La concurrence à distance entre deux logiques d’action jihadistes différentes pour la captation des cœurs et des esprits de
l’Umma (1)
Par Rayan Haddad, Cultures & Conflits n°66 (été 2007), pp. 157-177
La guerre de l’été 2006 et la « victoire divine » du Hezbollah… sur Al Qaïda
« Ce qui impose aux peuples palestinien et libanais la voie de la résistance armée est la position israélienne qui ne donne rien sans qu’elle n’y soit contrainte par la force. La question
des prisonniers libérés en est une illustration. […] Le peuple palestinien exerce son droit à la résistance et nous pensons que le Liban ne peut pas rester les bras croisés ». Entretien avec
Sayyed Nawaf al Moussawi, chargé des relations internationales au sein du Hezbollah, mars 2004.
Après la capture de deux soldats israéliens le 12 juillet 2006 par un commando du Hezbollah infiltré en Israël (et la mort de huit autres tentant une incursion en territoire libanais pour les
récupérer), le parti s’attendait à une confrontation qui suivrait les règles implicites respectées jusqu’alors : une vive réplique israélienne suivie de longues négociations (à travers une
tierce partie) pour l’échange des prisonniers (Tel Aviv détenant encore trois ressortissants libanais dans ses geôles). Tel ne fut pas le cas. L’envergure de la réaction israélienne prit
clairement de court les responsables du Hezbollah 70. Bien
qu’il se soit gardé de faire publiquement le lien entre son opération et l’escalade israélienne dans la bande de Gaza à la suite de la capture par le Hamas d’un caporal israélien le 25
juin 71, il semble clair que son entreprise s’inscrivait
dans un cadre régionaliste et non seulement nationaliste. Dans ce cadre, et contrairement à une idée reçue, l’intervention du parti n’était pas uniquement destinée à soutenir son
« allié » islamiste, mais à s’assurer aussi du report de tout accord (indirect) entre le mouvement palestinien et Israël alors que des signes de progrès étaient perceptibles à ce
niveau 72. La consommation conjoncturelle d’un tel échec
faisait les intérêts de Téhéran confrontée à un examen critique de son dossier nucléaire et cherchant à parfaire ses cartes de marchandage dans ses négociations avec les responsables européens en
jouant de la surenchère régionale. Elle allait aussi dans le sens des intérêts de Damas (ayant comme Téhéran une influence certaine sur le Hamas et cherchant une « réhabilitation »
régionale – tout en miroitant ses capacités de nuisance – face à une administration américaine convaincue de la justesse du boycott de son régime à la suite de l’assassinat le 14 février 2005 de
l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri). La force du jeu de puissance iranien (et syrien) dans la région consisterait alors (en partie) en la supervision systémique exogène (plus ou
moins efficace) d’une capacité de violence infra-étatique et transfrontalière dirigée notamment contre Israël, et la confiance dans le caractère « monnayable » du contrôle d’une telle
capacité de nuisance 73.
« Pas le moindre petit mouvement ne peut être exécuté ou planifié du cru du Hezbollah. Pour une raison très simple : les Syriens et les Iraniens pensent que quoi qu’il fasse, ce sont
eux qui vont se retrouver d’une façon ou d’une autre responsables de ses actions sur la scène internationale et qui devront en assumer les conséquences. […] C’est une politique qui réfléchit en
termes d’effets de retour 74 ».
