patron Bernard Tapie, qui n’est donc pas devenu par hasard l’outsider le plus télégénique de la décennie : c’est sa « règle des trois 20 », soit « les 20 centimètres du visage, les 20 premiers mots, les 20 premières secondes [8]  ». Le format est aussi celui des différents usages des téléspectateurs en matière de changement de chaîne, la généralisation de la télécommande au milieu des années 1980 favorisant l’hyperfragmentation des programmes : il y a non seulement le zapping, mais aussi ses variantes mises à jour outre-Atlantique sous les noms de « zipping », « flipping », « grazing »…
Le format désigne également le rôle-clé du montage, qui est d’abord sélection, désorganisation et recombinaison du réel, et qui consiste surtout, comme le dit Pierre Bourdieu, à « cacher en montant [9]  ». Le format, c’est aussi celui, bientôt dominant, du talk-show, qui organise la parole selon quelques règles immuables : sa brièveté, ses petites variations, son extrême simplification, sa mise en scène physique et sonore, et l’embrigadement de ses énonciateurs — ceux qui dérogent en direct à ces règles de bonne communication sont d’ailleurs si rares, aujourd’hui comme hier, qu’en voir passer un à l’écran fait toujours figure de petit événement. Et le format le plus décisif est celui qu’impose à chaque émission le découpage de la grille de programmes en fonction des coupures publicitaires : à cette fragmentation obligatoire du flux des programmes, tout doit contribuer, le maintien d’un rythme continu mais aussi l’organisation de chaque section d’un programme (entre deux spots) comme une entité autonome, par sa théâtralisation, son suspense provisoire, sa temporalité propre. C’est cette même contrainte de format qui a imposé la pensée-minute dans le champ intellectuel, la petite phrase dans le jeu politique, ou encore partout ailleurs ces « débats d’idées » que la télévision annexe et qu’elle « [lance] comme des tubes », ainsi que le notait Daniel Schneidermann en 1989 : « Heidegger était-il nazi ? La France est-elle en déclin ? L’égalitarisme est-il condamné ? Un débat médiatique se reconnaît à ce qu’il appelle une réponse par oui ou par non. […] Au bout d’un certain temps, l’idée s’épuise d’elle-même, pressée jusqu’à la dernière minute. Il est temps de passer au débat suivant [10]  ».
Le format est bel et bien le facteur-clé. C’est ce qu’avait compris Régis Debray en 1979 lorsqu’il avançait, dans Le Pouvoir intellectuel en France, que le déclin intellectuel du marxisme et l’ascension à sa place d’un nouveau moralisme de la démocratie étaient moins le fait d’une guerre entre clercs opposés que des nouvelles règles audiovisuelles — auxquelles la morale démocratique est parfaitement ajustée, avec ses coups de force et ses petites phrases, là où le marxisme, lourd et explicatif, n’est plus adapté du tout à l’ère du petit écran.
Et c’est ce qu’avait compris BHL lui-même qui, malgré ses odes à la neutralité des médias, fut pris bientôt en flagrant délit d’optimisation scénique de sa télégénique présence : pour son « Grand Echiquier » sur Antenne 2, le 20 octobre 1985, il a tout organisé, commandant le décor à Andrée Putman, le mobilier à Starck, les œuvres d’art à César, un défilé au styliste Yamamoto, des chansons à Gainsbourg et Michel Boujenah, la lecture de ses textes à Sami Frey et jusqu’au passage amical « à l’improviste » de Raquel Welsh. « Vive le spectacle », disait-il déjà en 1980, prenant alors bien soin d’associer ce slogan provocateur à l’impératif catégorique de la morale antitotalitaire : « [surtout] quand, par le spectacle, nous devenons contemporains, immédiatement voisins, des charniers et des holocaustes [11] ». Que le spectacle pût les déréaliser, les banaliser, les normaliser même ne lui est jamais venu à l’esprit.
Et le format, enfin, est celui des postures spectatrices. C’est l’alignement invisible devant un même écran de corps plus ou moins absorbés, de corps reliés par leur seule léthargie, leur interpassivité en quelque sorte (par opposition à l’interactivité), des corps réunis seulement désormais par cette communauté d’écran. Une « télévision cérémonielle » les rassemble, du couronnement de la reine d’Angleterre au Mondial de Football, qu’ont analysée les chercheurs Daniel Dayan et Elihu Katz pour comprendre le rôle de ces « événements publics qui existent, mais n’ont plus besoin d’avoir lieu [12]  ». Cette posture du téléspectateur procède aussi d’une régression fusionnelle, intra-utérine, de ce que les psychanalystes appellent une « pseudo-sublimation » et une « forclusion paranoïde du réel » : l’abandon à un certain ordre imaginaire et le retour à l’enfance, chez le téléspectateur absorbé, lui permettent de substituer à une société qui fait peur l’illusion de la toute-puissance de son désir. Mais cette même posture renvoie aussi à l’intrusion par l’écran, au cœur du foyer, de l’autre et du lointain, cette « intrusion [de l’étranger] chez moi et par moi désirée » dont Jacques Derrida notait qu’elle renforce, en réaction, le désir d’être chez soi, de n’en plus sortir, et qu’elle s’oppose dès lors, presque symétriquement, à ce qu’il appelle l’« hospitalité [13] » : en ce sens, individualisme et xénophobie, méfiance et désabusement, ces traits connus des années 1980, sont peut-être des effets de la posture téléspectatrice beaucoup plus que d’une évolution sociologique ou idéologique spécifique.