Si ces propos peuvent sembler exagérés car ils ne prennent pas assez en compte l’aptitude stratégique localiste d’un Hezbollah de plus en plus intégré dans les rouages de l’Etat libanais, ils le
sont moins pour ce qui est de la dimension régionale de son action. Là où nous sommes (peut-être) en désaccord avec Charara, c’est qu’il s’agit bien d’une dynamique à prédominance exogène plutôt
que d’un « unilatéralisme directionnel » qu’exercerait l’Iran vis-à-vis du Hezbollah. L’Iran a bien une influence primordiale sur le « parti de Dieu » – elle a même sans doute
augmenté aux dépens de Damas depuis son retrait du Liban en avril 2005 – que ce soit par les biais idéologique 75, militaro-stratégique ou financier, et s’il ne fait pas de doute dans notre
esprit que le Hezbollah a suivi des recommandations (pressantes ou permissives) de son wali al faqîh 76 allant dans un sens favorable à l’opération d’enlèvement, on ne peut manquer de voir qu’il existe aussi une dimension qui lui est propre au niveau
de son entreprise. En ce début d’été 2006, le Hezbollah avait intérêt à ce que l’offensive israélienne n’aboutisse pas à une capitulation du Hamas, ni même à une restitution du caporal par le
mouvement islamiste « sans contrepartie substantielle », étant donné qu’il ne voulait certainement pas voir un moyen d’action (qu’il avait largement contribué à
« crédibiliser » et qu’il projetait sans doute d’employer encore à l’avenir) perdre de son efficience face à Israël. Mais, au-delà de son souci de voir sauvegardées « la
résistance » et l’efficience d’une « technique de la résistance », le Hezbollah pensait avoir intérêt à agir afin de ne pas perdre de sa crédibilité en tant que « parti
résistant » limitrophe d’Israël auprès des audiences islamiques choquées par les événements de Gaza. Plus particulièrement, il pouvait espérer obtenir à travers son action
« retentissante » une sympathie importante (même si ambivalente 77) dans certains milieux islamistes sunnites libanais (et bien au-delà), alors que la fracture « sunno-chiite » semblait devenir une
« réalité » palpable de la scène politique libanaise (sans même parler de l’Irak) 78. D’autres facteurs importants ont également joué. Soumis à de fortes pressions internationales – mais aussi internes – pour son désarmement, le
Hezbollah pouvait placer l’ensemble de ses détracteurs devant le fait accompli de sa vocation armée et prendre une revanche symbolique sur la majorité parlementaire du pays en montrant qui était
« le véritable maître » des destinées du Liban 79. Mais où réside dans ce contexte la concurrence avec Al Qaïda ? En réalité, et sans que cela ne fasse nécessairement partie des objectifs
primordiaux du Hezbollah, son opération n’a pas manqué de jeter un discrédit total sur la rhétorique zarkawiste (datant seulement du 2 juin 2006) d’un Hezbollah servant de « bouclier
protecteur à l’ennemi sioniste » et de juguler par la même occasion les velléités de la branche irakienne d’Al Qaïda d’exporter au Liban les germes d’une fitna « sunno-chiite »,
voire de postuler à un rôle jihadiste contre Israël 80. La
guerre qui s’en est suivie n’a pas manqué non plus de marquer les différences normatives entre la mouvance et le parti (ce dernier étant soucieux d’infliger à l’ennemi plus de pertes militaires
que civiles 81, sans chercher à s’investir dans des formes
de violence sacrificielles). Mais la grande victoire du Hezbollah sur Al Qaïda ne se trouve pas là. Sans l’avoir sérieusement envisagée (à la suite d’une grande « misperception
82 » – ce qui ne revient pas à dire que les dirigeants
israéliens n’ont pas eux-mêmes fait des choix terribles à ce sujet), la confrontation militaire du Hezbollah avec Tsahal et le combat efficace de la guérilla chiite tout au long des trente-trois
jours de guerre (aux effets humiliants pour Israël) lui ont donné une stature panislamique sans doute jamais atteinte par le « parti de Dieu » auparavant. Si ce triomphe – la figure
charismatique de Sayyed Nasrallah et ses apparitions médiatiques réussies sur Al Manar et Al Jazira y sont pour beaucoup – a inquiété les dirigeants des pays arabes proches de Washington
83, il a aussi manifestement préoccupé le leadership d’Al Qaïda.
Non seulement celui-ci se retrouvait « marginalisé » sur la scène jihadiste mondiale, mais aussi objectivement désavoué au niveau de sa rhétorique takfiriste auprès des « masses
islamiques », dont le soutien était par ailleurs clairement affiché au Hezbollah (un soutien public dont Al Qaïda n’a jamais pu bénéficier – à cette échelle du moins – dans son
histoire) 84. La nébuleuse se devait de réagir et il
n’était dès lors pas étonnant de voir son idéologue tenter de se faire une place dans le champ médiatique à l’occasion d’un enregistrement vidéo diffusé par Al Jazira le 27 juillet 2006. En
considérant que le combat en Afghanistan, en Irak, en Palestine et au Liban faisait partie d’un même cercle jihadiste, en désignant les membres de sa mouvance comme les fils des premiers califes
de l’islam, mais en se réclamant surtout aussi de l’imam Ali et de son fils Hussein (vénérés par les chiites), Zawahiri tentait nettement de sauvegarder une certaine crédibilité identitaire en
prenant en compte la grande popularité du Hezbollah – jamais nommé – en milieu islamique global. Cet « effort d’ouverture » pouvait se faire de manière plus aisée après la mort de
Zarkawi dont le bellicisme vertement anti-chiite n’était sans doute pas du goût du leadership d’Al Qaïda 85. La mouvance a-t-elle pour autant abandonné son exécration légendaire à l’endroit des chiites ? Non, et cela semble clair lorsque Zawahiri
déclare espérer que « les événements de l’agression sioniste croisée contre les musulmans » puissent pousser « les traîtres en Irak à avoir honte et cesser de justifier et appuyer
la présence américaine croisée ». Une façon subtile de rappeler à l’audience visée que l’orientation du Hezbollah ne devait pas faire oublier la « félonie de ses coreligionnaires en
Irak » 86. L’Irak, un pays à travers lequel Zawahiri
tentera de reprendre symboliquement le dessus sur le Hezbollah en mettant l’accent sur la priorité du jihad sur cette scène (où Al Qaïda se trouve être active) en tant que préalable à la
libération de la Palestine (où Al Qaïda est absente mais dont l’importance de la charge affective est reconnue) :
« L’Irak a une qualité : sa proximité avec la Palestine. Ce fait doit pousser les musulmans à soutenir ses mujâhidîn jusqu’à l’instauration en son sein d’un émirat islamique jihadiste
qui portera alors le jihad, avec l’aide de Dieu, aux frontières de la Palestine où les mujâhidîn s’uniront à ses confins pour la Grande Conquête, avec la bénédiction de Dieu ».
Mais rien sans doute, dans l’intervention de Zawahiri du 27 juillet, ne révèle plus le sentiment de marginalisation du leadership d’Al Qaïda vis-à-vis du Hezbollah que les propos
suivants :
« Nous ne pouvons assister en spectateurs à ces missiles qui frappent nos frères à Gaza et au Liban en restant figés et résignés. […] Ces missiles […] ne sont pas seulement israéliens, mais
parviennent de l’ensemble des Etats de la coalition croisée et sont financés par eux… Pour cela, tous ceux qui participent au crime doivent en payer le prix ».
Afin de s’extraire de leur confinement périphérique et reprendre un « avantage jihadiste » déterminant, les leaders d’Al Qaïda semblaient conscients du caractère insuffisant de leur
rhétorique et de la nécessité de frapper un « grand coup ». Cette menace rappelle – alors que le Hezbollah savoure sa « victoire divine contre l’entité sioniste » – qu’Al
Qaïda n’a peut-être pas dit son dernier mot dans cette affaire, même si (ou plutôt du fait qu’) elle n’a jamais paru autant coupée des réalités du monde qu’elle prétend défendre...
Notes de bas de page
1. L’auteur tient particulièrement à remercier M. Akl Awit pour ses encouragements.
2. Lorsque nous parlerons de la mouvance dans cet article, nous nous référerons essentiellement à ses leaders reconnus (Ben Laden, Zawahiri, etc.) et à leurs déclarations à partir desquelles nous
pourrons (notamment) inférer une intentionnalité stratégique.
3. Voir Corm G., Le Proche-Orient éclaté. 1956-2003, Paris, Gallimard, 3e éd., 2003, pp. 316-317.
4. Darwish N., « ’An al mujtama’ al saoudi aydan », An Nahar, 6 novembre 2001, p. 10.
5. Voir Djalili M.R., Diplomatie islamique. Stratégie internationale du khomeynisme, Paris, PUF, 1989.
6. Voir Clarke R., Contre tous les ennemis. Au cœur de la guerre américaine contre le terrorisme, Paris, Albin Michel, 2004, pp. 82-83.
7. L’ensemble du territoire de l’Arabie Saoudite (où pour les musulmans s’est manifestée la révélation divine par l’intercession du Prophète) est considéré comme sacré.
8. Hussein F., Al Zarkawi. Al jîl al thâni lil Qaïda, Beyrouth, Dar al Khayal, 2005, p. 149.
9. Kepel G., Fitna. Guerre au coeur de l’islam, Paris, Gallimard, 2004, p. 156.
10. Voir Kepel G., Jihad. Expansion et déclin de l’islamisme, Paris, Gallimard, 2e éd., 2002, pp. 474-476. « Le jihad […] se voit donc ici déterritorialisé et étendu à l’univers […], ce qui
constitue une rupture claire avec la tradition classique », in Kepel G., Milelli J-P. (dir.), Al-Qaida dans le texte. Ecrits d’Oussama ben Laden, Abdallah Azzam, Ayman al-Zawahiri et Abou
Moussab al-Zarqawi, Paris, PUF, 2005, p. 66.