Ces histoires de format rappellent aussi que la télévision doit son triomphe, en particulier pendant cette décennie-là, à sa totale absence de contenu propre, à sa dimension de communication pure, d’autant plus fluide qu’elle ne véhicule rien, sauf une fascination ravie — et l’autopromotion de ce vide par lui-même. La télévision n’a qu’une basse idée d’elle-même, comme en témoignent constamment ce mépris que lui vouent ceux qui la font (ce mépris qui est comme inclus dans l’image), mais aussi le mépris que se sentent obligés de lui adresser les téléspectateurs dans leur bonne volonté téléphobe : ils enragent en 1991 contre cette guerre par écrans interposés, mais ne manquent pas un seul détail de l’opération « Tempête du désert », et pesteront quelques années plus tard contre la vulgarité de « Loft Story », sans en rater bien sûr une seule journée.
Mais la télévision, ajoutent-ils aussitôt, apporte aussi la seule preuve valable de quelque chose, puisqu’elle nous le rend visible — vieille croyance tenace dans le statut du visible comme critère ultime de vérité. C’est qu’elle est, surtout, le seul méta-média, celui qui absorbe tous les autres, qui est vierge de tout contenu préétabli, et qui, en fin de compte, parle en continu avant tout de lui-même. C’est même ce cran-là, décisif, que fait franchir à la société française sa télévision des années 1980 : en exhibant moins un quelconque contenu que juste son propre enthousiasme télévisuel, elle ouvre un gouffre où tout semble appelé à disparaître.
À partir des années 1980, la télévision ne cessera plus de se raconter. Certes, la « réflexivité télévisuelle », comme l’appellent les chercheurs, a toujours existé, mais avant 1980, elle était encore didactique, liée à la participation du téléspectateur : des émissions des années 1970 comme « Vocations », « Boîte à malices » ou « Télétests » (qui invite à reconnaître, sur trois témoignages présentés à l’écran, les deux qui sont faux) pariaient chez le spectateur sur une certaine critique de la représentation, sur un jeu avec les codes narratifs du petit écran, sur un « éveil de la conscience téléspectatrice », comme l’espérait le pionnier Jean Frapat. À partir des années 1980, des émissions sur la télévision comme « Téléthèque », « Bonjour la télé » ou « Trente ans de télévision » ne véhiculent plus que l’amour cathodique et la nostalgie des vieux programmes, mais aussi, plus prosaïquement, la concurrence entre chaînes, qui déclinent ainsi, au second degré, leurs programmes-fétiches.
On montera d’un cran encore en 1992 avec la mort en direct de La Cinq, et ces semaines d’agonie au cours desquelles l’ex-chaîne à scandales s’est mise à parler d’elle-même, de sa naissance, de ses changements de propriétaire, de sa fin probable : cette fois, c’est sûr, « La Cinq est une personne [14]  ». La télévision est ainsi passée du statut de médium de contenu (fût-il biaisé) à celui de pur médium de séduction, allégée de tout bagage et entourée de l’aura que confère le narcissisme spontané — je parle de moi car je ne sais rien d’autre. Cette tentation est celle de tous les médias généralistes au cours de la décennie, de la radio à la publicité et même au journal Libération (avec ses numéros spéciaux sur lui-même, « Je t’aime moi non plus » ou « Les années Libé »). Mais la télévision en est l’unique source, et le modèle sans cesse renouvelé.
Pourtant, un autre scénario eût été possible — au vu des premières années expérimentales, des enclaves inventives, ou des usages plus locaux et plus engagés qu’on a pu faire ici et là, plus récemment, des ondes hertziennes ou satellite. Si la télévision est au cœur de l’idéologie 80, ne serait-ce que parce qu’elle ne cesse d’exhiber la servitude, celle des invités ou des victimes, des spectateurs ou des joueurs, elle aurait pu tout aussi bien être le lieu d’un travail critique sur ce tournant idéologique, comme quelques émissions ont bien tenté de le faire. Autrement dit, si la société télévisuelle des années 1980 est une société-écran, opaque à elle-même et faussement transparente, c’est moins le médium lui-même qui est en cause que l’usage qui en fut fait, un usage qui n’a plus cessé depuis lors de se généraliser.
Or, pour retrouver un usage critique possible de la télévision, il faut se souvenir que ses contraintes (ou ses limites) elles-mêmes peuvent être réappropriées, détournées, lui échapper. Il faut garder à l’esprit, contre le simplisme des téléphobes aussi bien que le cynisme des téléphiles, une distinction capitale, celle qu’avançaient en 1980 Gilles Deleuze et Félix Guattari entre « l’asservissement machinique », cette absorption de chacun dans le dispositif technique du pouvoir, et « l’assujettissement social », qui laisse la place à une certaine production de soi par les contraintes elles-mêmes du dispositif : on peut faire de la télévision une arme, en ce sens, si on la détourne du bain intimiste et narcissique où elle flotte depuis les années 1980, car « un peu de subjectivation nous éloignait de l’asservissement machinique, mais beaucoup nous y ramène [15] ». On a été trop longtemps asservis au petit écran, le temps est venu de ne lui être qu’assujetti — ce serait déjà ça.