11. Voir Lomnitz C., « Le monde après le 11 septembre » (table ronde, Paris, 8 octobre 2001), Critique internationale, n°14, janvier 2002, p. 60.
12. « Pour ceux qui s’y reconnaissent, l’Umma se passe de justification. Elle est le territoire actuel de l’islam, mais aussi sa mémoire, et l’un comme l’autre sont balisés par un lien de
solidarité qui, s’il n’implique pas de rupture avec l’universel ou avec la contemporanéité, n’en est pas moins un lien spécifique », in Farag I., « Ces musulmans venus d’ailleurs :
la Bosnie vue d’Egypte », Maghreb Machrek, n°151, janvier-mars 1996, p. 42.
13. Kepel G., op. cit. , p. 101.
14. Le 18 avril 1983, un attentat vise l’ambassade américaine à Beyrouth (63 morts dont 17 Américains et 8 hauts responsables de la CIA). Le 23 octobre 1983, un autre vise le quartier général des
Marines (241 morts) et celui des militaires français (58 morts). Ces attentats imputés au Hezbollah avaient entraîné le retrait des forces multinationales du Liban le 31 avril 1984.
15. Clarke R., op. cit., pp. 67-68. Nous parlons de perception rétrospective à la lumière de la « légèreté » de certains commentaires passés : « Après de lourdes pertes
françaises et américaines, nous nous sommes retirés dans la confusion et le désordre et avec un certain sentiment de colère. La position des Etats-Unis dans le monde arabe s’en est-elle ressentie
pour autant ? Probablement pas. Pour nous aujourd’hui, il ne s’agit que de quelques décisions et actions américaines au Proche-Orient parmi d’autres », Brown D. (ancien envoyé spécial
du président Ford au Moyen-Orient), « La politique des Etats-Unis au Liban », in Kodmani-Darwish B. (dir.), Liban : espoirs et réalités, Paris, IFRI, 1987, pp. 187-188.
16. Extraits de la Déclaration de jihad de 1996, in Kepel G., Milelli J.-P. (dir.), op. cit. , p. 55.
17. L’implication d’activistes salafistes jihadistes n’est pas avérée dans ces attentats. Clarke évoque des responsabilités iraniennes (Voir Clarke R., op. cit., pp. 155-160) sans que celles-ci
soient à leur tour avérées.
18. « Ben Laden fait ici allusion aux attentats contre les deux hôtels Gold Mohur et Mövenpick à Aden, le 29 décembre 1992 […]. Les attentats ne tuèrent aucun soldat américain […].
Cependant, les attentats entrèrent dans la mythologie jihadiste comme un véritable succès, car les forces américaines quittèrent le Yémen quelques jours seulement après les explosions »,
Kepel G., Milelli J-P. (dir.), op. cit., p. 54.
19. Le parti nie avoir perpétré les attentats (susmentionnés) au Liban et les attribue à des mouvances khomeynistes indépendantes. Un avis que ne semble pas partager Alain Chouet (ancien chef de
poste des services extérieurs français à Beyrouth). Voir Charara W., Domont F., Le Hezbollah : un mouvement islamo-nationaliste, Paris, Fayard, 2004, pp. 125-127.
20. Entretien avec cheikh Ali Khazem, dignitaire chiite proche du Hezbollah, mars 2004.
21. Comme le souligne Joseph Maïla, « la similitude de la technique meurtrière ne doit pas conduire à des amalgames. […] Contrairement aux artificiers du 11 septembre, les “bombes humaines”
palestiniennes […] agissent à chaud, sous la pression continuelle d’un environnement oppressant et, plutôt que pour une Palestine islamiste, meurent sans doute d’abord pour l’obtention d’une
patrie », in Arkoun M., Maïla J., De Manhattan à Bagdad. Au-delà du Bien et du Mal, Paris, Desclée de Brouwer, 2003, p. 175.
22. Entretien avec Waddah Charara, sociologue libanais, spécialiste des questions islamiques, août 2004.
23. Un mois après l’assassinat par Israël le 16 février 1992 de Sayyed Abbas al Moussawi (prédécesseur de Sayyed Nasrallah) avec sa femme et son enfant, survient un attentat contre l’ambassade
israélienne en Argentine tuant 29 personnes. Un mandat d’arrêt international est lancé en 1999 contre Imad Mughniyeh (haut responsable sécuritaire du Hezbollah). Le 25 octobre 2006, le procureur
général de Buenos Aires accuse le gouvernement iranien et le Hezbollah d’être également impliqués dans l’attentat visant en 1994 l’Association mutuelle israélite (85 morts) dans la capitale
argentine. A signaler que plusieurs observateurs argentins mettent en doute ces conclusions en soulevant les cas d’incompétence et les irrégularités dans la conduite de l’enquête mais aussi le
« manque de preuves concluantes » dans cette affaire.
24. Le « cas exceptionnel » étant pour Al Qaïda dans cette configuration ses opérations localistes en Arabie Saoudite. Voir Laurens H., « Les Etats-Unis et l’Orient arabe » in
Salam N. (dir.), Le Moyen Orient à l’épreuve de l’Irak, Paris, Actes Sud Sindbad, 2005, p. 25.
25. Ces opérations ont eu lieu pour la première fois en milieu khomeyniste libanais à la suite de l’invasion israélienne de 1982. Elles visent à combler une asymétrie militaire vis-à-vis
d’Israël, à le dissuader de toute velléité d’invasion du Liban, à encourager l’Intifada et raviver l’espoir de libération en Palestine. Voir Qassem N. (vice secrétaire général du Hezbollah),
Hizbullah : al manhaj, al tajriba, al mustaqbal, Beyrouth, Dar al Hadi, 2004, pp. 66-69.
26. Ces hameaux de 25 km² (passés sous contrôle syrien en 1957) seront occupés par Israël en 1982 en même temps que le Golan. Pour l’ONU, elles relèvent de la résolution 242 et non de la 425
exigeant le retrait des forces israéliennes du Liban. Voir Kaufman A., « Who owns the Shebaa Farms? Chronicle of a territorial dispute », The Middle East Journal, vol. 56, n°4, automne
2002, pp. 576-596.
27. Chargé des relations internationales au sein du Hezbollah, entretien, mars 2004.
28. Voir An Nahar, 17 septembre 2005, p. 5.
29. Sur ce concept, voir Rosenau J., « Toward the study of national-international linkages » in Rosenau J., (ed.), Linkage Politics. Essays on the Convergence of National and
International Systems, New York, The Free Press, 1969, p. 46.
30. Sur la vivacité de cette logique en milieu chiite, voir Nicolas G., « De l’usage des victimes dans les stratégies politiques contemporaines », Cultures & Conflits, hiver
1992-1993, pp. 141-143.
31. Entretien avec Sayyed Hani Fahs, dignitaire relevant du Conseil supérieur chiite, août 2004. Le Conseil est l’instance religieuse représentative de la communauté chiite au Liban. Ses membres
n’adhèrent pas au concept de wilâyat al faqîh (« jurisprudence du docte ») et portent allégeance à Sayyed Sistani à Najaf.
32. Désigne en allemand une « joie maligne et méchante ». Voir Arkoun M., Maïla J., op. cit. , p. 40.
33. Dixit Waddah Charara, entretien en août 2004.
34. An Nahar, 27 novembre 2001, p. 13.
35. A notre sens, la force de la tournure discursive du Hezbollah réside dans la multiplicité des « tiroirs rhétoriques » ouvertement adaptables aux divers publics visés. Le
« public chiite » – auquel est directement destiné le message – peut facilement se retrouver dans les qualifications de « résistants ». D’un autre côté, le discours sur les
« terroristes » peut très bien éveiller dans l’imaginaire de ce public, l’ombre d’Al Qaïda (produit d’une pensée salafiste takfiriste qui considère les chiites comme
« impies »), outre celle d’Israël et des Etats-Unis. Ce public a en effet la possibilité de lire au départ une différence implicite au niveau de l’approche « martyrologique »
entre le Hezbollah et Al Qaïda – « ils tuent pour tuer et non pour une cause noble » –, surtout que le discours commence par ce thème sans qu’il ne soit encore fait mention d’Israël et
des Etats-Unis. Quand ces ennemis seront nommément désignés, le discours aura rétabli de manière performative sa visée panislamiste.