[1] Les articles publiés sous forme de « tribune » n’engagent pas collectivement l’Association Acrimed, mais seulement leurs auteurs.

[2] « Réponse aux maîtres-censeurs », Le Nouvel Observateur, 11 au 17 juillet 1977.
[3] Lucien Sfez, Critique de la communication, Seuil, Paris, 1992 et Noël Mamère, La dictature de l’audimat, La Découverte, Paris, 1988.
[4] Jean-Louis Missika et Dominique Wolton, La folle du logis, La télévision dans les sociétés démocratiques, Gallimard, Paris, 1983.
[5] Serge Daney, Devant la recrudescence des vols de sacs à main, Aléas, 1999, pp. 176-177.
[6] Thomas Deltombe, L’Islam imaginaire. La construction médiatique de l’islamophobie en France, 1975-2005, La Découverte, Paris, 2005, notamment pp. 53, 75-76, 132-138 et 191-192.
[7] Cité in Le Nouvel Observateur, 24 au 30 mai 1990.
[8] Bernard Tapie, Gagner, Lafont, Paris, 1986 p. 124.
[9] Pierre Bourdieu, Sur la télévision, Liber-Raisons d’agir, Paris, 1996, p. 32.
[10] Daniel Schneidermann, Où sont les caméras ? Traité de la gloire médiatique, Belfond, Paris, 1989, p. 221.
[11] Le Monde, 20 janvier 1980 (entretien).
[12] Daniel Dayan et Elihu Katz, La Télévision cérémonielle. Anthropologie et histoire en direct, PUF, Paris, 1996.
[13] Jacques Derrida et Bernard Stiegler, Echographies. De la télévision, Galilée/INA, Paris, 1996.
[14] Virginie Spies, La Télévision dans le miroir. Théorie, histoire et analyse des émissions réflexives, L’Harmattan, Paris, 2004, p. 338.
[15] Gilles Deleuze, Mille plateaux, Minuit, Paris, 1980, p. 572.

Jeudi d’Acrimed
Jeudi d’Acrimed, le 31 janvier 2008, à 19 heures, Bourse du travail, 3 rue du Château d’eau 75010 Paris. Métro République.
« Le cauchemar médiatique des années 80 : extase télévisuelle et cynisme éditorial »
Avec François Cusset auteur de La Décennie. Le Grand cauchemar des années 80 (La Découverte, octobre 2006)

Médiatique autant qu’intellectuel ou politique, le grand cauchemar des années 80 qu’analyse François Cusset n’est pas terminé.
1987 est une date charnière. La privatisation de TF1 en 1987, mais aussi le lancement de France Info et de Voici (ainsi que l’achèvement de la transformation de Libération) amorcent un tournant médiatique et culturel, dont les effets, notamment politiques, se font encore sentir aujourd’hui.
Revenir sur ce passé et arpenter le trajet qui permet de comprendre cet aujourd’hui : tels seront les objectifs du débat proposé par Acrimed.