36. Voir An Nahar, 5 novembre 2001, p. 14.
37. Voir Bayart J.-F., « Que peut gagner l’Iran ? », Critique internationale, janvier 2002, n°14, p. 23.
38. Voir Amin A., « Tajamo’ al ‘ulama’ al muslimîn al jadîd ! », An Nahar, 22 octobre 2001, p. 10.
39. Al Jazira a souvent accordé de manière engagée une tribune aux thèses des Talibans et de leurs sympathisants. Il nous semble clair que c’est une orientation islamiste tribunitienne qui a
prédominé lors de sa couverture de la guerre, même s’il existe également en son sein des orientations importantes « panarabistes » et libérales.
40. Discours de Sayyed Nasrallah lors de la Journée de Jérusalem, banlieue sud de Beyrouth, Al Intiqad, 21 décembre 2001, p. 3.
41. Les Pasdaran ont été un élément déterminant dans la formation du parti à la suite de l’invasion de 1982. Si le Hezbollah a réévalué son projet de constitution de république islamique au Liban
après Taëf, il place toujours les directives de l’ayatollah Khameneï, en tant que wali al faqîh (le dignitaire le plus apte à mener l’Umma), au-dessus de toute considération.
42. Zawahiri s’était alors expliqué sur la nécessité de porter le jihad contre « l’ennemi lointain » dans son livre Chevaliers sous la bannière du Prophète dont certains extraits ont
été publiés en décembre 2001 par le quotidien Asharq al Awsat. Voir Kepel G., op. cit., pp. 124-136.
43. Voir Roy O., « Ben Laden et ses frères », Politique internationale, n°93, automne 2001, pp. 67 et 80.
44 Roy O., L’islam mondialisé, Paris, Seuil, 2002, p. 28.
45. « Directement » lorsque le leadership d’Al Qaïda est primordialement impliqué dans l’élaboration d’attentats très « sophistiqués » (Afrique de l’Est, 11 septembre, etc.),
« indirectement » lorsque celui-ci semble compter – du fait de son isolement géographique – sur son effet « inspirateur » (par le biais de ses discours relayés par les médias)
auprès de sympathisants potentiels. Cela pose la question du lien entre le leadership et la profusion jihadiste s’en revendiquant. La visée stratégique d’Al Qaïda étant très large, il ne nous
semble pas qu’il existe (et c’est à notre sens l’une des forces de la mouvance) d’incohérences stratégiques majeures entre les actions fomentées par le leadership et celles des groupes
idéologiquement proches ou encore des « groupes décentralisés » (pour preuve d’ailleurs, le leadership ne les renie pas), ce qui ne revient pas à dire qu’il ne peut pas exister des
divergences tactiques ou autres rivalités personnelles entre différents hérauts salafistes jihadistes.
46. La lecture de certains discours d’Al Qaïda ne laisse pas de doute à ce sujet. Voir par exemple le « Message au peuple américain » de Ben Laden diffusé par Al Jazira le 29 octobre
2004. Voir Kepel G., Milelli J-P. (dir.), op. cit., pp. 101, 105 et 111. Olivier Roy ne semble pas avoir changé pour autant ses positions sur le sujet. Voir son entretien dans An Nahar, 31
octobre 2004, p. 10.
47. Voir Kepel G., Jihad. Expansion et déclin de l’islamisme, op. cit., pp. 472-473. Nous soulignons.
48. Non sans réussite. « N’importe quel sondage d’opinion tranchera en faveur d’une écrasante majorité arabe soutenant les propos de Ben Laden sur les questions de la Palestine et de
l’Irak », Samaha J., « Harb al Jazîra », As Safir, 9 octobre 2001. Cité par Lamloum O., Al-Jazira, miroir rebelle et ambigu du monde arabe, Paris, La Découverte, 2004, p. 46.
49. En référence aux « 80 ans d’humiliation » subis par l’Umma selon Ben Laden dans son discours du 7 octobre 2001.
50. Voir Kepel G., Milelli J-P. (dir.), op. cit., p. 293.
51. Se référer à titre d’illustration au message de Ben Laden « aux musulmans d’Irak » diffusé le 18 octobre 2003 sur Al Jazira. Voir Kepel G., Milelli J-P. (dir.), op. cit., pp.
91-99.
52. « Perspectives irakiennes, entretien avec Hamit Bozarslan », Esprit, août-septembre 2004, p. 174.
53. Dans ce cadre, l’entreprise américaine de démobilisation de l’armée et de « débaasification » des administrations allait s’avérer catastrophique.
54. Voir Hashim A., Insurgency and Counter-Insurgency in Iraq, New York, Cornell University Press, 2006.
55. Ibn Taymiya (1263-1328) est la référence doctrinale des salafistes.
56. Se référer à l’intégralité du message attribué à Zarkawi in Hussein F., op. cit., pp. 246-256. Pour une traduction française, voir Kepel G., Milelli J-P., (dir.), op. cit., pp. 381-415.
57. Sayyed Nasrallah le fera à l’occasion de la 3e commémoration de la libération du Liban Sud. Voir An Nahar, 27 mai 2003, p. 13. Le parti ne pouvait, sous peine de voir compromise sa
crédibilité, garder le silence face à l’émergence d’un tel phénomène en Irak. C’était avant, il est vrai, qu’il ne soit entaché par les attentats salafistes jihadistes.
58. Fondateur du Conseil supérieur de la révolution islamique en Irak (khomeyniste), il avait opéré le 10 mai 2003 un retour en Irak après 23 années d’exil en Iran.
59. Commémoration de la bataille de Karbala (680) au cours de laquelle eut lieu le martyre des proches du calife Ali (cousin et gendre du Prophète), et notamment de son fils Hussein. Cette
tragédie pour les chiites (qui considèrent que les imams descendant d’Ali sont les seuls successeurs légitimes du Prophète) est commémorée chaque année par des foules en deuil.
60. Zarkawi n’avait pas encore rallié Al Qaïda (son réseau avait d’ailleurs une dénomination spécifique : « Jamâ’at al tawhîd wal jihad »). Il finira par prêter allégeance à Ben
Laden le 17 octobre 2004.
61. Entretien avec un grand responsable médiatique du Hezbollah ayant souhaité garder l’anonymat, mai 2005.
62. Une semaine après l’assassinat de Zarkawi par les forces américaines le 7 juin 2006, pas moins de trois banderoles étaient érigées en l’honneur du salafiste jordanien dans le camp en
question. Voir Dahsha M., « Yâfitât tubârik istish’hâd al Zarkawi fi taamîr Aïn al Héloué », Sada al Balad, 14 juin 2006, p. 8. Sur la montée de l’idéologie salafiste jihadiste dans
certains camps palestiniens au Liban, voir Rougier B., Le Jihad au quotidien, Paris, PUF, 2004.
63. Ce micro-activisme (qui était toujours en cours en 2006) n’a pas échappé au Hezbollah. Voir Akil R., « “Hizbullah” yarsod taghalghol “Al Qaïda”. Maktab fi Aïn al Heloué yusaddir “al
mujâhidîn” », An Nahar, 9 juillet 2006, p. 6.
64. Voir An Nahar, 3 juin 2006.
65. Extraits du discours de Sayyed Nasrallah dans la banlieue sud de Beyrouth, 3 mars 2004, An Nahar, 4 mars 2004, p. 6.
66. « J’invite l’Umma à s’intéresser à nouveau à la Palestine. Parmi les objectifs des Américains au niveau de la focalisation de l’attention sur l’Irak figure le fait qu’ils veulent faire
oublier la Palestine », Sayyed Nasrallah. Voir An Nahar, 14 septembre 2002, p. 6.
67. Exception faite de l’insurrection sadriste (que le Hezbollah soutiendra dans ses médias sans pour autant heurter les orientations « pacifistes » des autres parties chiites
irakiennes), restée limitée dans le temps.
68. A la suite d’une médiation allemande (qui a duré plus de 3 ans), plus de 400 prisonniers palestiniens, libanais et arabes furent relâchés en échange de la libération d’un colonel de réserve
israélien et la restitution par le Hezbollah des dépouilles de 3 soldats de Tsahal.
69. Voir Bayram I., « “Hizbullah” wa marhalat mâ baada ightiyâl Yassin », An Nahar, 31 mars 2004, p. 4.
70. Voir « Quelle est la stratégie du Hezbollah ? », Extraits de « Israel/Palestine/Lebanon : Climbing out of the abyss », Crisis Group Middle East Report, 25
juillet 2006, publiés dans Esprit, octobre 2006, pp. 22-27. Le 29 août 2006, Sayyed Nasrallah déclarera à la chaîne locale New TV : « Si j’avais été au courant – ne serait-ce qu’à 1 % –
que l’opération de kidnapping allait aboutir à une guerre de cette ampleur, alors, catégoriquement, nous ne l’aurions pas fait pour des raisons humanitaires, éthiques, militaires, sociales,
sécuritaires et politiques ».