***

En guise de présentation, brefs extraits de La Décennie
« Ce samedi 4 avril vers 14h25, les téléspectateurs s’ennuient ferme devant les programmes de TF1. Ils ne remarquent qu’à peine, entre une série américaine et un documentaire animalier, une courte annonce faite à l’écran d’une voix monocorde : la première chaîne française vient d’être rachetée par le groupe Bouygues, géant mondial des travaux publics. […]
On peut penser que TF1 est devenu, sous sa houlette [celle de Francis Bouygues] , un cas d’exception au sein des grandes démocraties occidentales : celui d’une nation entière identifiée à une seule chaîne hertzienne (là où aucune chaîne ne domine aussi nettement les réseaux hertziens en Grande-Bretagne, en Allemagne et encore moins aux Etats-Unis), donc en dernier ressort à son propriétaire tout-puissant. Le cas unique, en quelque sorte, d’une forme avancée de nationalisme cathodique, ou plus exactement, car TF1 n’a pas le monopole en France du chauvinisme sur petit écran, d’une forme piteuse de vie intérieure nationale réduite à une seule chaîne de télévision. […] Et la télévision, à partir de 1987, n’est plus seulement ce qui parle en France mais aussi, partout, ce dont il convient de parler.[…]
C’est aussi l’époque où Serge July, ayant achevé la mue de Libération en quotidien de la gauche libérale, et fêté la privatisation de TF1 en titrant “ TF1 déchaînée, A2 enchaînée [1] ”, recule peu à peu l’heure de bouclage du quotidien du matin de 20h à 20h30, comme le raconte un ancien journaliste [2] : on regarde le JT avant de confirmer la « une » ou le « chemin de fer » (le déroulé des sections page par page) du journal. Ainsi le JT, qui s’est longtemps inspiré de la presse écrite, lui dicte-t-il désormais sa loi, puisqu’elle suivra servilement la fonction d’agenda (sélection des nouvelles pertinentes du jour, et ordre de leur présentation) propre à l’information télévisuelle.
[…] C’est également en 1987 que démarrent en France deux médias d’un genre nouveau, qui accélèrent la transition du simple flux à la pléthore d’informations. Le 1er juin à 7h du matin, commence d’émettre France Info, la dernière-née du groupe Radio-France et le média pionnier dans l’Hexagone pour l’information en continu : shopping ou embouteillages seront vécus désormais au rythme lancinant de ses nouvelles en boucle, avec un journal toutes les sept minutes. Et le groupe allemand Prisma d’Axel Ganz lance le 28 novembre le premier numéro de l’hebdomadaire Voici, inventant un créneau particulièrement juteux entre les chroniques à l’ancienne de la vie des princes et une presse people sans contenu rédactionnel. »

[1] Libération, 15 mai 1986.
[2] Cité in Pierre Rimbert, Libération de Sartre à Rothschild, Raisons d’Agir éditions, 2005,p. 56.