71. Le Hamas souhaitant obtenir par le biais d’un échange la libération d’un millier de prisonniers palestiniens parmi les 10 000 détenus en Israël.
72. La proximité d’un tel accord à l’époque et l’effet de l’opération du Hezbollah l’ajournant sine die sont mentionnés dans le Crisis Group Middle East Report, op. cit.
73. Nous ne sommes pas ici dans un jeu de « boules de billard » purement inter-étatique (Voir Wolfers A., Discord and Collaboration: Essays on International Politics, Baltimore, The
John Hopkins University Press, 1962), dans le sens où le jeu des acteurs non étatiques participe tout autant à la dynamique du rapport de force régional. Si ce jeu peut être plus ou moins
contrôlé par certains Etats (à travers une certaine ascendance « réaliste » sur des groupes comme le Hezbollah), il faut garder à l’esprit qu’il peut simultanément marquer une grave
crise d’autorité dans d’autres (comme le Liban), mais aussi échapper totalement au contrôle des Etats supposés forts (Iran, Syrie) dans d’autres cas de figure (impliquant d’autres acteurs
« libres de souveraineté »).
74. Entretien avec Waddah Charara, août 2004.
75. Nous sommes en présence ici d’un penetrative process : « A penetrative process occurs when members of one polity serve as participants in the political process of another. That is,
they share with those in the penetrated polity the authority to allocate its values », Rosenau J., op. cit., p. 46.
76. Voir note n°41.
77. Voir Rougier B., « L’islamisme sunnite au Liban face au Hezbollah », in Mermier F., Picard E. (dir.), Liban, une guerre de trente-trois jours, Paris, La Découverte, 2007, pp.
111-119.
78. Voir Naoum S., « ’Amaliyat “Hizbullah” : as’ila wa khulâsât », An Nahar, 13 juillet 2006, p. 2. Sur fond d’un profond état de divergence entre les orientations des grands
partis sunnites et chiites au Liban, et selon une information du quotidien As-Safir du 10 avril 2006 (confirmée par le Hezbollah), neuf individus (apparemment proches idéologiquement des milieux
salafistes radicaux) auraient été arrêtés le 13 mars 2006 pour avoir planifié d’assassiner Sayyed Nasrallah.
79. Voir Maïla J., « Le Liban après la guerre », Esprit, octobre 2006, p. 21.
80. Ce n’était pas la première fois que la mouvance zarkawiste postulait pour un tel rôle. Le 29 décembre 2005, « Al Qaïda en Irak » revendiquait des tirs de roquettes contre l’Etat
hébreu à partir du territoire libanais (survenus la veille et dont le Hezbollah ainsi que des factions palestiniennes ont nié en être responsables). Cette affaire reste énigmatique vu qu’il est
difficile de croire qu’Al Qaïda (et surtout sa branche irakienne) pouvait opérer à partir d’une zone contrôlée par le Hezbollah. A cet égard, Damas (miroitant l’épouvantail d’Al Qaïda en tant que
moyen pour pousser l’Etat hébreu à souhaiter un « retour aux affaires » de la Syrie au Liban, ou du moins à engager des discussions informelles avec elle) n’est peut-être pas étrangère
à cette histoire.
81. Un bilan dont Israël ne peut pas se prévaloir.
82. Voir Jervis R., Perception and Misperception in International Politics, Princeton, Princeton University Press, 1976.
83. Voir Maïla J., op. cit., p. 21.
84. Voir Telhami S., « Hezbollah’s popularity exposes Al-Qaeda’s failure to win the hearts », San José Mercury News, 30 juillet 2006.
85. Cette hypothèse peut être corroborée par des propos tenus par Ben Laden en 1996 : « On ne peut repousser l’envahisseur qu’avec l’ensemble des musulmans, ces derniers doivent donc
ignorer ce qui les divise, provisoirement, car fermer les yeux sur leurs divisions ne peut pas être plus grave que d’ignorer l’impiété capitale qui menace les musulmans ». Voir Kepel G.,
Milelli J-P. (dir.), op. cit., p. 55.
86. La branche irakienne d’Al Qaïda ne sera pas, quant à elle, disposée à accorder le moindre crédit aux « chiites libanais ». Abou Hamza al Mouhajer (successeur de Zarkawi) publicisera
sur un site salafiste jihadiste une bande sonore le 10 novembre 2006 s’attaquant avec véhémence à l’Iran, au Hezbollah et à la Syrie. AFP, le 17 novembre 2006.
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