Par pierre denis 'mohammed ibrahim noor' fourchet
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les belles captives france culture a l'ecoute de l'institut du monde arabe Sharam Nazeri est né à Kermansha, en 1950, dans le Kurdistan iranien, dans une famille où la musique occupait une très grande place.Initié par son père, il participe dès l'âge de huit ans à des réunions soufis où il chante des poèmes du grand mystique persan Mevlana Djallaleddin Rûmi, fondateur de l'Ordre des Derviches Mevlevi.A l'âge de onze ans, ayant commencé l'étude du Radif, le complexe et ancien corpus de chants et musique ancienne iranienne, il fait ses premières apparitions à la télévision.Sharam Nazeri a été le disciple de certains des plus grands maîtres de la musique persane du siècle écoulé, tels que Abdollah Davani, Nourali Boroumand, Mahmood Karimi.En 1975, il remporte le premier prix de chant du plus prestigieux concours de musique traditionnelle d'Iran.Artiste vénéré dans son pays, ce chanteur doué d'une voix hors du commun - on l'appelle le rossignol persan - est un être totalement dédié à son art, vivant à l'écart des modes et des attraits faciles de l'agitation urbaine, bien que vivant à Téhéran.Homme d'une grande exigence, investi d'une façon très aigu de la portée spirituelle de la musique, il réduit ses concerts publics et ses enregistrements au minimum et s'entoure d'un très petit nombre d'élèves et de disciples. Sa voix chaude et profonde, aux accents parfois déchirants, chante, à travers les textes des grands poètes mystiques tels que Rûmi, Hafez ou Saadi, la quête de l'homme vers le Divin et sa soif inextinguible d'Amour et de Lumière.Au sein de son petit ensemble traditionnel, dans lequel il joue volontiers du Daf, le tambour sur cadre souvent utilisé dans la musique rituelle du Samà soufi, entouré par ses musiciens virtuoses, au Zarb, et au Tar, Sharam Nazeri, qui est l'un des artistes majeurs de la scène de la musique iranienne aujourd'hui, se produit dans le monde entier. Liu Fang est une virtuose du pipa - luth chinois - et de la cithare guzheng. Née à Kunming dans la province du Yunnan, elle donne son premier concert à l'âge de 9 ans et obtient plusieurs distinctions provinciales et nationales. Après avoir obtenu un diplôme du conservatoire de Shanghai en 1993, elle s'installe au Canada, entame une brillante carrière internationale et édite 4 disques. Le parcours de Liu Fang est remarquable : En plus d'être l'interprète de nombreuses compositions inédites, comme celle de R. Murray Schafer ou Melissa Hui, elle a également collaboré avec des musiciens traditionnels indiens, syriens, japonais, vietnamiens. Ainsi son jeu s'est enrichi de techniques et sonorités d'horizons divers, tout en restant fidèle à la tradition. A l'écoute de Liu Fang, on se rappelle que le luth fut un instrument itinérant entre moyen et extrême Orient mais aussi le compagnon des caravaniers de la route de la soie. Liu Fang s'est également produite en tant que soliste avec des ensembles comme le Moravia Symphony Orchestra à Prague, le Nouvel Ensemble Moderne et la SMCQ à Montréal, le Quatuor Alcan string à Québec, le Quatuor Paul Klee en Italie. Le destin du Luth piriforme n'a jamais été mieux servi que sous les doigts de cette musicienne pleine de grâce dont le talent est aussi libre dans la virtuosité que dans les inflexions expressives les plus délicates. radio chine interna'ional

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la seconde bobine prise au pakistan est consultable ici.
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voici aussi ici les premiers cliches de notre court voyage en chine.
je fais aussi de la vente d'organe, si vous etes interesse par un oeil ou autre chose, contactez moi, cela reste negociable.
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«Elle est plus que bienvenue, cette passerelle!» La passerelle Simone de Beauvoir, à Paris, est enfin ouverte au public. Les piétons peuvent désormais franchir la Seine entre le Parc de Bercy et la Bibliothèque Nationale de France. Par Thomas Rossi LIBERATION.FR : Jeudi 13 juillet 2006"My research interests lie primarily in the fields of existentialist thought and fiction and prison narratives. My current projects include work on the representation of carceral space, narrative authority in prison memoirs, and also the question of space, travel and tourism in the writings of Jean-Paul Sartre and Simone de Beauvoir.''
Amanda-jayne Crawley-Jackson
(enseignante)
jean-paul sartre et simone de beauvoir pendant l'entre-deux-guerres

"de toute facon je serai la, pas loin, souvent aux carrelets chinois,
tu connais mon rythme de vie..."
Muriel Valmont (photographe)


Xia Ye [feuille d'ete] (musicienne)


"Dès que la science moderne a fait son coup de force - rapporter le mouvement à l’instant quelconque, c’est à dire ériger le temps en variable indépendante - quelque chose devenait possible qui n’était pas possible aux anciens. Si le mouvement se rapporte à l’instantquelconque comment ne pas voir à ce moment là que tout ce qui compte, c’est ce qui se passe d’un instant à un autre, c’est ce qui se continue d’un instant à un autre, c’est ce qui croît d’un instant à un autre, c’est ce qui dure - en d’autres termes il n’y a que la durée de réelle."
gilles deleuze (philosophe)

Hurlements en faveur de Sade
(Guy Debord, 1952)

Introduction: Pour plus de la moitié d'un siècle l'école du défunt grand Ayatollah imam Abul Qassim al-khoïe a été une source d'enrichissement incontestable de la pensée islamique et du savoir. Dans son école graduèrent des douzaines de juristes, hommes de religion et des dignitaires qui avaient personnellement assurer de poursuivre sa voix idéologique qui fut pleins de réussites et de sacrifices au service de la foi, de la science et de la société Parmi ceux-là sont de remarquables professeurs des écoles paroissiales, surtout en ce qui concerne le saint Najaf et Qom. Certains parmi eux avaient atteint le niveau de
"il adviendra de celui dont la laideur du geste a ete revetue d’apparences trompeuses, consideree alors comme un bien: dieu egare et dirige comme il veut."
le coran, sourate 35.
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